Un contrat avec les mé­de­cins

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - CLAUDE VILLE­NEUVE claude.ville­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Dé­ci­dé­ment, ce n’est pas fa­cile de conten­ter les mé­de­cins.

Le Jour­nal ré­vé­lait la se­maine der­nière que par­mi les Qué­bé­cois qui font le choix d’al­ler s’éta­blir ailleurs, il y a un bon nombre de jeunes mé­de­cins for­més à forts coûts avec des fonds pu­blics. Tout comme Diane Francoeur, pré­si­dente de la Fé­dé­ra­tion des mé­de­cins spé­cia­listes du Qué­bec (FMSQ), et Jean-Pierre Dion, porte-pa­role de la Fé­dé­ra­tion des mé­de­cins om­ni­pra­ti­ciens du Qué­bec (FMOQ), ils ex­pliquent leurs dé­ci­sions en ci­blant les plans ré­gio­naux d’ef­fec­tifs mé­di­caux (PREM). Ceux-ci sont éta­blis par le gou­ver­ne­ment pour as­su­rer une des­serte adé­quate de toutes les ré­gions.

Bref, les mé­de­cins, non seule­ment il faut qu’on les paye cher, mais on ne peut pas leur dire où al­ler tra­vailler.

EN­VIE DE SE PIN­CER

Les Qué­bé­cois sont ta­len­tueux et rien ne les em­pêche, quel que soit leur do­maine d’ac­ti­vi­té, d’al­ler s’épa­nouir ailleurs. Sauf que les mé­de­cins, ils nous coûtent très cher à for­mer.

Un jeune qui s’ins­crit à un pro­gramme de mé­de­cine de­mande en fait au Qué­bec d’in­ves­tir 274 416 $ dans sa for­ma­tion gé­né­rale ou

508 290 $ s’il choi­sit de se spé­cia­li­ser, se­lon le mi­nis­tère de la San­té. Sa­chant ce­la, on a en­vie de se pin­cer de­vant le com­men­taire d’une mé­de­cin par­tie à Van­cou­ver parce qu’elle ne vou­lait pas tra­vailler en ré­gion : « Des fois, je me dis qu’ils n’en veulent pas de mé­de­cins ! »

Dans cer­taines ré­gions, le simple fait de gar­der une ur­gence ou­verte peut être un com­bat quo­ti­dien. Avec un ter­ri­toire comme le nôtre, ça va de soi que le gou­ver­ne­ment doit s’as­su­rer qu’il y ait une cou­ver­ture.

Une fois qu’on a dit ça, il est vrai que les règles, quand elles manquent de flexi­bi­li­té, peuvent nous pri­ver de l’ex­pé­rience de gens qui ont en­vie de tra­vailler. On pense à cette jeune mé­de­cin qui au­rait ai­mé, entre ses rem­pla­ce­ments en ré­gion, pra­ti­quer aus­si à Qué­bec. Elle est dé­sor­mais en Aus­tra­lie.

On nous parle aus­si de mé­de­cins hy­per spé­cia­li­sés qui n’ar­rivent pas à trou­ver un éta­blis­se­ment où leurs com­pé­tences poin­tues sont de­man­dées. Sauf que de ne pas avoir ac­cès au poste que l’on convoite dès sa sor­tie de l’école, c’est quelque chose qui ar­rive dans tous les champs d’études.

FLEXI­BI­LI­TÉ

On s’est aper­çu il y a quelques an­nées que les ré­gions étaient mal des­ser­vies. Alors on a ins­tau­ré des sché­mas de cou­ver­ture. On a en­suite consta­té que les mé­de­cins étaient nom­breux à quit­ter le Qué­bec. On les a donc mieux payés. Main­te­nant, il y en a en­core qui partent. Et on ne parle pas en­core des tou­ristes qui viennent de l’étran­ger pour être for­més dans nos fa­cul­tés de mé­de­cine et qui re­partent aus­si­tôt vers l’On­ta­rio.

L’idée qui re­vient constam­ment d’exi­ger un rem­bour­se­ment des coûts de leur for­ma­tion aux mé­de­cins qui partent est un mi­roir aux alouettes qui ne re­flète que le fait qu’il est dif­fi­cile de faire du re­cou­vre­ment au­près de quel­qu’un qui vit aux an­ti­podes.

Ça va prendre un nou­veau contrat avec les mé­de­cins. Le gou­ver­ne­ment doit re­voir ses règles pour per­mettre que les mé­de­cins qui veulent tra­vailler au Qué­bec puissent le faire. Sauf que les porte-pa­role de la FMSQ et de la FMOQ bran­dissent eux-mêmes des chiffres du mi­nis­tère de la San­té dé­mon­trant qu’il manque en­core 1417 mé­de­cins au Qué­bec. On manque d’om­ni­pra­ti­ciens, d’anes­thé­sistes et de chi­rur­giens gé­né­ra­listes ; en ré­gions pé­ri­phé­riques, mais aus­si dans le Grand Mon­tréal.

Les mé­de­cins qui partent ne manquent pas tant de postes à com­bler que d’af­fec­ta­tions qui leur plaisent.

Le Dr Si­mon-Pierre Lan­dry, chef de dé­par­te­ment à l’hô­pi­tal de Sain­teA­gathe, pro­po­sait en no­vembre der­nier de dé­cen­tra­li­ser les em­bauches vers les ré­gions, plu­tôt que de conti­nuer de tout pla­ni­fier au mi­nis­tère. La flexi­bi­li­té qu’il faut pour per­mettre au plus grand nombre de se pla­cer, elle est peut-être là.

Les mé­de­cins qui partent ne manquent pas tant de postes à com­bler que d’af­fec­ta­tions qui leur plaisent

RE­LA­TION COM­PLI­QUÉE

Il faut consta­ter que les as­so­cia­tions pro­fes­sion­nelles des mé­de­cins se sont mon­trées beau­coup plus créatives dans leurs re­ven­di­ca­tions au mo­ment d’in­ven­ter de nou­velles primes que d’as­su­rer une meilleure cou­ver­ture de soins. À la fin, la re­la­tion du Qué­bec avec ses mé­de­cins reste com­pli­quée.

Et de­meure l’im­pres­sion ren­for­cée par la ré­forme Bar­rette que notre sys­tème de san­té est gé­ré par et pour les mé­de­cins. Ça n’a pas chan­gé avec la CAQ, qui a trou­vé le moyen de faire ap­plau­dir les spé­cia­listes en ra­me­nant leur ré­mu­né­ra­tion au même ni­veau que celle de leurs col­lègues on­ta­riens. Qu’on ait ces­sé d’af­fir­mer vou­loir re­tran­cher un mil­liard à leurs émo­lu­ments y est sans doute pour quelque chose. Peut-être un jour quel­qu’un se rap­pel­le­ra que de soi­gner du monde par­tout sur le ter­ri­toire du Qué­bec est da­van­tage la fi­na­li­té de notre sys­tème de san­té que de per­mettre à des gens de faire du ski al­pin à temps par­tiel.

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