Mes en­fants n’iraient pas aux Pères Ma­ristes

Le Journal de Montreal - - OPINIONS - CLAUDE VILLE­NEUVE c claude.ville­neuve @que­be­cor­me­dia.com L @vclaude

Si j’avais une fille, je ne l’en­ver­rais pas au Sé­mi­naire des Pères Ma­ristes (SPM), à Qué­bec. J’au­rais peur qu’elle n’y soit pas res­pec­tée. Si j’avais un gar­çon, il n’irait pas là non plus. J’au­rais peur qu’on en fasse un trou de cul.

En avril der­nier, trois ado­les­centes fré­quen­tant le SPM se sont plaintes que des gar­çons âgés de 12 et 13 ans les avaient contraintes à leur en­voyer des pho­tos d’elles nues, qu’ils au­raient en­suite fait cir­cu­ler à l’école. Le 3 mai, six gar­çons étaient ar­rê­tés. Cinq d’entre eux se­ront plus tard ac­cu­sés no­tam­ment de leurre et de dis­tri­bu­tion de por­no­gra­phie ju­vé­nile.

Qu’a fait la di­rec­tion de l’établissement à ce mo­ment-là ? Elle a briè­ve­ment sus­pen­dus les gar­çons, puis s’est as­su­rée qu’ils puissent pour­suivre leur an­née dans un autre bâ­ti­ment, afin qu’ils ne croisent pas les vic­times. Elle pré­voyait les ré­in­té­grer dans ses ser­vices ré­gu­liers en août.

Évi­dem­ment, ça ne pas­sait pas au­près des plai­gnantes et de leurs pa­rents qui es­ti­maient qu’on pro­té­geait da­van­tage les jeunes ac­cu­sés que les vic­times, mais la di­rec­tion n’a pas bron­ché. Au contraire, cer­tains des gar­çons sous en­quête ont même re­çu un prix lors du ga­la mé­ri­tas.

Ce n’est pas une blague.

RÉ­COM­PENSE

Le di­rec­teur de l’établissement, Fran­çois Syl­vain, a ex­pli­qué qu’il s’agis­sait de ne pas se sub­sti­tuer à la justice. En cette ère post #moiaus­si, la pré­somp­tion d’in­no­cence se­rait bien sou­vent mal­me­née, hé­las.

Pour­tant, il me semble que dans mon ado­les­cence pré #moiaus­si, un élève fai­sant l’ob­jet d’une plainte cri­mi­nelle de la part d’une autre élève de mon école n’au­rait pas re­çu de ré­com­pense de la di­rec­tion. En­fin... Il faut dire qu’on vit à une époque où on peut de­ve­nir juge à la Cour su­prême des États-Unis même lors­qu’on est soup­çon­né de viol.

Puis, dé­but août, le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion a blâ­mé la di­rec­tion de l’école pri­vée pour sa pa­thé­tique ges­tion de la crise.

Tant et si bien que le CA de l’établissement a alors dé­ci­dé d’ex­pul­ser les gar­çons. Dé­ci­sion ra­pi­de­ment in­va­li­dée par la Cour su­pé­rieure, sai­sie par les pa­rents de trois d’entre eux, in­vo­quant le dé­lai trop court pour re­pla­cer leur re­je­ton dans une autre école pri­vée. Les gar­çons ont donc été ré­in­té­grés. Ce sont donc deux des vic­times qui ont choi­si d’al­ler étu­dier ailleurs.

De­puis, trois des jeunes ont plai­dé cou­pables aux ac­cu­sa­tions qui pèsent contre eux. L’école a tou­te­fois choi­si de les gar­der quand même, his­toire de se confor­mer à la dé­ci­sion du tri­bu­nal plu­tôt que de cher­cher à la faire ré­vi­ser.

LE BON SENS

Sauf que cette se­maine, le SPM a fi­ni par ex­pul­ser un des jeunes en ques­tion pour d’autres gestes in­ap­pro­priés qu’il au­rait com­mis, es­ti­mant qu’il ne res­pec­tait pas ses condi­tions de ré­ad­mis­sion. Le Ser­vice de po­lice de la Ville de Qué­bec confirme qu’il a re­çu deux plaintes.

Bref, des gestes qui au­raient pu être évi­tés si la di­rec­tion de l’école avait eu le bon sens de ren­voyer les jeunes au prin­temps plu­tôt que de leur en­voyer le mes­sage que c’est de leur cô­té qu’elle était.

Mais bon. Quel­qu’un, quelque part, a ou­blié que la mis­sion de toute école, qu’elle soit pri­vée ou pu­blique, c’est de faire du monde avec nos jeunes, filles comme gar­çons. Ce quel­qu’un semble avoir eu peur de­vant des pa­rents qui paient pour que l’école gère leur en­fant dans la jour­née, pas pour qu’elle l’éduque.

Et ce quel­qu’un de­vrait ma­ni­fes­te­ment perdre sa job.

Dé­but août, le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion a blâ­mé la di­rec­tion de l’école pri­vée pour sa pa­thé­tique ges­tion de la crise.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.