« La peur va tou­jours être là »

Des femmes vic­times de vio­lence té­moignent lors d’une vi­gile à Qué­bec

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - JÉ­RÉ­MY BER­NIER

QUÉ­BEC | Une cen­taine de per­sonnes se sont ras­sem­blées, hier soir, de­vant le Par­le­ment de Qué­bec pour dé­non­cer la vio­lence faite aux femmes, en ré­ac­tion au meurtre de Ma­ry­lène Lé­vesque.

Par cette mo­bi­li­sa­tion contre les fé­mi­ni­cides, le Re­grou­pe­ment des groupes de femmes de la région de la Ca­pi­tale-Na­tio­nale a vou­lu ho­no­rer les femmes tuées au Qué­bec, tout en s’adres­sant aux gou­ver­ne­ments pour les som­mer d’agir.

« Chaque femme qui meurt as­sas­si­née est un meurtre de trop. Au cours des der­nières se­maines, il y a eu beau­coup de drames re­liés à la vio­lence faite aux femmes. Au­jourd’hui, on lance un cri d’alarme aux gou­ver­ne­ments », a lan­cé la di­rec­trice de l’or­ga­nisme, Nan­cy Beau­seigle.

Des ras­sem­ble­ments du même genre ont éga­le­ment eu lieu à Chi­cou­ti­mi, Ga­ti­neau et Sher­brooke.

Isa­belle, une femme qui a ré­cem­ment été vic­time de vio­lence conju­gale, a vi­ve­ment in­sis­té pour que les per­sonnes dans la même si­tua­tion ne gardent pas le si­lence.

PRÈS DE MOU­RIR

« Je suis pas­sée proche de mou­rir, a-telle ra­con­té, tou­jours bou­le­ver­sée par ce qu’elle a vé­cu. [Les femmes qui su­bissent des vio­lences], on est des vic­times, mais il faut se concen­trer sur l’après. La peur va tou­jours être là, l’an­xié­té aus­si. Mais quand il y a de la vio­lence, il faut al­ler chercher de l’aide, c’est in­dis­pen­sable. »

À sa sor­tie de l’hô­pi­tal, lors­qu’elle s’est re­mise de ses bles­sures, Isa­belle a tout de suite été re­di­ri­gée vers des res­sources qui lui ont per­mis de se re­le­ver.

« Au­jourd’hui, je n’en se­rais pas là sans elles. J’ai été bé­nie. »

Cyn­thia Ra­cine, une an­cienne tra­vailleuse du sexe, a té­moi­gné de la peur qu’ont les femmes de ce mi­lieu de por­ter plainte lors­qu’elles sont vic­times d’une quel­conque agres­sion.

PAS PRISE AU SÉ­RIEUX

Vio­lée il y a une di­zaine d’an­nées par trois mi­li­taires, elle a porté plainte à la po­lice en di­sant qu’il s’agis­sait d’une tran­sac­tion de drogue qui avait mal tourné, par peur de ne pas être prise au sé­rieux si elle avouait qu’elle était une pros­ti­tuée. Lorsque les en­quê­teurs ont con­nu la vraie rai­son, les dé­marches sont tom­bées.

« En­core au­jourd’hui, dans le mi­lieu po­li­cier, on consi­dère que si tu es une pros­ti­tuée, c’est nor­mal que tu su­bisses une agres­sion », a-t-elle dé­plo­ré.

« On se voit toutes en elle [Ma­ry­lène], parce qu’on est toutes à un client dé­ran­gé de su­bir le même sort. C’est dif­fi­cile d’être bien pro­té­gée et en­ca­drée. »

PHO­TO SI­MON CLARK

Des mi­li­tants se sont réunis de­vant le Par­le­ment de Qué­bec, hier soir, pour dé­non­cer les fé­mi­ni­cides des der­niers mois. En mor­taise, une vi­gile en face du pa­lais de jus­tice de Chi­cou­ti­mi en mémoire de Ma­ry­lène Lé­vesque, ori­gi­naire de Saguenay

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