UN « WAYNE GRETZ­KY ENTRE LES MAINS »

Mat­thieu Qui­vi­ger a trans­for­mé Laurent Du­ver­nay-Tar­dif en joueur de ligne of­fen­sive à McGill

Le Journal de Montreal - - SPORTS - Sté­phane Ca­do­rette SCa­do­ret­te­JDQ coach

Laurent Du­ver­nay-Tar­dif, nu­mé­ro 92, ai­lier dé­fen­sif… Il fut une époque pas si loin­taine où c’était de cette ma­nière que le Qué­bé­cois des Chiefs, qui s’ap­prête à prendre part au Su­per Bowl, était pré­sen­té. Jus­qu’en 2011, à l’Uni­ver­si­té McGill, quand son en­traî­neur de po­si­tion, Mat­thieu Qui­vi­ger, a hé­ri­té de la commande de le trans­for­mer en joueur de ligne of­fen­sive. Ré­cit d’un pa­ri réus­si…

Au­jourd’hui, Qui­vi­ger en rit de bon coeur. Son pro­té­gé, qui est de­ve­nu au fil du temps un garde par­tant de pre­mier plan dans la NFL, a réus­si une mé­ta­mor­phose spec­ta­cu­laire en chan­geant de po­si­tion avec des ré­sul­tats pro­bants.

En­traî­neur de la ligne of­fen­sive à l’époque, Qui­vi­ger n’avait ce­pen­dant pas ac­cueilli la nou­velle de gaie­té de coeur lorsque ses pa­trons avaient sou­mis le dos­sier Du­ver­nay-Tar­dif sur le tas de la pile dans son bu­reau.

« Au dé­part, je di­rais que j’ai eu à en­du­rer le chan­ge­ment de po­si­tion », a ra­con­té can­di­de­ment Qui­vi­ger.

« On m’a pré­sen­té ça comme un fait ac­com­pli. Je n’étais vrai­ment pas content parce qu’il était le deuxième joueur de ligne dé­fen­sive qu’on m’en­voyait et j’avais pas mal d’autres chats à fouet­ter. Fi­na­le­ment, après le pre­mier en­traî­ne­ment de Laurent avec moi, je suis al­lé voir le coach et je lui ai dit : ‘‘Tu ne m’en­lèves ja­mais ce gars­là !’’ » a-t-il ajou­té, fort amu­sé.

DU GRETZ­KY DANS LE NEZ !

Au fil du temps, Qui­vi­ger en a vu d’autres. Il a lui-même évo­lué à McGill comme joueur de ligne of­fen­sive de 1990 à 1994, avant de faire le saut dans la Ligue ca­na­dienne. Par la suite, son rôle d’en­traî­neur lui a per­mis de flai­rer ra­pi­de­ment un dia­mant quand il en­avuun.

« Penses-tu vrai­ment qu’un

qui voit Wayne Gretz­ky sur le jeu ne sait pas ce qu’il a entre les mains ? C’était car­ré­ment comme ça que je me sen­tais avec lui. Per­sonne ne me croyait, mais dès que je suis ren­tré à la mai­son après cette pre­mière pra­tique, j’ai dit à ma blonde que je com­men­çais à coa­cher le meilleur joueur de l’his­toire au pays », as­sure ce­lui qui est au­jourd’hui ana­lyste du foot­ball uni­ver­si­taire à TVA Sports.

« Laurent a tou­jours dé­mon­tré une ra­pi­di­té ex­tra­or­di­naire, avec des che­villes et des hanches ex­trê­me­ment flexibles. La gros­seur de ses mains et sa force phy­sique, je n’avais ja­mais vu ça. J’ai tout de suite per­çu un énorme po­ten­tiel en lui. »

DU 92 AU 66

Qui­vi­ger a ra­pi­de­ment eu le sen­ti­ment que ses im­pres­sions se confir­maient en si­tua­tion de match. Lors­qu’il a en­sei­gné les trucs du mé­tier à Du­ver­nayTar­dif, la pre­mière mis­sion a été de frei­ner le re­dou­table ai­lier dé­fen­sif du Rouge et Or Ar­naud Gas­con-Na­don.

« Je lui ai dit que j’avais trois mois pour tout lui mon­trer. À son pre­mier match contre lui, on a dé­pla­cé Laurent de chaque cô­té de la ligne pour qu’il le suive par­tout. Gas­con-Na­don a fi­ni ce match-là avec seule­ment un de­mi-pla­qué », se re­mé­more Qui­vi­ger.

« Il avait peu d’ex­pé­rience, mais il ap­por­tait des cor­rec­tifs ins­tan­ta­né­ment. Il avait l’avan­tage d’avoir joué de l’autre cô­té et d’an­ti­ci­per le mou­ve­ment de la ligne dé­fen­sive. »

Puisque le fu­tur membre des Chiefs ne pou­vait plus por­ter le nu­mé­ro 92 en tra­ver­sant à l’of­fen­sive, son men­tor lui a fait un ca­deau bien spé­cial pour sou­li­gner sa grande foi en lui.

« Per­sonne à McGill n’avait por­té mon 66 de­puis que j’étais par­ti. J’ai été un choix de pre­mière ronde dans la Ligue ca­na­dienne, mais lui, j’étais sûr qu’il fi­ni­rait dans la NFL et j’étais fier qu’il porte mon 66 pour faire hon­neur au nu­mé­ro. Je me voyais en lui sur le ter­rain. »

Du 92 au 66, puis au 76, l’évo­lu­tion du joueur et de l’être hu­main der­rière les nu­mé­ros au­ra été aus­si ful­gu­rante que re­mar­quable.

PHO­TO D’AR­CHIVES, AN­NIE T ROUS­SEL

MAT­THIEU QUI­VI­GER Ex-en­traî­neur à McGill Même s'il avait ac­quis au fil de son che­mi­ne­ment sco­laire une ex­pé­rience mi­ni­male sur la ligne of­fen­sive, c’est à l’Uni­ver­si­té McGill que Laurent Du­ver­nay-Tar­dif a vé­cu le chan­ge­ment de po­si­tion qui l'a ame­né à de­ve­nir un joueur de foot­ball hau­te­ment es­ti­mé.

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