UN TÉ­NOR DE LA CAQ DANS L’IN­DUS­TRIE DES PRÊTS À HAUT TAUX D’IN­TÉ­RÊT

Le pré­sident et can­di­dat dans La Prai­rie

Le Journal de Montreal - - LA UNE - Sté­phane Le Bouyon­nec

Le pré­sident de la CAQ et can­di­dat dans La Prai­rie aux élec­tions d’oc­tobre, Sté­phane Le Bouyon­nec, pré­side aus­si le con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion d’une en­tre­prise qui fait, en On­ta­rio, ce qu’elle n’a pas le droit de faire au Qué­bec : des prêts pri­vés à 90 % d’in­té­rêt et plus.

Sté­phane Le Bouyon­nec ne fait rien d’illé­gal, mais il entre en contra­dic­tion avec la po­si­tion de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec. Comme tous les autres par­tis à l’As­sem­blée na­tio­nale, sa for­ma­tion a vo­té en fa­veur de mo­di­fi­ca­tions ré­centes à la Loi sur la pro­tec­tion du consom­ma­teur qui in­ter­disent clai­re­ment l’im­po­si­tion de frais par-des­sus un taux d’in­té­rêt maxi­mal de 35 % par an.

Le can­di­dat et homme d’af­faires est ac­tion­naire de la com­pa­gnie à nu­mé­ro qui contrôle Fi­na­banx. Cette en­tre­prise ex­ploite iCash, un site in­ter­net qui per­met aux Ca­na­diens hors Qué­bec de se faire avan­cer de l’argent à des « coûts d’em­prunt » dé­pas­sant lar­ge­ment le taux d’in­té­rêt consi­dé­ré comme de l’usure dans le Code cri­mi­nel, soit 60 %.

Le site iCash n’offre pas ses ser­vices au Qué­bec puisque cette pra­tique n’y est pas per­mise.

JUS­QU’À 780 %

Dans les autres pro­vinces, les prê­teurs pri­vés peuvent exi­ger des in­té­rêts dé­pas­sant le taux an­nuel de 60 %, sous cer­taines condi­tions.

En On­ta­rio, iCash exige tou­jours des frais de 15 $ par tranche de 100 $, peu im­porte la du­rée du prêt. Pour ob­te­nir 500 $, par exemple, le client paie­ra 75 $ en in­té­rêt, que ce soit pour un rem­bour­se­ment en une se­maine, en un mois ou en deux mois.

Cal­cu­lé sur une base an­nuelle, le taux d’in­té­rêt an­nuel va­rie donc de 90 % à 780 %, se­lon le dé­lai qu’a choi­si le client pour rem­bour­ser son prêt.

AC­TION­NAIRE MI­NO­RI­TAIRE

Sté­phane Le Bouyon­nec dit dé­te­nir « 4 % ou moins » de la com­pa­gnie qui contrôle Fi­na­banx. Il pré­side son con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de­puis mars 2017.

Contac­té par notre Bu­reau d’en­quête, il dit ne pas consi­dé­rer les frais qu’exige Fi­na­banx comme des « in­té­rêts » à pro­pre­ment par­ler.

« Ce n’est pas un taux d’in­té­rêt, dit Sté­phane Le Bouyon­nec. C’est un taux d’em­prunt com­plet, qui capte toutes sortes de frais. »

Il men­tionne les frais d’ou­ver­ture de dos­sier et d’étude de cré­dit per­met­tant de dé­ter­mi­ner si, oui ou non, un prê­teur en dif­fi­cul­té est ad­mis­sible à un fi­nan­ce­ment.

Mais l’On­ta­rio, où iCash ac­corde le gros de ses prêts, ne par­tage pas la dé­fi­ni­tion de Sté­phane Le Bouyon­nec. La loi exige que les prê­teurs sur sa­laire « di­vulguent le coût [to­tal] d’em­prunt sous forme de taux d’in­té­rêt an­nua­li­sé », ex­plique Sue Car­roll, di­rec­trice des com­mu­ni­ca­tions aux Ser­vices aux consom­ma­teurs dans la pro­vince.

Fi­na­banx se conforme d’ailleurs à cette loi, en pré­sen­tant sur son site iCash le coût de son prêt de 42 jours sur une base an­nuelle : 130 %, soit plus de deux fois le taux d’in­té­rêt que le Code cri­mi­nel consi­dère comme de l’usure.

Sté­phane Le Bouyon­nec af­firme éga­le­ment que les prêts de Fi­na­banx visent sur­tout à tes­ter la tech­no­lo­gie de sa com­pa­gnie soeur, Tech­banx. Elle a dé­ve­lop­pé des al­go­rithmes pour étu­dier très ra­pi­de­ment le dos­sier d’un em­prun­teur. « Un étu­diant dans le mé­tro, avant même de sor­tir, il a ac­cès à ses fonds », illustre-t-il.

DÉ­MIS­SION IM­MI­NENTE

Le pré­sident de la CAQ compte dé­mis­sion­ner du CA de la com­pa­gnie à nu­mé­ro contrô­lant Fi­na­banx « d’ici deux mois » pour ne pas nuire à ses res­pon­sa­bi­li­tés po­li­tiques. Sté­phane Le Bouyon­nec ne sait tou­te­fois pas ce qu’il fe­ra des ac­tions de l’en­tre­prise qu’il dé­tient.

Le di­rec­teur des re­la­tions avec les mé­dias de la CAQ, Guillaume Simard-Le­duc, as­sure que son par­ti ne voit au­cun pro­blème dans la re­la­tion qu’en­tre­tient le pré­sident du par­ti avec Fi­na­banx.

« L’en­tre­prise se conforme aux règles de cha­cune des pro­vinces où elle a des clients, et elle n’a au­cun plan d’of­frir ses ser­vices au Qué­bec. »

Le pré­sident de la Coa­li­tion ave­nir Qué­bec et can­di­dat dé­cla­ré dans la cir­cons­crip­tion de La Prai­rie, Sté­phane Le Bouyon­nec. En ac­cord avec les lois de la plu­part des pro­vinces du reste du Ca­na­da, le site d’iCash pré­sente ses « coûts d’em­prunt » pour son prêt sur 42 jours sous forme de taux d’in­té­rêt an­nuel : 130 %, soit plus de deux fois le taux consi­dé­ré comme de l’usure dans le Code cri­mi­nel.

PHO­TO TI­RÉE DU SITE DE LA COA­LI­TION AVE­NIR QUÉ­BEC CAP­TURE D’ÉCRAN ICASH.CA

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