Som­met de Sin­ga­pour : une « vic­toire » trum­pienne

Le Journal de Montreal - - MONDE - PIERRE MAR­TIN @PMar­tin_U­deM

L’ac­cord de Sin­ga­pour est un mo­deste pas en avant vers la fin en­core éloi­gnée d’un conflit in­ter­mi­nable. C’est bien, mais le texte de l’ac­cord lui-même est une co­quille vide. Ça n’em­pê­che­ra pas Do­nald Trump de se pé­ter les bre­telles.

L’ad­mi­nis­tra­tion Trump pré­sente le som­met de Sin­ga­pour comme un événement his­to­rique mo­nu­men­tal, mais l’ac­cord ne com­porte au­cune ga­ran­tie que le ré­gime de Kim don­ne­ra suite à ses pro­messes.

Le pré­sident amé­ri­cain af­firme que Kim lui a pro­mis de s’en­ga­ger dans une ré­duc­tion de son ar­se­nal, mais Kim lui-même n’a rien dit de tel.

Sur­tout, le texte de l’ac­cord ne fixe au­cun calendrier ferme pour ce dé­man­tè­le­ment et n’ins­taure au­cun pro­ces­sus cré­dible de vé­ri­fi­ca­tion.

UN AC­CORD PAYANT POUR KIM JONG-UN

Au cré­dit des pro­ta­go­nistes, les risques de guerre im­mi­nente sont moins éle­vés au­jourd’hui qu’il y a un an. L’ac­cord ajoute ce­pen­dant peu aux pers­pec­tives de paix à long terme.

L’État nord-co­réen y gagne énor­mé­ment, sans sa­cri­fier grand-chose. Kim n’a fait au­cune conces­sion qui af­fai­bli­rait son ré­gime to­ta­li­taire et l’ac­cord pour­rait même l’ai­der à le ren­for­cer.

Avant tout, Kim Jong-un y gagne en pres­tige. Ce­lui qui était un pa­ria sur la scène in­ter­na­tio­nale il y a quelques mois a par­ta­gé la scène d’égal à égal avec le pré­sident amé­ri­cain et ce­la lui donne une lé­gi­ti­mi­té qui lui avait tou­jours échap­pé. C’est énorme.

DES GAINS IN­CER­TAINS POUR LES ÉTATS-UNIS

Pour les États-Unis, les gains sont mo­destes. En fait, pour croire que l’ac­cord fe­ra une dif­fé­rence, il faut croire Do­nald Trump.

Si on croit que Trump rap­porte fi­dè­le­ment les pro­pos de Kim et si on croit qu’il ne re­nie­ra pas sa pa­role comme il l’a fait si sou­vent dé­jà en po­li­tique et en af­faires, on peut y voir de grands gains.

Mais comme le texte si­gné n’est qu’une li­ta­nie de pro­messes, ça en pren­dra beau­coup plus avant de convaincre ceux qui ne sont pas dé­jà ac­quis à Do­nald Trump que son deal sur­passe tout ce qui a été fait dans le pas­sé, y com­pris l’en­tente nu­cléaire avec l’Iran.

UNE VIC­TOIRE AUX YEUX DE TRUMP

Dans la vi­sion trum­pienne du monde, les États-Unis gagnent en al­lé­geant le far­deau du sou­tien à leurs al­liés. Il était ré­joui d’an­non­cer que les Amé­ri­cains épar­gne­ront des mil­lions en sus­pen­dant leurs exer­cices mi­li­taires en Co­rée du Sud, même s’il n’a consul­té ni ses gé­né­raux ni les Sud-Co­réens.

Pour Trump, comme sa dé­mons­tra­tion de force en­vers Jus­tin Tru­deau qui a fait dé­railler le G7, cet ac­cord lui per­met de pro­je­ter l’image d’un lea­der fort qui in­carne la toute-puis­sance des États-Unis et im­pose le respect.

Tou­te­fois, à Sin­ga­pour comme à Char­le­voix, il tourne le dos aux ins­ti­tu­tions qui ont per­mis aux États-Unis d’exer­cer un vé­ri­table lea­der­ship in­ter­na­tio­nal de­puis la Se­conde Guerre mon­diale et en étrei­gnant avec un en­thou­siasme ma­ni­feste les di­ri­geants des pires ré­gimes au­to­ri­taires ou to­ta­li­taires.

Ses par­ti­sans in­con­di­tion­nels le suivent, mais, pour le reste de ses com­pa­triotes, rien n’est moins sûr.

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