L’eu­tha­na­sie pour tous

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - MA­THIEU BOCK-CÔ­TÉ ma­thieu.bock-cote @que­be­cor­me­dia.com

Au mo­ment de pas­ser la loi sur le sui­cide as­sis­té, pom­peu­se­ment ap­pe­lée « mou­rir dans la di­gni­té », ses pro­mo­teurs sou­te­naient fiè­re­ment que les cri­tères pour ac­cé­der aux « soins de fin de vie » étaient ri­gou­reux et n’al­laient pas chan­ger de si­tôt. L’eu­tha­na­sie de­meu­re­rait une ex­cep­tion.

Il au­ra fal­lu très peu de temps pour que cette pro­messe se dis­sipe, comme si elle n’avait ja­mais été faite. Est-ce parce que les pro­mo­teurs de l’eu­tha­na­sie ont men­ti ? Peu­têtre. Peut-être est-ce aus­si parce que cette loi a sa propre lo­gique et qu’une fois qu’on ac­cepte la pos­si­bi­li­té du sui­cide as­sis­té, on en vient ra­pi­de­ment à le ba­na­li­ser ?

BANALISATION

Quoi qu’il en soit, nous y sommes. On en­tend dé­sor­mais de plus en plus de gens en ap­pe­ler à ou­vrir le sui­cide as­sis­té aux vic­times de la ma­la­die d’Alz­hei­mer. Et on doit s’at­tendre à ce que, dans les an­nées à ve­nir, les ca­té­go­ries can­di­dates au sui­cide as­sis­té se mul­ti­plient.

On pour­ra se faire une idée de l’ave­nir qui nous est ré­ser­vé en consul­tant un dos­sier sur l’eu­tha­na­sie aux Pays-Bas, réa­li­sé par Alain Cre­vier, de l’émis­sion

Se­cond re­gard, à Ra­dio-Canada, pa­ru ven­dre­di der­nier sur in­ter­net.

On y ap­prend que, dans ce pays, l’eu­tha­na­sie a été ba­na­li­sée à un point tel qu’il s’agit d’une « fa­çon nor­male de mou­rir ». On peut même y bé­né­fi­cier du sui­cide as­sis­té dans des cas de dé­mence ou même dans des cas graves d’al­coo­lisme.

Le cri­tère dé­ter­mi­nant, nous dit Cre­vier, c’est la souf­france. L’eu­tha­na­sie est dis­po­nible pour les en­fants ma­lades de 12 ans ou plus. Et on se de­mande si on peut l’étendre aux moins de 12 ans. Il en fau­drait moins que ce­la pour qu’on se dise en plein dé­lire.

Pour re­prendre les mots du philosophe Chris­tian Saint-Ger­main, notre ci­vi­li­sa­tion est dans la lo­gique de « l’eu­tha­na­sie proac­tive ».

Mais rien de tout ce­la n’est sur­pre­nant, en fait. Car à par­tir du mo­ment où nous trans­for­mons le sui­cide as­sis­té en droit fon­da­men­tal, on est na­tu­rel­le­ment ame­né à en faire le droit ca­pi­tal.

L’homme n’est-il pas en droit, dès lors, de quit­ter ce monde dès qu’il le juge in­sup­por­table ? N’est-il pas maître de son des­tin ?

Et puisque la souf­france ex­trême sur cette terre n’est pas ex­clu­si­ve­ment phy­sique, puis­qu’elle peut être mo­rale, n’en vien­drons-nous pas, un jour, à ré­cla­mer l’eu­tha­na­sie sur de­mande, sans même avoir à nous jus­ti­fier ? C’est même inévitable.

On me ré­pon­dra que cette pro­po­si­tion n’est pas sur la table. Rien n’in­ter­dit pour­tant de pen­ser qu’elle le se­ra dans une quin­zaine d’an­nées.

Il était bien ha­sar­deux de trans­for­mer le sui­cide en droit social fi­nan­cé par l’État.

BAR­BA­RIE

Nous su­bis­sons une telle ré­vo­lu­tion des men­ta­li­tés en ce mo­ment que ce qui sem­blait in­con­ce­vable la veille peut de­ve­nir évident le len­de­main.

Il pour­rait bien y avoir de­main, au Qué­bec, des cli­niques « mé­di­cales » où la mort se­ra ven­due comme un ser­vice par­mi d’autres. On ac­cu­se­ra ceux qui af­fi­che­ront quelques ré­serves de­vant ce pro­grès de man­quer de coeur et d’être ré­ac­tion­naires.

Les va­leurs se ren­versent, les re­pères mo­raux aus­si. Les mé­de­cins donnent la mort. Et nous nous croyons pri­vi­lé­giés.

Les va­leurs se ren­versent, les re­pères mo­raux aus­si

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