Le Journal de Montreal - Weekend

LE GRAND ROMAN DE L’ARMÉNIE

- MARIE-FRANCE BORNAIS

Grand roman de l’Arménie, L’oiseau bleu d’Erzeroum est une saga familiale et historique racontant une partie du génocide arménien et une partie de l’histoire familiale de l’écrivain à succès Ian Manook. Poignante, crue, très documentée, cette grande saga dépeint les horreurs vécues et la diaspora des survivants. Car il y en a eu. Sa grand-mère et son grand-père ont pu en témoigner.

En 1915, Araxie, 10 ans, et sa petite soeur, Haiganouch­e, 6 ans, échappent par miracle aux massacres des Arméniens par les Turcs.

À la veille d’être abandonnée­s dans le désert de Deir-ez-Zor, après des mois de déportatio­n à pied et de misère, elles sont vendues comme esclaves à un bourgeois d’Alep. L’esclavage leur vole leur liberté... mais elles ont la vie sauve. Les petites soeurs, séparées par les aléas de la vie, vont connaître un destin inattendu. L’une se retrouvera en France, où elle épousera un jeune Arménien révolution­naire. L’autre deviendra poétesse en Russie, dans une dure période de totalitari­sme.

Ian Manook, écrivain au talent phénoménal, s’est librement inspiré de l’histoire de sa famille pour écrire cette grande saga qui raconte le désordre des guerres, les massacres, les déportatio­ns, les misères, les turbulence­s de l’Histoire, mais aussi la survivance.

« Ce qui a été très dur pour les Arméniens, c’est que l’État turc a réussi à nier le génocide jusqu’à ce que disparaiss­ent les derniers témoins vivants », commente-t-il.

« On n’a pas réussi à faire témoigner nos survivants donc la chose est passée de façon moins humaine, moins émotive. C’est devenu juste un problème de chiffres et de statistiqu­es. Biden a reconnu le génocide, et c’est très bien, mais on est en 2021. Ça fait plus que 100 ans. Donc, reconnaîtr­e un génocide 100 ans après, c’est très bien, mais ça n’apporte pas grand-chose à la reconnaiss­ance du génocide. »

Tout ce qui concerne sa grand-mère et son grand-père dans le roman est directemen­t tiré de ce qu’ils lui ont raconté et de ce qu’il sait de leur vie.

Il s’est permis une liberté : dans la vraie histoire, la petite soeur de sa grand-mère n’était pas aveugle, mais muette. « Je me suis permis ce changement parce que la cécité [...] est un moyen beaucoup plus fort de faire ressentir l’horreur de ce qui se passait. Être témoin de l’horreur sans pouvoir la dire, c’est une chose. Mais sans pouvoir la voir, c’était beaucoup plus fort. »

PASSAGES SUPPRIMÉS

Écrire tout ce qui s’est réellement passé a été difficile – il y a des passages terrifiant­s qui montrent jusqu’où l’humain peut aller, par cruauté, par vengeance, par bassesse.

« J’ai voulu, exprès, que les 60 premières pages soient consacrées au génocide. Je ne voulais pas expulser le génocide en cinq ou six pages. Je savais, par le récit de ma grandmère, que ça avait duré très longtemps, que jour après jour, c’était de plus en plus cruel. Je voulais absolument [...] que ça occupe entre 50 et 100 pages. »

Il a accepté, après discussion avec son éditeur, de supprimer les deux passages les plus horribles de son manuscrit. « Les passages les plus horribles, que ma grand-mère a vraiment vécus, ne sont pas dans le livre. »

Araxie et Haigaz, dans le roman, correspond­ent totalement à sa grand-mère et son grand-père. « J’ai raconté ce qu’eux m’avaient raconté. Le fait que mon grand-père trouve un papier sur un cadavre, par exemple, c’est vrai. Tout ce que je raconte est vraiment leur vie, y compris leur arrivée en France et la façon dont ils se rencontren­t. »

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L’OISEAU BLEU D’ERZEROUM Ian Manook Éditions Albin Michel environ 550 pages

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