« C’est comme faire ren­trer un loup dans la ber­ge­rie »

L’ac­cu­sé du meurtre pou­vait fré­quen­ter en toute im­pu­ni­té les sa­lons éro­tiques

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - DIANE TREM­BLAY

QUÉ­BEC | La pro­prié­taire du sa­lon de mas­sage éro­tique Gent­le­men Pa­ra­dise, où tra­vaillait la jeune femme de 22 ans qui a été as­sas­si­née mer­cre­di, n’en re­vient pas que le pré­su­mé meur­trier ait pu bé­né­fi­cier d’une « stra­té­gie » de la part de la Com­mis­sion des libération­s condi­tion­nelles pour ren­con­trer des femmes dans le but d’as­sou­vir ses ins­tincts sexuels.

Eus­ta­chio Gal­lese, qui a été for­mel­le­ment ac­cu­sé au pa­lais de jus­tice de Qué­bec jeu­di du meurtre de Ma­ry­lène Lé­vesque, était en se­mi-li­ber­té et pro­fi­tait de condi­tions, comme celle « de ren­con­trer des femmes, mais seule­ment afin de ré­pondre à ses be­soins sexuels ».

« C’est comme faire ren­trer un loup dans la ber­ge­rie. On a don­né l’au­to­ri­sa­tion à un meur­trier de ve­nir “se vi­der” en as­sou­vis­sant ses be­soins sexuels, alors que per­sonne nous a dit qu’il était dan­ge­reux », dé­nonce vi­ve­ment la pro­prié­taire de l’éta­blis­se­ment. La jeune vic­time y tra­vaillait de­puis quelques an­nées.

Gal­lese et Ma­ry­lène Lé­vesque s’étaient don­né ren­dez-vous à l’hô­tel Sé­pia de Qué­bec, mer­cre­di. Pour une rai­son en­core in­con­nue, les choses ont mal tour­né et le corps de la jeune femme a été dé­cou­vert par la po­lice après que le sus­pect se soit lui-même li­vré aux au­to­ri­tés.

En 2004, il avait as­sas­si­né froi­de­ment sa conjointe, Chan­tale Des­chesnes, et avait éco­pé d’une peine à per­pé­tui­té sans pos­si­bi­li­té de li­bé­ra­tion condi­tion­nelle avant 15 ans.

Le dé­te­nu bé­né­fi­ciait d’une se­mi-li­ber­té de­puis mars 2019, lui per­met­tant d’ha­bi­ter dans une mai­son de tran­si­tion.

EN DEUIL

« On est en deuil. On est sous le choc, mais on est aus­si en tab… ! Ce n’est pas à nous de faire de la ré­in­ser­tion. Cette si­tua­tion-là est cho­quante, car on au­rait très bien pu évi­ter un meurtre. Elle se­rait vi­vante s’il n’avait pas été li­bé­ré. Il n’au­rait pas dû avoir ce droit-là. Ils ont ali­men­té sa ma­la­die men­tale. Nous, on n’a pas l’in­for­ma­tion sur les an­té­cé­dents des gens, mais eux, ils le sa­vaient et ils ne nous l’ont pas dit », dé­plore-t-elle.

Bien que le sa­lon n’en­cou­rage pas les mas­seuses à voir des clients à l’ex­té­rieur du cadre de leur tra­vail pour des rai­sons de sé­cu­ri­té, la pro­prié­taire ne pou­vait pas em­pê­cher Ma­ry­lène Lé­vesque de le faire.

« J’ai­me­rais ça qu’on parle de Ma­rie comme étant autre chose qu’un ob­jet. On parle d’un hu­main. C’est une per­sonne qui avait 22 ans. C’est une en­fant. Elle était rem­plie de pro­jets et d’amour. C’est une per­sonne qui est al­lée à l’école et qui avait de l’am­bi­tion. Elle avait d’autres as­pi­ra­tions », a té­moi­gné la pro­prié­taire du sa­lon.

UN HA­BI­TUÉ DES SA­LONS

Se­lon elle, Eus­ta­chio Gal­lese était un ha­bi­tué des sa­lons de mas­sage. Cer­taines em­ployées le sur­nom­maient même « le bel Ita­lien ».

« On est car­ré­ment de­vant un psy­cho­pathe. Il était fin. Il était po­li. Il ame­nait du cho­co­lat, des bi­joux. Ça fait un an et de­mi que tout le monde ici court [le risque] de se faire poi­gnar­der. C’est un ma­ni­pu­la­teur », a-t-elle ajou­té.

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PHO­TOS JEAN-FRAN­ÇOIS DESGAGNÉS, TI­RÉE DE FA­CE­BOOK ET AGENCE QMI, MARC VAL­LIÈRES

3 1. La pro­prié­taire et les em­ployés du sa­lon de mas­sage éro­tique Gent­le­men Pa­ra­dise, de Qué­bec, sont sous le choc. 2. La vic­time, Ma­ry­lène Lé­vesque, était âgée de 22 ans. 3. L’ac­cu­sé Eus­ta­chio Gal­lese pro­fi­tait d’une stra­té­gie éla­bo­rée par son agente de li­bé­ra­tion condi­tion­nelle.

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