Bom­bar­dier : al­lons-nous faire rire de nous en­core ?

Le ca­pi­ta­lisme d’au­jourd’hui est à la fois pré­da­teur et dé­ver­gon­dé.

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - JO­SEPH FACAL jo­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Il est sans pi­tié quand il y a une belle oc­ca­sion, mais il suce les gou­ver­ne­ments avec ap­pli­ca­tion quand ça va mal.

Bom­bar­dier an­non­ce­ra bien­tôt des ré­sul­tats fi­nan­ciers ca­tas­tro­phiques… en­core.

Ce ne sont pas seule­ment les avions qui vont mal, mais les trains éga­le­ment.

Et ce ne sont pas seule­ment des pro­blèmes fi­nan­ciers, mais aus­si des re­tards de li­vrai­son, donc de lo­gis­tique des opé­ra­tions.

DÉ­GRIN­GO­LADE

Sous la gou­verne, de­puis cinq ans, du « sau­veur » Alain Bellemare, ça va mal par­tout.

Sie­mens, Alstom, Air­bus et d’autres, tous dé­classent notre « fleu­ron » et se re­tiennent pour ne pas lui rire au nez.

Dans ce mi­lieu, quand on dit que « toutes les op­tions stra­té­giques sont sur la table », ça veut dire que ça va très, très, très mal.

Il y a cinq ans, Bom­bar­dier avait dé­jà frôlé la faillite.

Qui avait sau­vé l’en­tre­prise ? Le gou­ver­ne­ment du Qué­bec et la Caisse de dé­pôt.

Bref, vous, moi, votre beau-frère, votre gendre, votre fille, votre voi­sin, nous, les caves.

Ce­la n’a pas em­pê­ché Air­bus de ra­mas­ser la C Se­ries sans dé­bour­ser un sou. Ce n’était pas une vente, mais une re­prise, un sau­ve­tage.

Au­jourd’hui, il n’y a plus au­cune vache sa­crée dans cette en­tre­prise : tout, ab­so­lu­ment tout est à vendre si l’offre est le moin­dre­ment po­table.

« Il n’y a plus autre chose à éli­mi­ner ou à vendre », dit ce­pen­dant un prof de l’UQAM qui suit l’en­tre­prise de près.

La dette ex­plose, les re­ve­nus baissent, les mises à pied mas­sives se pour­sui­vront.

L’ac­tion était à 2,80 $ en jan­vier 2015, elle tour­nait au­tour de 1,28 $ la se­maine der­nière.

J’ai dit plus haut qu’il ne res­tait plus, dans ce ra­fiot qui coule, la moindre vache sa­crée. Ce n’est pas tout à fait exact.

Il en reste une : au mi­lieu de ces ruines fu­mantes, de ces dé­combres, de ces sou­ve­nirs fa­nés d’un pas­sé glo­rieux, les Beau­doin-Bom­bar­dier, les des­cen­dants du fon­da­teur, doivent conti­nuer à s’en­ri­chir.

Tout se­rait né­go­ciable, sauf ça. Comme notre chro­ni­queur Mi­chel Gi­rard l’a sou­vent ex­pli­qué, les Beau­doin-Bom­bar­dier, qui n’ont que 12,2 % des ac­tions, contrôlent 50,9 % des droits de vote.

L’en­tre­prise va mal, très mal, mais eux s’en­ri­chissent. Les pertes sont as­su­mées par les em­ployés, leurs fa­milles, et nous, les « idiots » de contri­buables.

AS­SEZ !

Il est écrit dans le ciel que l’en­tre­prise se pré­pare à re­tour­ner voir le gou­ver­ne­ment pour qu’il crache en­core.

Il est écrit dans le ciel que l’en­tre­prise se pré­pare à re­tour­ner voir le gou­ver­ne­ment pour qu’il crache en­core.

Elle mise sur le fait qu’elle est ce qu’on ap­pelle une en­tre­prise « too big to fail ». Ja­mais, pense-t-elle, un gou­ver­ne­ment n’ose­ra lui dire non en rai­son des mil­liers d’em­plois en cause.

Le plus triste, le plus en­ra­geant est qu’elle a sans doute rai­son.

La moindre des choses se­rait que le gou­ver­ne­ment Le­gault, s’il re­met son bras jus­qu’à l’épaule dans ce gouffre, et notre ar­gent avec, re­tire à la fa­mille Beau­doin-Bom­bar­dier le contrôle et ob­tienne un pou­voir pro­por­tion­nel à son ef­fort, à « notre » ef­fort.

Une qua­si-na­tio­na­li­sa­tion ? Ouais, pis ? On en est là.

Pierre Beau­doin, pré­sident du con­seil d’ad­mi­nis­tra­tion de Bom­bar­dier, Tom En­ders, l’ex-PDG d’Air­bus, Alain Bellemare, PDG de Bom­bar­dier et Fa­brice Bré­gier, ex-pré­sident des opé­ra­tions d’Air­bus lors de l’an­nonce du par­te­na­riat en oc­tobre 2017 à Tou­louse, en France.

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