Notre té­lé n’est pas morte

Le Journal de Montreal - - JM JEUDI -

Mal­gré la vi­déo à la de­mande, la té­lé­vi­sion par contour­ne­ment, le strea­ming, le té­lé­char­ge­ment, les en­re­gis­tre­ments, et quoi en­core, la té­lé qu’on re­garde « live » est loin d’être morte.

Les Qué­bé­cois de­meurent les té­lé­spec­ta­teurs les plus fi­dèles et les plus en­thou­siastes que je connaisse. Dans au­cun autre pays du monde les ci­toyens re­gardent la té­lé la veille du jour de l’An. Ailleurs, on fait la fête dans les rues, on as­siste à d’im­menses feux d’ar­ti­fice, on danse et on boit dans les bars et les ca­ba­rets. Au Qué­bec, on re­garde la té­lé­vi­sion !

Même si je conti­nue à croire

— comme plu­sieurs de mes lec­teurs — que Ra­dio-Ca­na­da au­rait in­té­rêt à mettre le Bye bye sur pause pour quelques an­nées, ce n’est pas de­main la veille qu’on va cou­rir ce risque. Se­lon les chiffres de Nu­me­ris, 4 371 000

Qué­bé­cois ont vu le der­nier Bye bye .De quoi don­ner le tour­nis à n’im­porte quel dif­fu­seur, fût-il d’État.

L’au­di­toire de Dis­trict 31 — une sé­rie dé­sor­mais si po­pu­laire qu’elle est le su­jet de mille pa­ro­dies — ne dé­rou­git pas. Le nombre des afi­cio­na­dos dé­passe chaque jour un mil­lion et de­mi. Même le lun­di soir, qui est pour­tant la chasse gar­dée de TVA. Grâce à cette quo­ti­dienne qui s’in­sère entre Le tricheur (plus d’un mil­lion d’écoutes) et L’échap­pée et Fu­gueuse, la suite (1 240 000 et 1 191 000), Ra­dio-Ca­na­da sauve les meubles en ce pre­mier soir de la se­maine.

UN SUI­CIDE TÉ­LÉ­VI­SUEL

Mal­gré l’at­trait de Net­flix, de Dis­ney, de YouTube et de tous les autres ser­vices par contour­ne­ment, ce sont en­core nos dra­ma­tiques qui font la loi en haute écoute. Par quelle aber­ra­tion

V a-t-il pro­gram­mé La se­maine des 4 Ju­lie à 21 h, alors que Les pays d’en haut, Épi­dé­mie, 5e rang et les autres gros ca­nons de la SRC ou de TVA sont en ondes ? Le nou­veau talk-show de Ju­lie Sny­der, der­rière le­quel oeuvre le gé­nial Sté­phane Laporte, en prend donc pour son rhume. En dé­pit de la pro­mo­tion qu’on en a faite, l’émis­sion peine à réunir plus de 225 000 té­lé­spec­ta­teurs, même si le spec­tacle est di­ver­tis­sant et de grande qua­li­té. La chaîne V de­vien­dra bien­tôt la pro­prié­té du riche conglo­mé­rat Bell, mais fal­lait-il pour au­tant qu’elle loge ce nou­veau talk-show dans une case ho­raire aus­si sui­ci­daire ? L’au­tomne der­nier, 18 émis­sions de Ra­dio-Ca­na­da et de TVA ont main­te­nu des au­di­toires d’un mil­lion et plus, ne lais­sant au­cune place à des émis­sions étran­gères. Nulle autre té­lé­vi­sion au monde n’af­fiche des ré­sul­tats pa­reils.

COM­BIEN DE TEMPS EN­CORE ?

Au Ca­na­da an­glais, alors que la po­pu­la­tion est quatre fois su­pé­rieure, seule­ment sept émis­sions ont dé­pas­sé, l’au­tomne der­nier, le mil­lion de spec­ta­teurs. Du nombre, il y avait trois émis­sions po­li­tiques : les soi­rées élec­to­rales de CBC et de CTV ain­si que le dé­bat des chefs. Puis il y avait la soi­rée du ho­ckey.

L’élec­tion fé­dé­rale à la té­lé montre à quel point le Qué­bec est dif­fé­rent. Le 21 oc­tobre, l’émis­sion de CBC s’est clas­sée en pre­mière place des cotes d’écoute et celle de CTV en 3e place. Le même soir, la soi­rée élec­to­rale de TVA était au 43e rang et celle de Ra­dio-Ca­na­da au 56e.

Com­bien de temps en­core notre té­lé­vi­sion ré­sis­te­ra-t-elle ain­si aux as­sauts de par­tout ? Votre pré­dic­tion vaut la mienne.

Ce sont en­core nos dra­ma­tiques qui font la loi en haute écoute

GUY FOURNIER [email protected]­be­cor­me­dia.com

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