Des nuages noirs planent au-des­sus de Tran­sat Si le Bu­reau de la concur­rence donne son aval à l’achat de Tran­sat par Air Ca­na­da, ça au­gure mal pour les voya­geurs qué­bé­cois.

Le Journal de Montreal - - ARGENT - MI­CHEL GIRARD mi­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Alors que Tran­sat est re­con­nue comme étant la « meilleure ligne aé­rienne va­cances au monde 2019 », Air Ca­na­da est de­ve­nue la « cham­pionne » des plaintes des voya­geurs ca­na­diens.

Et il ne faut pas comp­ter sur son grand pa­tron, Ca­lin Ro­vi­nes­cu, pour ob­te­nir des ex­pli­ca­tions sur les rai­sons jus­ti­fiant un tel dé­sastre.

Lors de la ré­cente cé­ré­mo­nie en­tou­rant l’ar­ri­vée du pre­mier C Se­ries (A220) aux cou­leurs d’Air Ca­na­da, le PDG d’Air Ca­na­da s’est sau­vé des mé­dias au lieu de ré­pondre aux ques­tions des jour­na­listes sur les pro­blèmes tou­chant sa clien­tèle. Et pas moyen éga­le­ment de sa­voir de sa part si le « centre d’ex­cel­lence » pour l’entretien des avions A220 qu’il a pro­mis en 2016 ver­ra le jour ou pas au Qué­bec.

De­puis l’adop­tion, l’été der­nier, de la charte des droits des voya­geurs par le gou­ver­ne­ment Tru­deau, Air Ca­na­da a « ré­col­té » en six mois quelque 2189 plaintes.

Air Ca­na­da est aux prises pré­sen­te­ment avec un nou­veau sys­tème de ré­ser­va­tions qui connaît des ra­tés.

Il faut rap­pe­ler, en outre, que de­puis la no­mi­na­tion en 2009 de Ro­vi­nes­cu à la tête d’Air Ca­na­da, la ré­pu­ta­tion du trans­por­teur na­tio­nal a été en­ta­chée par les mul­tiples plaintes por­tant sur ses ser­vices boi­teux en fran­çais.

S’ajoutent à ce­la deux re­cours col­lec­tifs qui ter­nissent da­van­tage l’image d’Air Ca­na­da.

Un re­cours qui porte sur la scan­da­leuse fer­me­ture d’Aveos, où 2500 tra­vailleurs ont été mis à pied en mars 2012 à la suite de la fer­me­ture des centres d’entretien d’Air Ca­na­da.

Et un se­cond re­cours col­lec­tif qui re­proche à Air Ca­na­da d’avoir fac­tu­ré un mon­tant trop éle­vé sur le prix du car­bu­rant à des cen­taines de mil­liers de clients, entre avril 2012 et fin novembre 2014.

RO­VI­NES­CU, LE PROFITEUR

Sous l’ad­mi­nis­tra­tion de Ca­lin Ro­vi­nes­cu, Air Ca­na­da est de­ve­nue l’une des so­cié­tés les plus per­for­mantes en Bourse, grâce no­tam­ment à la flam­bée de l’ac­tion à la suite de son offre d’ac­qui­si­tion de Tran­sat. Ro­vi­nes­cu en a d’ailleurs lar­ge­ment pro­fi­té en li­qui­dant l’été der­nier un gros bloc d’ac­tions qui lui a rap­por­té 53 mil­lions de dol­lars de pro­fits.

Ro­vi­nes­cu a eu l’air d’un ru­sé profiteur, car il a ef­fec­tué cette tran­sac­tion juste avant l’an­nonce d’une en­tente spé­ciale avec le prin­ci­pal ac­tion­naire de Tran­sat (Let­ko Bros­seau) et la te­nue du vote cru­cial des ac­tion­naires sur l’offre d’Air Ca­na­da.

DES CONSOM­MA­TEURS PER­DANTS

Tran­sat est ac­tuel­le­ment le chef de file de l’in­dus­trie des voyages va­cances au Ca­na­da, et l’une des plus grandes en­tre­prises de tou­risme in­té­grées au monde.

Air Ca­na­da au­ra beau af­fir­mer que « les marques Air Tran­sat et Tran­sat se­ront main­te­nues », ce­la ne ga­ran­tit ab­so­lu­ment pas que Tran­sat va conti­nuer de me­ner une vive concur­rence à Air Ca­na­da.

En termes d’offres et de prix, les clients de Tran­sat et d’Air Ca­na­da risquent de se re­trou­ver per­dants. Tran­sat fe­ra in­évi­ta­ble­ment les frais de me­sures de ra­tio­na­li­sa­tion.

CANADIENNI­SATION DE TRAN­SAT

La vente de Tran­sat à Air Ca­na­da s’an­nonce mau­vaise pour le Qué­bec, qui va ain­si perdre un siège so­cial en­tiè­re­ment contrô­lé par des ad­mi­nis­tra­teurs qué­bé­cois au pro­fit d’une so­cié­té ca­na­dienne contrô­lée par une ma­jo­ri­té d’ad­mi­nis­tra­teurs hors Qué­bec.

Sur les 11 membres du conseil d’ad­mi­nis­tra­tion d’Air Ca­na­da, seule­ment trois ré­sident au Qué­bec. Cinq viennent des autres pro­vinces, et trois de l’ex­té­rieur du pays.

Que Fran­çois Le­gault et son mi­nistre Pierre Fitz­gib­bon cessent de nous faire ac­croire que c’est une bonne chose de voir Tran­sat tom­ber entre les mains d’une so­cié­té dont le siège so­cial est Qué­bec.

Quand les dé­ci­sions du siège so­cial sont contrô­lées par une ma­jo­ri­té d’ad­mi­nis­tra­teurs hors Qué­bec, comme c’est le cas avec Air Ca­na­da, on est maître de quoi au Qué­bec ?

De rien !

En termes d’offres et de prix, les clients de Tran­sat et d’Air Ca­na­da risquent de se re­trou­ver per­dants.

PHOTOBEN PELOSSE

Le PDG d’Air Ca­na­da, Ca­lin Ro­vi­nes­cu, à l’oc­ca­sion d’un évé­ne­ment sou­li­gnant l’en­trée en ser­vice du pre­mier A220 de la com­pa­gnie.

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