LE CHE­MIN DE CROIX DE MOS­TERT

Le por­teur de bal­lon a été li­bé­ré par six équipes avant de faire sa place chez les 49ers

Le Journal de Montreal - - SPORTS - STÉ­PHANE CA­DO­RETTE

MIA­MI | Dans son té­lé­phone, Ra­heem Mos­tert conserve pré­cieu­se­ment une liste de dates qu’il consulte avant chaque match pour ne ja­mais ou­blier à quel point sa car­rière dans la NFL a dé­jà te­nu à un fil. Le por­teur de bal­lon des 49ers at­teint fi­na­le­ment le Su­per Bowl, après avoir été contraint d’em­prun­ter de nom­breux dé­tours sur sa route vers le suc­cès.

La liste que Mos­tert contemple ré­gu­liè­re­ment com­porte des dates, mais aus­si plu­sieurs noms de villes. Phi­la­del­phie, Mia­mi, Bal­ti­more, Cle­ve­land, New York, Chi­ca­go…

Pour plu­sieurs, il s’agi­rait d’un beau ta­bleau de chasse d’en­droits vi­si­tés. Pour Mos­tert, c’est plu­tôt le rap­pel constant des jour­nées pré­cises, entre 2015 et 2016, où six équipes l’ont re­mer­cié de ses ser­vices. Mais ce­la, c’était avant de vivre plei­ne­ment le rêve de la NFL à San Fran­cis­co.

Et en­core là, les clés du champ ar­rière des 49ers ne lui ont cer­tai­ne­ment pas été re­mises comme à un jeune pre­mier de classe. À sa pre­mière an­née avec l’équipe, en 2016, il a por­té le bal­lon pour la pre­mière fois de sa car­rière. Ce fut son unique course de la sai­son, pour six verges.

La sai­son sui­vante, il s’est éta­bli comme un as des uni­tés spé­ciales, mais sa contri­bu­tion à l’of­fen­sive s’est avé­rée plus que mo­deste avec six «por­tées» pour 30 verges. En 2018, ses 34 maigres courses sem­blaient prou­ver qu’il ne pour­rait ja­mais s’im­po­ser au sol.

L’éclo­sion in­at­ten­due est sur­ve­nue cette sai­son, quand plu­sieurs bles­sures ont pro­je­té à l’avant-plan ce­lui qui était jusque-là le qua­trième por­teur des 49ers. Avec une ré­colte de 772 verges, un som­met dans l’équipe, il s’est ex­tir­pé de l’ombre. En fi­nale de confé­rence, il a pié­ti­né les Pa­ckers avec des gains de 220 verges, pro­pul­sant les siens au Su­per Bowl.

« C’est une folle aven­ture », s’est ex­cla­mé Mos­tert cette se­maine.

UNE AT­TI­TUDE PO­SI­TIVE

Au coeur de cette épo­pée, nom­breux sont ceux qui au­raient ab­di­qué. Mos­tert s’est non seule­ment accroché à ses am­bi­tions, mais en bon joueur, il re­fuse de dé­cla­rer la guerre aux équipes qui n’ont pas cru en lui.

« Quand ces équipes m’ont li­bé­ré, je me suis dit que la fa­çon de re­bon­dir était de me re­gar­der dans le mi­roir. Chaque fois, j’ai cher­ché à sa­voir ce que je pour­rais faire de mieux et j’ai ac­cep­té la cri­tique des en­traî­neurs.

« J’es­saie de ne pas voir ces épreuves comme quelque chose de né­ga­tif. Tout ça m’a don­né l’oc­ca­sion de gran­dir. Je suis quel­qu’un qui voit tou­jours la lu­mière au bout du tun­nel. Ce qui compte, c’est que j’ai main­te­nant l’oc­ca­sion de faire ce que j’aime le plus au monde », a ré­su­mé Mos­tert.

UN PAR­COURS SA­LUÉ

L’ap­proche ra­fraî­chis­sante de Mos­tert, qui au­rait pu se ser­vir de l’im­mense tri­bune mé­dia­tique du Su­per Bowl pour ré­gler ses comptes, sème d’ailleurs l’ad­mi­ra­tion au sein de l’équipe.

« Tout le monde dans le ves­tiaire est der­rière Ra­heem. Il avait juste be­soin que quel­qu’un, quelque part, croie en lui et c’est ce qui s’est of­fert à lui ici », a men­tion­né l’ex­cellent centre-ar­rière qui lui ouvre la voie, Kyle Juszc­zyk.

Mos­tert ne doit pas seule­ment ses suc­cès à son in­ébran­lable per­sé­vé­rance. Le por­teur a le pri­vi­lège de cou­rir der­rière une su­perbe ligne of­fen­sive, qui a ai­dé deux autres por­teurs, Te­vin Co­le­man et Matt Brei­da, à ga­gner plus de 500 verges au sol, cha­cun, cette sai­son.

Tou­te­fois, ceux qui bloquent de­vant lui as­surent qu’il de­meure sous-es­ti­mé, mal­gré ses suc­cès.

« Quand il at­taque une brèche, c’est comme si un éclair pas­sait. Il court avec fougue, puis­sance et vi­tesse. On ne di­ra ja­mais as­sez de bonnes choses sur Ra­heem », es­time le blo­queur Mike Mc­Glin­chey.

Peu im­porte le ré­sul­tat de de­main soir, Mos­tert pour­ra ajou­ter quelques mots im­por­tants au bas de sa fa­meuse liste : 2 fé­vrier 2020, Su­per Bowl 54, Mia­mi.

« L’HIS­TOIRE DE RA­HEEM MOS­TERT, C’EST LA MÊME QUE LA MIENNE IL Y A 20 ANS. C’EST L’HIS­TOIRE DU GARS QUI NE DE­VRAIT PAS ÊTRE LÀ ET QUI OB­TIENT LA CHANCE DE BRILLER DANS LE PLUS GRAND MO­MENT. »

— Kurt War­ner, an­cien quart-ar­rière et main­te­nant ana­lyste

PHO­TO D’AR­CHIVES, AFP

Ra­heem Mos­tert a joué un rôle aus­si im­por­tant qu’in­at­ten­du dans les suc­cès of­fen­sifs des 49ers cette sai­son.

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