Bye bye la pub, bye bye

Le Journal de Montreal - - JM VENDREDI - SO­PHIE DUROCHER so­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Ques­tion quiz. Qui a dé­cla­ré : « La quête de re­cettes pu­bli­ci­taires et de re­ve­nus com­mer­ciaux à Ra­dio-Ca­na­da est tel­le­ment im­mense qu’on perd de vue le man­dat » ?

Est-ce que c’est… A – Un vi­lain chro­ni­queur du Jour­nal, sup­pôt de l’em­pire Qué­be­cor, vas­sal de PKP ?

B – L’an­cien di­rec­teur général de l’in­for­ma­tion de Ra­dio-Ca­na­da, main­te­nant pro­fes­seur in­vi­té au Dé­par­te­ment de com­mu­ni­ca­tions de l’UdeM, l’ho­no­rable Alain Saul­nier ?

Si vous avez ré­pon­du B – Alain Saul­nier, vous gagnez un mor­ceau de ro­bot.

PRI­VÉ DE MAN­DAT

Mon­sieur Saul­nier ré­agis­sait dans Le De­voir au rap­port d’ex­perts qui re­com­mande que Ra­dio-Ca­na­da dise « bye bye » à la pu­bli­ci­té au cours des cinq pro­chaines an­nées « en com­men­çant par les conte­nus de nou­velles ». Vous ima­gi­nez ? Plus de pubs pour des VUS ou des ham­bur­gers en plein mi­lieu d’un re­por­tage sur Sainte Gre­ta au Té­lé­jour­nal.

Ma ré­ac­tion à la re­com­man­da­tion de ce rap­port ? Il était temps.

Ça fait des an­nées qu’on le dit : Ra­dio-Ca­na­da n’a pas à se li­vrer à une guerre com­mer­ciale avec le pri­vé et doit se concen­trer à faire des émis­sions que les autres ne font pas.

Mais c’est bi­zarre… quand c’est nous qui le di­sons, on se fait trai­ter de vi­lains en­ne­mis de Ra­dio-Ca­na­da.

Ça m’a beau­coup fait rire de lire dans le rap­port Yale toutes les men­tions du « man­dat » de Ra­dio-Ca­na­da.

Parce que chaque fois que moi ou mes col­lègues du Jour­nal re­pro­chons à la so­cié­té d’État de ne pas res­pec­ter son man­dat, les ani­ma­teurs de Ra­dio-Ca­na­da (et les chro­ni­queurs de La Presse qui ont des jobs d’ani­ma­teurs/chro­ni­queurs à Ra­dio-Ca­na­da) se moquent de nous.

Pour­tant, voyez ce que dé­cla­rait hier au De­voir le groupe ci­toyen Les Amis de la ra­dio­dif­fu­sion : « Avoir un joueur qui n’existe pas pour of­frir des spec­ta­teurs aux an­non­ceurs, mais pour li­vrer la dé­mo­cra­tie aux ci­toyens, c’est tel­le­ment im­por­tant ».

Dans le rap­port Yale, on lit : « CBC/ Ra­dio-Ca­na­da doit fa­vo­ri­ser la di­ver­si­té du conte­nu mé­dia­tique, pour re­flé­ter la com­po­si­tion du Ca­na­da, non pas se concen­trer uni­que­ment sur les au­di­toires grand pu­blic lu­cra­tifs ». Per­met­tez-moi quelques ques­tions… Si Ra­dio-Ca­na­da fa­vo­rise la di­ver­si­té, peut-on exi­ger une di­ver­si­té… d’opi­nions ? Est-ce trop de­man­der que l’opi­nion de gens qui pensent dif­fé­rem­ment de la clique de gauche soit en­ten­due, re­pré­sen­tée ob­jec­ti­ve­ment et res­pec­tée à Ra­dio-Ca­na­da au lieu d’être constam­ment dé­ni­grée, mé­pri­sée, ri­di­cu­li­sée ?

Peut-on de­man­der que ceux qui pensent dif­fé­rem­ment du ca­té­chisme ra­dio-ca­na­dien soient re­çus à la té­lé et la ra­dio au­tre­ment que par des ani­ma­teurs qui se bouchent le nez et ré­priment une en­vie de vo­mir ? (Quand mon col­lègue Ma­thieu Bock-Cô­té est al­lé pré­sen­ter son dernier livre à l’émis­sion lit­té­raire de la ra­dio, il s’est fait re­pro­cher sa re­la­tion avec sa mère plu­tôt que de dis­cu­ter de ses idées.)

À com­bien de fé­mi­nistes in­ter­sec­tion­nelles, d’an­ti-laï­ci­té, d’an­ti-loi 21, de mul­ti­cul­tu­ra­listes la so­cié­té d’État doit-elle don­ner la pa­role avant qu’on ait le droit à un point de vue op­po­sé ?

Si Ra­dio-Ca­na­da met fin à la pres­sion com­mer­ciale, va-t-elle ces­ser de char­ger aux contri­buables des frais pour ac­cé­der à l’Ex­tra de tou.tv ?

Et si Ra­dio-Ca­na­da ap­plique la re­com­man­da­tion du rap­port « de prendre des risques créa­tifs », va-t-elle ra­me­ner à l’an­tenne des émis­sions cultu­relles ?

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.