France : la re­vanche des ou­bliés

Le Journal de Montreal - - POLITIQUE - JO­SEPH FACAL jo­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Je suis tou­jours en France.

Au­jourd’hui, c’est le « sa­me­di de tous les dan­gers », dit un res­pon­sable gou­ver­ne­men­tal qui craint de « très graves vio­lences ». C’est l’alerte « maxi­male ».

89 000 agents des forces de l’ordre sont mo­bi­li­sés, dont 8000 à Pa­ris. On a sor­ti les blin­dés.

Des tas d’ins­ti­tu­tions pu­bliques et de com­merces se­ront fermés.

J’avais des billets pour le match Nice-Mo­na­co d’hier soir, qui a été re­por­té, comme beau­coup d’autres.

« Il y a plus im­por­tant que le foot », di­sait Pa­trick Viei­ra, l’en­traî­neur de Nice.

DUR­CIS­SE­MENT

Les gi­lets jaunes mo­dé­rés se re­froi­dissent. Le mou­ve­ment se dur­cit.

L’ex­trême gauche et l’ex­trême droite sont de plus en plus vi­sibles.

L’annulation de la taxe sur les car­bu­rants a en­ra­gé les éco­lo­gistes, mais n’a pas cal­mé la grogne.

Der­rière la stag­na­tion du pou­voir d’achat, c’est un mé­lange hé­té­ro­clite de res­sen­ti­ments : contre la pau­vre­té, contre le ca­pi­ta­lisme, contre la mon­dia­li­sa­tion, contre l’im­mi­gra­tion mas­sive, contre le culte des mi­no­ri­tés, contre les élites, contre, contre, contre…

Il y a une at­mo­sphère de ni­hi­lisme des­truc­teur, une soif de ven­geance aus­si.

La ran­coeur, la rage font que l’on cible, dans le coeur de Pa­ris, les com­merces de luxe.

For­cé­ment, le mou­ve­ment est truf­fé de contra­dic­tions.

Vous avez l’ou­vrier en jaune qui trouve que son pa­tron ne paie pas as­sez.

Vous avez le pe­tit pa­tron en jaune qui trouve que ses coûts de maind’oeuvre sont exor­bi­tants.

Vous avez le gi­let jaune qui veut moins d’im­pôts, mais plus de ser­vices pu­blics.

Des ly­céens sans re­ven­di­ca­tions se joignent au mou­ve­ment parce qu’il se­rait hon­teux de res­ter sages pen­dant que pa­pi et ma­mie sont dans la rue.

Les lou­bards des ban­lieues leur en­seignent com­ment on brûle des au­tos.

Comme cha­cun a sa re­ven­di­ca­tion, le ré­sul­tat com­bi­né est que 77 % des Fran­çais disent « sou­te­nir » le mou­ve­ment.

Chaque fois que des gi­lets jaunes ont vou­lu se don­ner des porte-pa­role, ils ont été ra­broués par d’autres gi­lets jaunes.

Le gou­ver­ne­ment n’a per­sonne à qui par­ler, ne sait plus quoi faire, nage dans une im­pro­vi­sa­tion to­tale.

On jongle avec une pe­tite bo­ni­fi­ca­tion sur la der­nière paie avant Noël pour ten­ter de maî­tri­ser l’in­cen­die. Du grand n’im­porte quoi… Em­ma­nuel Ma­cron, muet et in­vi­sible, qui ne sait plus quoi dire, se cache der­rière son pre­mier mi­nistre.

Ma­cron est plus im­po­pu­laire… que Fran­çois Hol­lande à la fin de son man­dat.

Ma­cron…, ce­lui qui dé­pas­se­rait les vieilles lignes de frac­ture de la France, mais qui n’a fait que fé­dé­rer les bien-pen­sants.

SENS

Cette France en co­lère, c’est celle qui dit non au pro­jet de so­cié­té qu’on veut lui im­po­ser : ce­lui de la com­pé­ti­tion, de la pré­ca­ri­té, du bras­sage cultu­rel.

C’est la France qui se fait dire de­puis long­temps : « Ferme-ta­gueule-pauvre-con-t’as-pas-le­choix. »

Elle de­mande : je paie pour qui, je paie pour quoi ?

Cette France ne sait pas ce qu’elle veut, mais elle sait ce qu’elle ne veut pas : le pro­jet de so­cié­té de ses élites bran­chées.

C’est la France qui se fait dire de­puis long­temps : « Ferme-ta-gueule-pau­vre­con-t’as-pas-le-choix. »

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