Gas­pillage d’argent pu­blic pour la Confé­rence des Des­ma­rais

Le Journal de Montreal - - ARGENT - MI­CHEL GI­RARD mi­chel.gi­rard@que­be­cor­me­dia.com

Que Po­wer Cor­po­ra­tion, de la fa­mille Des­ma­rais, soit le prin­ci­pal par­te­naire et com­man­di­taire cor­po­ra­tif de la so­cié­té Fo­rum éco­no­mique in­ter­na­tio­nal des Amé­riques, l’or­ga­ni­sa­teur de la Confé­rence de Mon­tréal qui réunit an­nuel­le­ment le gra­tin de la fi­nance mon­diale, je n’y vois au­cun pro­blème.

Les en­tre­prises pri­vées ont bien le droit de com­man­di­ter les or­ga­ni­sa­teurs des évé­ne­ments qui les en­chantent.

Mais que nos gou­ver­ne­ments, nos so­cié­tés d’État et autres or­ga­nismes fi­nan­cés par l’État fassent par­tie des gé­né­reux com­man­di­taires-par­te­naires d’évé­ne­ments comme la Confé­rence de Mon­tréal, je trouve ce­la in­adé­quat. Au­cu­ne­ment per­ti­nent. C’est du gas­pillage de fonds pu­blics.

Mon col­lègue Sylvain La­rocque a cal­cu­lé que nos gou­ver­ne­ments et or­ga­nismes pu­blics ont ver­sé dans le cadre de la pré­sente édi­tion de la Confé­rence de Mon­tréal (du 11 au 14 juin) un peu plus de 1,6 mil­lion $ en com­man­dites. C’est la so­cié­té créée par l’ex-mi­nistre Gil Ré­millard, soit le Fo­rum éco­no­mique in­ter­na­tio­nal des Amé­riques (FEIA), qui or­ga­nise an­nuel­le­ment la Confé­rence de Mon­tréal.

GROSSES COM­MAN­DITES

Au nombre des plus gé­né­reux com­man­di­taires de la Confé­rence de Mon­tréal, on trouve no­tam­ment cette an­née le gou­ver­ne­ment du Qué­bec (500 000 $), le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral (350 000 $), la Caisse de dé­pôt et pla­ce­ment du Qué­bec (150 000 $), l’Au­to­ri­té des mar­chés fi­nan­ciers (150 000 $), Hy­dro-Qué­bec (100 000 $), In­ves­tis­se­ment Qué­bec (100 000 $), la Ville de Mon­tréal (100 000 $), etc.

Évi­dem­ment, le FEIA ne rate pas l’oc­ca­sion de rap­pe­ler qu’il « se dé­marque par sa pla­te­forme unique bâ­tie grâce à une étroite col­la­bo­ra­tion avec les dif­fé­rents pa­liers de gou­ver­ne­ments et un grand nombre d’ins­ti­tu­tions in­ter­na­tio­nales, et grâce à l’ac­cent por­té à four­nir une in­for­ma­tion pri­vi­lé­giée qui per­met de prendre les meilleures dé­ci­sions ».

TRÈS CHER

As­sis­ter à la Confé­rence de Mon­tréal, ça coûte très cher. L’ins­crip­tion ré­gu­lière s’élève à 700 $ pour une jour­née, 1250 $ pour deux jours et 1600 $ pour les quatre jours (du 11 au 14 juin).

Une ins­crip­tion au « Club exé­cu­tif » re­vient à 1750 $ (1 jour), à 3000 $ (2 jours) ou à 3500 $ (4 jours).

Et ça rap­porte quoi ? « Le Club exé­cu­tif de la Confé­rence de Mon­tréal offre un ac­cès pri­vi­lé­gié aux nom­breux confé­ren­ciers na­tio­naux et in­ter­na­tio­naux et aux in­vi­tés de marque de la confé­rence. Le Club exé­cu­tif vous per­met de maxi­mi­ser votre par­ti­ci­pa­tion à la confé­rence en of­frant un en­vi­ron­ne­ment idéal pour pla­ni­fier des ren­contres pri­vées et bâ­tir ou dé­ve­lop­per des ré­seaux d’af­faires. »

Le for­fait cor­po­ra­tif com­mence à 5800 $ pour un jour, grimpe à 9200 $ pour deux jours et à 12 700 $ pour les quatre jours.

On vous pro­met en re­tour de votre in­ves­tis­se­ment que ce­la « vous per­met­tra de maxi­mi­ser la vi­si­bi­li­té de votre or­ga­ni­sa­tion et de ti­rer pro­fit » de votre par­ti­ci­pa­tion à la confé­rence.

Quelque 210 confé­ren­ciers, pro­ve­nant de 60 pays, par­ti­cipent à la Confé­rence de Mon­tréal, dont le thème cette an­née est : « Une nou­velle mon­dia­li­sa­tion : gé­rer l’in­cer­ti­tude ».

Le mot de la fin à la mi­nistre de l’Éco­no­mie, Do­mi­nique An­glade : « Notre gou­ver­ne­ment est fier de par­ti­ci­per à la 24e Confé­rence de Mon­tréal, du­rant la­quelle nous dé­mon­trons en­core une fois que le Qué­bec suit un plan ri­gou­reux afin d’as­su­rer sa pros­pé­ri­té. »

Quand on se paie une com­man­dite de 1 mil­lion $ dans une sé­lecte confé­rence pri­vée, on re­pas­se­ra pour la ri­gueur fi­nan­cière !

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