EN PLEIN PRO­CÈS, IL TEXTAIT À SA VIC­TIME QUOI RÉ­PONDRE

Au moins cinq ans de pri­son pour un proxé­nète contrô­lant

Le Journal de Montreal - - LA UNE - VA­LÉ­RIE GONTHIER

Un proxé­nète a réus­si à ma­ni­pu­ler sa vic­time jusque dans une salle d’au­dience, ayant l’au­dace de lui tex­ter quoi dire afin d’in­fluen­cer son té­moi­gnage contre lui alors qu’il su­bis­sait son pro­cès.

Clau­del De­nor­vil a plai­dé cou­pable le mois der­nier d’avoir ame­né deux fu­gueuses de 16 et 17 ans à se pros­ti­tuer en juin 2016.

Elles ont même été traî­nées jus­qu’à Cal­ga­ry pour un week-end. L’ac­cu­sé leur a four­ni de fausses cartes d’iden­ti­té, afin que les deux fu­gueuses puissent voya­ger en avion, sans que les au­to­ri­tés soient aler­tées. Là-bas, elles de­vaient re­mettre à De­nor­vil la to­ta­li­té de leur gain après chaque client.

Après son ar­res­ta­tion, l’ac­cu­sé a été li­bé­ré de pri­son dans l’at­tente des proim­po­ser cé­dures et s’est vu un in­ter­dit de con­tact avec ses vic­times.

Une condi­tion qu’il a ra­pi­de­ment ba­fouée. Dès sa li­bé­ra­tion sous cauDe­nor­vil tion en mai 2017, est en­tré en con­tact avec l’une d’elles, qui était tou­jours mi­neure.

Leurs com­mu­ni­ca­tions se sont pour­sui­vies jus­qu’à l’au­tomne der­nier. L’ac­cu­sé de 32 ans a alors ten­té d’uti­li­ser l’em­prise qu’il avait en­core sur cette vic­time pour faire dé­railler son pro­cès pour proxé­né­tisme.

IN­VI­TÉES À SE SAOULER

Il l’a no­tam­ment in­ci­tée à « se ca­cher » avant l’au­dience, pré­ten­dant que « les po­li­ciers la cher­che­raient un 24-48 heures maxi­mum », a ré­su­mé le pro­cu­reur de la Cou­ronne au dos­sier, Me Jean-Fran­çois Roy, lors du ré­cent plai­doyer de culpa­bi­li­té de De­nor­vil au pa­lais de jus­tice de Mon­tréal.

La veille de son pro­cès, il a aus­si loué un ap­par­te­ment sur Airbnb « afin que [les vic­times] aillent s’y saouler », a ajou­té Me Roy. Seule­ment l’une d’elles s’y est ren­due. Mais elle s’est mal­gré tout pré­sen­tée à la cour le len­de­main pour té­moi­gner au pro­cès, ce qui a fâ­ché l’ac­cu­sé.

De­nor­vil a alors ten­té d’in­fluen­cer son té­moi­gnage.

« Il l’a pré­pa­rée à té­moi­gner, lui a dit quoi dire à la cour », a fait sa­voir Me Roy.

Par té­lé­phone, par tex­tos ou sur l’ap­pli­ca­tion Snap­chat, De­nor­vil dic­tait les ré­ponses à sa vic­time lors des pauses pen­dant le pro­cès.

Il la gui­dait dans son té­moi­gnage, la ras­su­rait. « Il lui di­sait : “c’est bien ce que tu dis” », a don­né en exemple le pro­cu­reur.

Il au­rait aus­si de­man­dé à la vic­time de dire que c’était un ami qui avait son té­lé­phone ou que ce n’était pas lui qui avait four­ni les fausses cartes d’iden­ti­té.

DIF­FÉ­RENTE VER­SION

Le pro­cu­reur et les en­quê­teurs se sont bien ren­du compte que la ver­sion que la vic­time don­nait à la juge, sous ser­ment, di­ver­geait de celle li­vrée aux po­li­ciers à l’époque.

C’est peu après qu’ils ont dé­cou­vert le pot aux roses. La vic­time a plus tard ad­mis se sen­tir mal, « ne pas avoir tout dit en cour » et a pro­po­sé d’éclair­cir les faits au­près des en­quê­teurs.

Avant que le pro­cès se pour­suive, De­nor­vil a fi­na­le­ment plai­dé cou­pable à des ac­cu­sa­tions de proxé­né­tisme, de non-res­pect de condi­tions et de pos­ses­sion de do­cu­ments contre­faits en dé­cembre der­nier.

De­vant la cour,

Me Roy a jus­ti­fié pour­quoi une simple ac­cu­sa­tion de non-res­pect de condi­tion avait été dé­po­sée, plu­tôt qu’une ac­cu­sa­tion plus grave pour avoir ten­té d’in­fluen­cer une vic­time.

MI­NI­MUM CINQ ANS

Des captures d’écran ont en ef­fet per­mis de cor­ro­bo­rer les dif­fé­rentes com­mu­ni­ca­tions entre l’ac­cu­sé et la vic­time, mais « pas la te­neur de ces com­mu­ni­ca­tions », a-t-il ex­pli­qué.

De­nor­vil connaî­tra sa sen­tence en mars. Il ira un mi­ni­mum de cinq ans à l’ombre, comme le pré­voit la loi pour ceux qui ex­ploitent des mi­neures. D’ici là, il conti­nue à jouir d’une li­bé­ra­tion sous cau­tion afin de « ré­gler ses af­faires fi­nan­cières avant d’al­ler en pri­son ».

Il lui est à nou­veau in­ter­dit d’en­trer en con­tact avec ses vic­times.

« J’ose es­pé­rer que la sé­cu­ri­té des plai­gnantes se­ra as­su­rée », a conclu Me Roy à l’at­ten­tion de la juge.

PHO­TO COUR­TOI­SIE

Clau­del De­nor­vil a plai­dé cou­pable en dé­cembre à des ac­cu­sa­tions de proxé­né­tisme sur des mi­neures, de non-res­pect de condi­tions et de pos­ses­sion de do­cu­ments contre­faits.

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