Pro­vo­ca­tion is­la­miste au Ba­ta­clan

Le Journal de Montreal - - OPINIONS - MATHIEU BOCK-CÔ­TÉ Blo­gueur au Jour­nal So­cio­logue, au­teur et chro­ni­queur mathieu.bock-cote@que­be­cor­me­dia.com @mbo­ck­cote

On s’en sou­vient : le 13 no­vembre 2015, un com­man­do is­la­miste s’est li­vré à une sé­rie d’at­ten­tats à Pa­ris, en vi­sant no­tam­ment le Ba­ta­clan, une salle de spec­tacle fré­quen­tée par la jeunesse. Ils firent 113 morts et 413 bles­sés.

Après l’at­ten­tat contre Char­lie Heb­do, la vio­lence is­la­miste frap­pait en­core au coeur de Pa­ris, en ci­blant au ha­sard des gens qui avaient le simple mal­heur d’être là. Au­jourd’hui, le Ba­ta­clan n’est plus qu’une salle de spec­tacle : c’est un sym­bole.

Et c’est pour ce­la que le rap­peur Mé­dine, un is­la­miste qui fait car­rière dans la haine an­ti­fran­çaise la plus dé­com­plexée, a dé­ci­dé de se pro­duire au Ba­ta­clan. Ce mon­sieur est un agent du dji­had, et na­tu­rel­le­ment, ils sont très nom­breux à s’in­di­gner de sa pré­sence en ce lieu. Chan­ter la haine de la France et la mise à mort des mi­li­tants de la laï­ci­té au Ba­ta­clan, c’est l’équi­valent mo­ral d’or­ga­ni­ser une soi­rée com­mé­mo­ra­tive pour les an­ciens de la SS sur le ter­rain d’un an­cien camp de concen­tra­tion.

En­core une fois, les is­la­mistes testent notre ca­pa­ci­té de ré­sis­tance en re­tour­nant nos prin­cipes de ci­vi­li­sa­tion contre nous. Car Mé­dine le rap­peur critique ses dé­trac­teurs en bran­dis­sant l’éten­dard de la li­ber­té d’ex­pres­sion. Mieux en­core : il as­si­mile l’en­semble de ses ad­ver­saires à l’ex­trême droite.

C’est ce qu’on ap­pelle une pi­rouette olym­pique : dé­sor­mais, ce sont les is­la­mistes qui dé­fendent les droits de l’homme et leurs ad­ver­saires qui sont pré­sen­tés comme des en­ne­mis de la dé­mo­cra­tie. Mais ce n’est pas la pre­mière fois. C’est avec la même lo­gique qu’on nous ex­plique que les dé­fen­seurs du ni­qab sont les champions de la li­ber­té, et ceux qui s’y op­posent les chantres de l’au­to­ri­ta­risme.

L’is­la­misme, dans nos so­cié­tés, a su ins­tru­men­ta­li­ser les droits de l’homme et la dé­mo­cra­tie pour s’im­plan­ter et se pro­té­ger ju­ri­di­que­ment et cultu­rel­le­ment contre ceux qui y voient une agres­sion contre l’Oc­ci­dent.

Le pire, c’est qu’il ne s’agit pas ici de li­ber­té d’ex­pres­sion, mais de simple respect mi­ni­mal de la so­cié­té fran­çaise. Si cer­tains en ap­pellent à in­ter­dire le concert en di­sant qu’il re­pré­sente une me­nace pour l’ordre pu­blic, la plu­part en ap­pellent sur­tout à la dé­cence. Il y a des choses que nous ne de­vrions pas être obli­gés d’in­ter­dire pour qu’elles ne se fassent pas.

Mais ce qu’il y a de plus scan­da­leux, peut-être, dans cette histoire, c’est le ral­lie­ment bête et fi­dèle de cer­tains pro­gres­sistes aux is­la­mistes, qu’ils dé­fendent comme de pauvres vic­times.

CO­LÈRE

De­vant l’agres­sion is­la­miste, nos contem­po­rains aiment ré­pé­ter, un peu bê­te­ment : « vous n’au­rez pas ma haine ». D’ac­cord. Mais les is­la­mistes pour­raient au moins avoir droit à notre co­lère et notre in­tran­si­geance.

À ce qu’on en sait, les spec­tacles de Mé­dine sont dé­jà com­plets. C’est qu’une par­tie de la jeunesse des ban­lieues com­mu­nie à cette haine an­ti­fran­çaise. Ver­rons-nous de­vant le Ba­ta­clan des ma­ni­fes­tants s’op­po­ser pa­ci­fi­que­ment aux concerts lors­qu’ils se tien­dront ?

Chose cer­taine, le mul­ti­cul­tu­ra­lisme, qui nor­ma­lise et ba­na­lise les dis­cours an­ti-oc­ci­den­taux au nom de la di­ver­si­té, fa­brique une so­cié­té qui offre la corde à ceux qui veulent la pendre.

Les is­la­mistes ins­tru­men­ta­lisent la dé­mo­cra­tie contre nous.

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