Plu­sieurs li­bé­raux au­tour de Hua­wei

L’équi­pe­men­tier chi­nois a tissé sa toile au­près d’ex-po­li­ti­ciens et hommes d’af­faires pour sé­duire Ottawa

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - FRAN­CIS HA­LIN (lire texte en page 6) La Presse.

Le géant chi­nois des té­lé­com­mu­ni­ca­tions Hua­wei mise sur d’ex-po­li­ti­ciens, dont plu­sieurs li­bé­raux proches de la riche fa­mille Des­ma­rais, pour convaincre Ottawa d’ou­vrir la porte à son ré­seau 5G.

Au cours des der­niers mois, la mul­ti­na­tio­nale s’est en­tou­rée d’ex-po­li­ti­ciens in­fluents alors que pèsent toutes sortes d’ac­cu­sa­tions d’es­pion­nage contre elle en Eu­rope et aux États-Unis.

Ban­ni chez nos voi­sins du Sud, Hua­wei fait pres­sion sur le gou­ver­ne­ment Tru­deau pour qu’il lui ouvre la porte à son ré­seau 5G pour battre ses concur­rents Erics­son, No­kia et Sam­sung. La com­pa­gnie Bell a dé­jà si­gni­fié que Hua­wei se­rait son pre­mier choix pour son ré­seau 5G, alors que Vi­déo­tron a an­non­cé avoir choi­si Sam­sung.

« Pour Hua­wei, c’est une fa­çon d’avoir une sorte de lé­gi­ti­mi­té ou au moins de ré­duire la ré­ti­cence face à leur en­tre­prise », es­time Ari Van Assche, pro­fes­seur ti­tu­laire au Dé­par­te­ment d’af­faires in­ter­na­tio­nales de HEC Mon­tréal.

« Hua­wei a dé­ci­dé d’avoir des per­sonnes-clés à Ottawa et pas né­ces­sai­re­ment à Toronto ou Mon­tréal, dit-il. Ce­la in­dique que leur plus grande crainte est po­li­tique plu­tôt que tech­no­lo­gique ou com­mer­ciale. »

« Dans des mar­chés im­por­tants comme les États-Unis ou l’Eu­rope de l’Ouest, ils [di­ri­geants de Hua­wei] ont quelques vents de face. C’est nor­mal qu’ils veuillent se po­si­tion­ner », ana­lyse pour sa part Yan Ci­mon, pro­fes­seur ti­tu­laire au Dé­par­te­ment de ma­na­ge­ment de l’Uni­ver­si­té La­val.

OPÉ­RA­TION D’IN­FLUENCE

Une vaste opé­ra­tion de charme des­ti­née à in­fluen­cer le gou­ver­ne­ment Tru­deau semble en marche.

√ L’ex-pre­mier mi­nistre li­bé­ral Jean Chré­tien (dont la fille est la femme d’An­dré Des­ma­rais de Po­wer Cor­po­ra­tion) a dé­jà évo­qué pu­bli­que­ment que le Ca­na­da de­vrait échan­ger les deux Ca­na­diens en pri­son en Chine (Mi­chael Ko­vrig et Mi­chael Spa­vor) contre la di­ri­geante de Hua­wei Meng Wanz­hou en pro­cès au Ca­na­da.

√ Il y a deux se­maines, on a aus­si ap­pris que l’ex-pre­mier mi­nistre li­bé­ral Jean Cha­rest, au­jourd’hui avo­cat dans un grand ca­bi­net de Mon­tréal, avait été conseiller pour Hua­wei. La firme a aus­si ver­sé 6000 $ pour com­man­di­ter une soi­rée hom­mage

à M. Cha­rest.

√ La mul­ti­na­tio­nale chi­noise a éga­le­ment re­cru­té l’ex-conseiller du pre­mier mi­nistre Paul Martin Mor­gan El­liott à titre de vice-pré­sident aux af­faires gou­ver­ne­men­tales.

√ L’ex-di­rec­teur du pre­mier mi­nistre conser­va­teur Ste­phen Har­per Aly­khan Vel­shi y agit à titre de vice-pré­sident aux af­faires cor­po­ra­tives.

√ Ces sept der­nières an­nées, Hua­wei avait pu comp­ter sur l’ex-can­di­dat li­bé­ral d’Ottawa-Centre Scott Brad­ley, un an­cien de Bell, comme vice-pré­sident aux af­faires pu­bliques.

√ Hua­wei paye aus­si 15 000 $ par an­née pour être un membre « bien­fai­teur » du Con­seil d’af­faires Ca­na­da-Chine, fon­dé par Paul Des­ma­rais père en 1978.

√ À ce Con­seil « ca­ta­ly­seur du com­merce entre le Ca­na­da et la Chine », le vice-pré­sident de Hua­wei Mor­gan El­liot siège aux cô­tés de l’ex-mi­nistre li­bé­ral Martin Cau­chon. M. Cau­chon avait ac­quis les jour­naux de Ca­pi­tales Mé­dias au­près de la fa­mille Des­ma­rais. Les Des­ma­rais ap­puyaient Justin Tru­deau alors qu’ils pos­sé­daient

M. Cau­chon et l’ex-mi­nistre conser­va­teur Sto­ck­well Day sont vice-pré­si­dents du Con­seil. Le conser­va­teur James Moore et le li­bé­ral Scott Bri­son sont à la même table.

√ Des « bien­fai­teurs » du Con­seil d’af­faires Ca­na­da-Chine, comme Hua­wei, Bom­bar­dier ou Po­wer Cor­po­ra­tion, font par­tie des com­man­di­taires du dé­jeu­ner du Con­seil des re­la­tions in­ter­na­tio­nales de Mon­tréal (CORIM), qui re­çoit l’am­bas­sa­deur ca­na­dien en Chine en fé­vrier.

RÉ­PONSE ÉCRITE ET PAS DE RÉ­PONSE

Quant à Hua­wei, le géant chi­nois s’est li­mi­té à une ré­ponse écrite. « Hua­wei est pré­sent au Ca­na­da de­puis plus de dix ans et em­ploie plus de 1200 per­sonnes au pays. La com­pa­gnie em­ploie des gens ayant des ex­per­tises, qua­li­fi­ca­tions et pro­fes­sions va­riées, pro­ve­nant de di­vers sec­teurs d’ac­ti­vi­tés », a in­di­qué sa re­pré­sen­tante en chef au Qué­bec, Sa­bri­na Char­trand.

Joint par Le Jour­nal, le Con­seil d’af­faires Ca­na­da-Chine n’a pas ac­cor­dé d’en­tre­vue parce que sa seule porte-pa­role a un ho­raire char­gé et qu’elle « tra­vaille à Shan­ghai cette an­née ».

En plus des États-Unis, l’Aus­tra­lie, la Nou­velle-Zé­lande et le Ja­pon re­fusent de confier le dé­ve­lop­pe­ment de leur ré­seau 5G à Hua­wei.

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