Ma­cron tremble de peur

Le Journal de Montreal - - DOSSIER - Loïc Tas­sé

Le gou­ver­ne­ment fran­çais a peur. Les « gi­lets jaunes » ma­ni­festent en­core au­jourd’hui à Pa­ris. De­puis des se­maines, ils bloquent les dé­pôts de car­bu­rants. Des sta­tions-ser­vice manquent d’es­sence.

Di­vers groupes se sont joints au mou­ve­ment : les étu­diants, les ca­mion­neurs, les am­bu­lan­ciers, les re­trai­tés…

1 La ré­pu­blique et la dé­mo­cra­tie sont-elles vrai­ment me­na­cées ?

Par­tout, y com­pris au sein du gou­ver­ne­ment, des per­son­na­li­tés pu­bliques aver­tissent que l’ave­nir de la Ré­pu­blique et de la dé­mo­cra­tie est en jeu. Ces aver­tis­se­ments sont très exa­gé­rés. C’est que l’ar­mée et la po­lice obéissent tou­jours aux élus. Il n’y a pas de mou­ve­ment de déso­béis­sance dans leurs rangs.

2 Com­ment a évo­lué le mou­ve­ment des gi­lets jaunes ?

Le mou­ve­ment des gi­lets jaunes est de­ve­nu mul­ti­forme. Tel­le­ment mul­ti­forme qu’il est fa­cile pour tous les ci­toyens fran­çais d’y voir le re­flet de leur moindre do­léance. Au­cune po­li­tique ne pour­ra ja­mais sa­tis­faire com­plè­te­ment les gi­lets jaunes, parce qu’il ne se­ra ja­mais pos­sible de sa­tis­faire tous les Fran­çais à la fois. C’est pour­quoi, même si le gou­ver­ne­ment a an­nu­lé les hausses de taxes sur le car­bu­rant, hausses qui sont à l’ori­gine du mou­ve­ment, ce­lui-ci conti­nue à gran­dir.

3 Le mou­ve­ment marque-t-il la fin des po­li­tiques sur l’en­vi­ron­ne­ment en France ?

À tra­vers le mou­ve­ment des gi­lets jaunes, c’est toute l’or­ga­ni­sa­tion so­ciale, éco­no­mique et ter­ri­to­riale qui est re­mise en ques­tion. Les ban­lieues et l’économie des ré­gions se sont dé­ve­lop­pées grâce à l’au­to­mo­bile. Et au-de­là de l’au­to­mo­bile, ce sont les coûts de l’éta­le­ment ur­bain, des centres com­mer­ciaux et des modes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment agri­coles qui sont vi­sés. Plu­tôt que la fin des po­li­tiques en­vi­ron­ne­men­tales, le mou­ve­ment des gi­lets jaunes ap­pelle à une ap­proche plus glo­bale de l’en­vi­ron­ne­ment.

4 Les Fran­çais sont-ils fa­ti­gués des me­sures contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques ?

Les Fran­çais moyens trouvent qu’ils font dé­jà beau­coup d’ef­forts. Tan­dis que les émis­sions de gaz à ef­fet de serre des pays in­dus­tria­li­sés se sont sta­bi­li­sées et même ont di­mi­nué, ces émis­sions aug­mentent en flèche en Chine, en Inde et dans les pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment. Au point où les Eu­ro­péens et les Nord-Amé­ri­cains ne re­pré­sentent plus la ma­jo­ri­té des émis­sions de gaz à ef­fet de serre de la pla­nète. Dans ces condi­tions, pour­quoi tou­jours de­man­der plus d’ef­forts aux ci­toyens eu­ro­péens, et donc aux Fran­çais ? Tout sim­ple­ment parce que les pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment ex­ploitent la mau­vaise conscience des an­ciens co­lo­ni­sa­teurs. Cette in­jus­tice nour­rit l’exas­pé­ra­tion des gi­lets jaunes.

5 Existe-t-il un lien entre les gi­lets jaunes et l’im­mi­gra­tion?

La mau­vaise conscience des ex-co­lo­ni­sa­teurs jus­ti­fie la si­gna­ture ce week-end de l’ir­res­pon­sable pacte de Mar­ra­kech sur l’im­mi­gra­tion. Il se­rait trop long d’en exa­mi­ner ici les in­vrai­sem­blables pro­messes faites aux pays en voie de dé­ve­lop­pe­ment ou les ignobles clauses sur la censure contre toute cri­tique du pacte. Mais on re­mar­que­ra que les tra­vailleurs des pays in­dus­tria­li­sés y sont as­si­mi­lés à des ma­chines que l’on peut rem­pla­cer par de la main-d’oeuvre im­mi­grante, sans égard à la culture ou aux va­leurs na­tio­nales. C’est une vi­sion uti­li­ta­riste et ré­duc­trice des ci­toyens. Une vi­sion mul­ti­cul­tu­relle néo­li­bé­rale sou­vent adop­tée par le gou­ver­ne­ment d’Em­ma­nuel Ma­cron. Or, cette vi­sion est re­je­tée par une ma­jo­ri­té de gi­lets jaunes.

Em­ma­nuel Ma­cron, pré­sident fran­çais

SA­ME­DI 8 DÉ­CEMBRE 2018

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