Co­ge­co fait peur au monde

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - RICHARD MARTINEAU richard.martineau@que­be­cor­me­dia.com

Louis Au­det, le grand pa­tron de Co­ge­co, est inquiet. Très inquiet. En ef­fet, un son­dage CROP com­man­dé par son en­tre­prise montre que deux Qué­bé­cois sur trois vo­te­raient pour un po­li­ti­cien po­pu­liste qui pro­po­se­rait de fer­mer les fron­tières, de dé­fendre l’iden­ti­té na­tio­nale, de ne pas obéir aux élites et de tra­vailler pour la classe moyenne.

Une me­nace pour le Canada, a dit mon­sieur Au­det de­vant les membres du Cercle ca­na­dien de Mon­tréal, qui trem­blaient tel­le­ment fort qu’ils en ont échap­pé leur vin blanc.

PAR­LER AU PEUPLE ? POUAH !

Dé­cor­ti­quons les pro­pos du pa­tron de Co­ge­co.

Pri­mo, qu’en­tend-il par « po­pu­liste » ? Un po­li­ti­cien ou un com­men­ta­teur qui parle au peuple des su­jets qui in­té­ressent le peuple dans des mots que le peuple com­prend ?

Si c’est ça, je ne vois pas ce qu’il y a de si inquiétant…

Co­ge­co est pro­prié­taire de plu­sieurs sta­tions de ra­dio, dont le 98,5 FM à Mon­tréal et le FM 93 à Qué­bec.

Dans la pre­mière, on peut en­tendre Mario Dumont (ex-chef de l’ADQ) et Ber­nard Drain­ville (père de la Charte des va­leurs), et dans la se­conde, Éric Du­haime et le Doc Mailloux.

Ces ani­ma­teurs, qui par­ti­cipent à en­ri­chir votre en­tre­prise, sont-ils de méchants po­pu­listes, Mon­sieur Au­det ? Ou juste des com­men­ta­teurs co­lo­rés ?

Se­con­do, en ce qui a trait à la « fer­me­ture des fron­tières ».

Le son­dage qui ef­fraie tant le pa­tron de Co­ge­co a été ef­fec­tué en pleine crise des mi­grants illé­gaux.

Se pour­rait-il que les Qué­bé­cois ne sou­haitent pas que l’on ferme les fron­tières de la pro­vince, juste qu’on les res­pecte ?

Pas évident de se pro­non­cer sur un su­jet aus­si com­plexe dans le cadre d’un son­dage. Il faut dé­ve­lop­per, ex­pli­quer sa po­si­tion… Chose qu’un son­dage ne nous per­met pas de faire.

Il y a une dif­fé­rence entre vou­loir abais­ser le seuil d’im­mi­gra­tion pour mieux in­té­grer les nou­veaux ar­ri­vants et être contre l’im­mi­gra­tion.

« OBÉIR » À L’ÉLITE ?

Ter­tio : « Dé­fendre l’iden­ti­té na­tio­nale ».

On ne parle pas ici d’avoir un Qué­bec plus blanc que blanc, juste de dé­fendre des va­leurs qui nous tiennent à coeur, comme l’éga­li­té hom­mes­femmes et le res­pect des mi­no­ri­tés cultu­relles. Qu’y a-t-il de mal à ça ? Quar­to : « Ne pas obéir aux élites ». Pour­quoi le peuple (c’est-à-dire : les clients de mon­sieur Au­det, ceux qui mettent du ca­viar sur son pain) de­vrait-il obéir à une classe, exac­te­ment ?

Et de quelle élite parle mon­sieur Au­det ?

Celle qui a ap­puyé les com­mu­nistes et les maoïstes ? Ce n’est pas parce qu’on est in­tel­lo qu’on a rai­son et qu’on voit juste. L’his­toire des in­tel­lec­tuels est se­mée de dérapages ma­jeurs et de prises de po­si­tion dé­biles.

Et si le peuple s’est dé­tour­né de l’élite, c’est peut-être parce que l’élite l’a aban­don­né et le mé­prise ou­ver­te­ment.

LES CONTRI­BUABLES ? POUAH !

En­fin, « tra­vailler pour la classe moyenne ».

Euh… En quoi est-ce un crime de par­ler au nom des contri­buables, au juste ?

Mon­sieur Au­det pense-t-il que les po­li­ti­ciens de­vraient plu­tôt tra­vailler pour les pres­ti­gieux membres du Cercle ca­na­dien de Mon­tréal ?

En pas­sant, si le grand pa­tron de Co­ge­co veut faire de la po­li­tique, qu’il saute la clô­ture comme l’a fait un autre ma­gnat des mé­dias.

Louis Au­det PDG de Co­ge­co Le pa­tron de Co­ge­co a peur des « po­pu­listes »…

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.