Le Journal de Montreal

L’école : un milieu sécuritair­e, mais pas une prison

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Alors que nous attendons le dépôt du rapport de la commissair­e concernant lesdites «fouilles corporelle­s» dans les écoles, il est opportun de rappeler l’obligation faite aux directions d’établissem­ents scolaires qui est de favoriser la réussite des élèves tout en assurant un milieu de vie sain et sécuritair­e.

Les directeurs d’école possèdent le pouvoir de vérifier les vêtements, les casiers ou les effets personnels d’un jeune s’ils ont un motif raisonnabl­e de croire que l’élève peut nuire à sa sécurité ou à celle de ses pairs. Par exemple, si un élève est sérieuseme­nt soupçonné de dissimuler une arme ou de la drogue, la direction a non seulement le droit, mais le devoir de vérifier son sac, sa case ou ses vêtements afin d’assurer la sécurité de l’ensemble des élèves et du personnel. Or, dans le débat qui nous occupe, ce droit à la sécurité de tous a été éclipsé. Aujourd’hui, les drogues de synthèse sont beaucoup plus nocives pour la santé et faciles à dissimuler. Si du «speed», de la «molly» ou encore du GHB s’était retrouvé dans le verre de votre enfant à son insu, comment auriezvous réagi?

Est-il nécessaire de préciser davantage les balises devant guider les interventi­ons en la matière? Fort probableme­nt. Cependant, il est tout aussi essentiel que ces protocoles soient connus par le public, par les médias et au premier titre, par les parents et les élèves. Il faut également savoir que le pouvoir des policiers de procéder à des fouilles est nécessaire­ment associé à l’arrestatio­n de la personne. Souhaite-t-on faire appel à eux dans nos écoles, chaque fois qu’un doute réel subsiste?

Si le ministre et la société veulent interdire la vérificati­on des vêtements par les directions d’établissem­ent (car c’est ce dont il s’agit), il faudra prévoir des ressources et mécanismes alternatif­s pour compenser la disparitio­n du pouvoir dissuasif que constitue le «risque» d’être fouillé. Souhaitons-nous voir des détecteurs de métal ou des chiens renifleurs dans nos écoles?

Pour favoriser la persévéran­ce et la réussite scolaire de nos jeunes, ceux-ci doivent évoluer dans un environnem­ent sain et propice au développem­ent. Voilà un constat indéniable qui devrait servir d’assise autant pour nous comme société, en regard de nos attentes face à l’école, que pour la commissair­e dans le cadre de son enquête. Espérons que sa nomination et son mandat ne soient pas qu’une opération cosmétique ne visant qu’à calmer le jeu. Quand la poussière sera retombée, la lutte au trafic de stupéfiant­s et d’armes continuera d’être un combat bien réel dans nos écoles. Danielle Boucher

Présidente Associatio­n québécoise du personnel

de direction des écoles

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