L’Ordre des dié­té­tistes en­quê­te­ra sur les im­pos­teurs du poids

Le Col­lège des mé­de­cins se dit aus­si pré­oc­cu­pé par leurs pro­messes ir­réa­listes

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - MA­RIE-CH­RIS­TINE NOËL Bu­reau d’en­quête

L’Ordre des dié­té­tistes ouvre une en­quête et le Col­lège des mé­de­cins pro­met d’agir pour contrer les char­la­tans qui vendent des ser­vices d’amai­gris­se­ment et de san­té na­tu­rels.

Ces deux ordres pro­fes­sion­nels s’in­quiètent des dé­cou­vertes de notre Bu­reau d’en­quête, qui ont fait l’ob­jet du do­cu­men­taire Dé­tox ; in­fil­tra­tion chez les im­pos­teurs de la ges­tion de poids, dif­fu­sé il y a

deux mois.

« Tout ce que vous abor­dez dans le do­cu­men­taire se­ra dis­cu­té. […] Ça n’a pas de bon sens », lance le pré­sident du Col­lège, Mau­ril Gau­dreault.

Le mé­de­cin s’en­gage à faire part de ses pré­oc­cu­pa­tions aux autres ordres ain­si qu’aux mi­nistres de la San­té et de la Jus­tice.

Le do­cu­men­taire Dé­tox dé­peint l’in­dus­trie lu­cra­tive de l’amai­gris­se­ment. Il dé­montre que cer­taines écoles agréées par le gou­ver­ne­ment pro­posent des for­ma­tions bi­don sur des re­mèdes mi­racles pour perdre du poids.

De son cô­té, l’Ordre pro­fes­sion­nel des dié­té­tistes du Qué­bec ex­plique avoir ou­vert une en­quête.

« Nous sommes au cou­rant du dos­sier et nous le pre­nons très au sé­rieux », in­dique Paule Ber­nier, pré­si­dente de l’Ordre.

Dans Dé­tox, notre Bu­reau d’en­quête a pu as­sis­ter, mu­ni d’une ca­mé­ra ca­chée, à des for­ma­tions chez l’en­tre­prise Nu­tri­phi­lia, pour de­ve­nir « pra­ti­cienne en ges­tion de poids ». Ce titre n’est re­con­nu par au­cun ordre pro­fes­sion­nel.

RE­MÈDE CONTRE LA PÉ­DO­PHI­LIE

Nous avons aus­si sui­vi des cours à l’Aca­dé­mie Éner­gie San­té, où on en­seigne par exemple qu’il existe un re­mède ho­méo­pa­thique pour contrer la pé­do­phi­lie ou les dé­viances sexuelles, et que les vac­cins causent l’au­tisme.

On nous a éga­le­ment ex­pli­qué, lors de nos in­fil­tra­tions, qu’il était im­por­tant de faire deux à trois la­ve­ments (ir­ri­ga­tion) du cô­lon par an­née, afin de net­toyer l’or­ga­nisme.

Le Dr Gau­dreault croit « qu’il y a ma­tière à en­quête. Par exemple, un na­tu­ro­pathe ne peut pas al­ler contre les in­di­ca­tions d’un pro­duit en le re­com­man­dant à des per­sonnes dia­bé­tiques ou can­cé­reuses [comme en­ten­du dans le do­cu­men­taire] ».

EN­QUÊ­TEUR À TEMPS PLEIN

À la tête du Col­lège de­puis 16 mois, il s’est dit « pré­oc­cu­pé » par le phé­no­mène de pra­tique illé­gale de la mé­de­cine.

« Il y a un en­quê­teur chez nous qui est oc­cu­pé à temps plein là-des­sus, lan­cet-il. Par exemple, l’ir­ri­ga­tion du cô­lon, c’est dan­ge­reux et c’est de la pra­tique illé­gale. Ça ne re­pose sur au­cune base scien­ti­fique. On ne peut pas lais­ser conti­nuer ça […] »

Au gou­ver­ne­ment du Qué­bec, la mi­nistre de la San­té, Da­nielle Mc­Cann, n’a pas vou­lu com­men­ter, ren­voyant le dos­sier à San­té Ca­na­da.

La mi­nistre de la Jus­tice, So­nia Le­Bel, se dit pré­oc­cu­pée et ré­itère que « l’une des rai­sons d’être du sys­tème pro­fes­sion­nel est la pro­tec­tion du pu­blic et la lutte contre les char­la­tans et la pseu­dos­cience ».

CAP­TURE D’ÉCRAN D’AR­CHIVES

France Pa­rent nous a pro­po­sé de su­bir une ir­ri­ga­tion du cô­lon dans une cli­nique de Be­loeil. Il s’agit d’une pra­tique contro­ver­sée que dé­noncent des spé­cia­listes. Nous l’avions fil­mée en ca­mé­ra ca­chée lors de ce re­por­tage dif­fu­sé à la fin de l’an­née der­nière.

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