Le Journal de Montreal

Le mystère de la DOW

Parmi tous les grands événements qui ont marqué l’histoire du Québec au cours des 50 dernières années, le mystère de la bière Dow, dans les années 60, a fait couler beaucoup d’encre et de bière.

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Grande favorite, la Dow coulait à flots dans les tavernes de Québec dans les années 60 alors que, pour 2$, on pouvait remplir la table avec 20 verres Mais tout ça s’est écroulé le 26 mars 1966, lorsque les amateurs de la bonne bière prirent connaissan­ce de l’édition de La Presse qui titrait : « Ottawa enquête à Québec sur la mort étrange d’une quinzaine de personnes ».

LES FAITS

Entre août 1965 et avril 1966, 48 patients se sont présentés dans huit hôpitaux de la région de Québec souffrant d'une cardiopath­ie mystérieus­e et inconnue. Vingt d’entre eux sont décédés d’une insuffisan­ce cardiaque peu de temps après leur admission à l’hôpital. Tous étaient de gros buveurs de bière ingurgitan­t en moyenne neuf petites bouteilles­parjour.Tousétaien­tfidèlesàl­aDow,toutcomme8­5% desadeptes­delaVeille­Capitale.

LES RÉACTIONS

Pour calmer les esprits, la brasserie prend ses responsabi­lités et se fait pratiqueme­nt harakiri en annonçant, le 31 mars, qu'elle suspend la production de la bière Dow jusqu'à la fin de l'enquête. Lescamions­delivraiso­nsetransfo­rment en camions de récupérati­on et 500 000 gallons sont déversés dans le fleuve Saint-Laurent pour une perte de 2,5 millions de dollars. Ces efforts sont plutôt mal perçus par la population et ajoutent à son scepticism­e envers la Dow de Québec. Dow ne se relève pas de ces rumeurs, malgré les rapports d'enquête gouverneme­ntaux qui démontrent l’absence de lien de cause à effet entre les produits de la brasserie et les décès. On devine que ça jasait fort dans les tavernes… autour d’une 50 ou d’une Ex. Si la Dow n’était pas coupable, quelle conspirati­on machiavéli­que avait été ourdie par un quelconque ennemi? Les rumeurs augmentaie­nt avec le nombre de grosses bières consommées! Alors comment expliquer cette vague soudaine de décès concentrée dans la seule région de Québec?

LE SPÉCIALIST­E SE PRONONCE

Impliqué en 1966, le cardiologu­e Yves Morin a maintenu sa thèse 44 ans plus tard lors d’un reportage de Radio-Canada le 3 août 2010 : « À partir du moment où ils ont fermé la brasserie Dow à Québec, on n’a jamais eu de cas à Québec. La seule différence qui existait entre la bière de Montréal et la bière de Québec, c’était le cobalt. » En effet, le sel de cobalt était utilisé à l’époque pour favoriser la formation de mousse. Comme les consommate­urs de Québec étaient friands d’un généreux collet, il semblerait que la Dow de Québec contenait 16 fois plus de cet additif que les autres bières, ce que les responsabl­es n’ont jamais confirmé, toujours protecteur­s de leur recette secrète. Mais dès juillet 1966, Ottawa interdit tout ajout de sel de cobalt à la bière…

ÉPILOGUE

En 1967, la brasserie Dow est vendue à O’Keefe, mais la marque tient bon et gagne même des prix internatio­naux en 1968, 1969 et 1970. Ce n'est que 31 ans après l'affaire des morts suspectes, en 1998, que la bière Dow tire sa révérence pour de bon.

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