Votre pen­sion du fé­dé­ral n’est pas ga­ran­tie

Le Journal de Montreal - - ARGENT - DA­NIEL GER­MAIN da­niel.ger­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Sur le plan fis­cal, je pour­rais dif­fi­ci­le­ment me qua­li­fier de « conser­va­teur ». Ce n’est pas un dé­fi­cit bud­gé­taire qui me fe­ra dé­chi­rer ma che­mise.

La si­tua­tion du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral com­mence ce­pen­dant à me fa­ti­guer. Ot­ta­wa pa­tauge dans le rouge de­puis plu­sieurs an­nées et ne montre au­cune vo­lon­té d’en sor­tir.

C’est vrai que la dette du Ca­na­da se com­pare avan­ta­geu­se­ment avec celles d’autres pays dé­ve­lop­pés. C’est vrai aus­si que les coûts d’em­prunt sont bas, mais d’un autre cô­té, si on aligne dé­fi­cit après dé­fi­cit alors que l’éco­no­mie du pays roule à plein ré­gime, qu’est-ce que ce se­ra quand elle bas­cu­le­ra en ré­ces­sion ?

DAN­GER DANS LE RÉ­TRO­VI­SEUR

Il est dif­fi­cile de pré­dire les cycles éco­no­miques et leurs ré­per­cus­sions sur les coffres de l’État.

Il y a ce­pen­dant un phé­no­mène que l’on voit ap­pro­cher de­puis un bout dans le ré­tro­vi­seur et qui risque de faire mal aux fi­nances pu­bliques : le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion.

La dé­mo­gra­phie n’est pas une science bien com­plexe. On n’a pas be­soin de su­per­or­di­na­teurs pour sa­voir com­ment se ré­par­ti­ra dans 25 ans une po­pu­la­tion sur la py­ra­mide des âges.

Il suf­fit de connaître l’âge ac­tuel du groupe, les taux de na­ta­li­té, de mor­ta­li­té et d’im­mi­gra­tion, puis bingo ! Il est plus com­pli­qué de pré­voir le temps qu’il fe­ra dans cinq jours.

2030, UNE AN­NÉE CRI­TIQUE

De­puis des an­nées dé­jà, on a re­con­nu 2030 comme étant l’an­née où il y a au­ra le plus de re­trai­tés vi­vant des pres­ta­tions de l’État.

En l’an 2000, 2030 sem­blait en­core bien loin. En 2020, c’est à peine plus de deux man­dats de gou­ver­ne­ment. Comme on peut lire sur le ré­tro­vi­seur de son au­to, « Les ob­jets dans le mi­roir sont plus près qu’ils ne pa­raissent ».

COM­BIEN ÇA COÛTE ?

Contrai­re­ment à la RRQ qui est ca­pi­ta­li­sée dans une caisse sé­pa­rée par les contributi­ons des em­ployés et leur em­ployeur, le pro­gramme de la Sé­cu­ri­té

de la vieillesse est fi­nan­cé à même le bud­get fé­dé­ral, donc avec nos taxes et nos im­pôts. Il com­prend la pen­sion de la Sé­cu­ri­té de la vieillesse (PSV), le Sup­plé­ment de re­ve­nu ga­ran­ti (SRG) et l’Al­lo­ca­tion au conjoint. Pour de nom­breuses per­sonnes âgées, on vient de ré­su­mer ici l’es­sen­tiel de leurs sources de re­ve­nus de re­traite.

À lui seul, le pro­gramme re­pré­sente ac­tuel­le­ment 2,7 % du PIB du pays. Ça n’a l’air de rien, mais c’est énorme, sa­chant que le PIB du Ca­na­da dé­passe 2200 mil­liards de dol­lars. C’est donc plus de 60 mil­liards ver­sés en pen­sions. En 2030, le même pro­gramme ac­ca­pa­re­ra plus de 3,2 % d’un PIB es­ti­mé de 3200 mil­liards, soit plus de 80 mil­liards de dol­lars. (Pe­tite nuance : le bond est im­por­tant, mais un peu moins qu’il n’y pa­raît en rai­son de l’in­fla­tion.) Ces don­nées sont ti­rées du der­nier rap­port ac­tua­riel sur le Pro­gramme de la sé­cu­ri­té de la vieillesse (2019).

QUELLES SONT LES OP­TIONS ?

Pour amor­tir le choc, les conser­va­teurs de Ste­phen Har­per avaient pré­vu de re­haus­ser gra­duel­le­ment jus­qu’à 67 ans l’âge mi­ni­mum au­quel les re­trai­tés pou­vaient tou­cher la pleine pen­sion de la Sé­cu­ri­té de la vieillesse (PSV).

À leur ar­ri­vée au pou­voir, les li­bé­raux, qui font comme si ce qui s’en vient n’exis­tait pas, ont je­té ce plan aux pou­belles.

Par­mi les op­tions pour faire face à l’aug­men­ta­tion des coûts du pro­gramme, il n’y en a pas une qui se­ra agréable.

Il faut ces­ser de croire aux li­cornes, voi­ci les scé­na­rios pos­sibles : Ré­for­mer le pro­gramme. Ce­la im­pli­que­rait une hausse de l’âge de la re­traite, mais aus­si une baisse du seuil de ré­cu­pé­ra­tion de la PSV. Ac­tuel­le­ment, ceux qui dé­clarent des re­ve­nus de plus 75 900 $ voient une par­tie de leurs pen­sions cou­pée. Imaginons qu’on des­cende la ligne à 50 000 $, ça hur­le­rait dans les chau­mières !

Mettre la hache dans les autres ser­vices.

Haus­ser les im­pôts.

Lais­ser la dette gon­fler, donc re­pous­ser le pro­blème vers les pro­chaines gé­né­ra­tions.

On pour­rait ima­gi­ner un cock­tail de tout ça.

D’ici là, les fi­nances pu­bliques de­vront aus­si com­po­ser avec une hausse des coûts de san­té et sans au­cun doute quelques ré­ces­sions.

Plus on at­tend, plus les me­sures de re­dres­se­ment fe­ront mal.

« De­puis des an­nées dé­jà, on a re­con­nu 2030 comme étant l’an­née où il y a au­ra le plus de re­trai­tés vi­vant des pres­ta­tions de l’État. »

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