Chi­mio­thé­ra­pie moins ef­fi­cace avec des sup­plé­ments de vi­ta­mines

Le Journal de Montreal - - JM LUNDI | SANTÉ -

Une étude cli­nique rap­porte que la prise d’an­ti­oxy­dants, telles les vi­ta­mines, comme sup­plé­ments ali­men­taires aug­mente le risque de ré­ci­dive et de dé­cès des femmes trai­tées par chi­mio­thé­ra­pie pour un can­cer du sein.

Le stress oxy­da­tif cau­sé par les ra­di­caux libres est consi­dé­ré de­puis plu­sieurs an­nées comme un phé­no­mène qui contri­bue au dé­ve­lop­pe­ment de l’en­semble des ma­la­dies chro­niques, en par­ti­cu­lier les ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires et le can­cer.

Ces mo­lé­cules très in­stables peuvent en ef­fet at­ta­quer tous les consti­tuants cel­lu­laires qui sont à leur por­tée et pro­vo­quer d’im­por­tants dom­mages à l’ADN, aux pro­téines et aux mem­branes.

Les ra­di­caux libres n’ont ce­pen­dant pas que des ef­fets né­fastes : par exemple, ils par­ti­cipent à l’éli­mi­na­tion des pa­tho­gènes par les cel­lules im­mu­ni­taires, pro­voquent plu­sieurs chan­ge­ments dans l’ex­pres­sion de gènes qui rendent les cel­lules plus ré­sis­tantes face au stress, et jouent éga­le­ment un rôle de pre­mier plan pour em­pê­cher la for­ma­tion de mé­ta­stases par cer­tains cancers agres­sifs comme les mé­la­nomes.

Il en est de même en on­co­lo­gie, où les ra­di­caux libres jouent un rôle es­sen­tiel dans le trai­te­ment du can­cer : c’est en ef­fet grâce au stress oxy­da­tif gé­né­ré par la chi­mio­thé­ra­pie et la ra­dio­thé­ra­pie que ces trai­te­ments par­viennent à éli­mi­ner les cel­lules can­cé­reuses.

RÉ­DUIRE L’EF­FI­CA­CI­TÉ DE LA CHI­MIO­THÉ­RA­PIE

La par­ti­ci­pa­tion des ra­di­caux libres au trai­te­ment du can­cer a des ré­per­cus­sions concrètes pour les per­sonnes tou­chées par la ma­la­die et qui re­çoivent de la chi­mio­thé­ra­pie ou de la ra­dio­thé­ra­pie. Ces pa­tients sont sou­vent plus en­clins à es­sayer dif­fé­rentes com­bi­nai­sons de re­mèdes pour amé­lio­rer leur sort, en par­ti­cu­lier des sup­plé­ments d’an­ti­oxy­dants comme les vi­ta­mines, les ca­ro­té­noïdes ou cer­taines mo­lé­cules comme le co­en­zyme Q10 (ubi­qui­none).

Toutes ces mo­lé­cules pos­sèdent la pro­prié­té de neu­tra­li­ser les ra­di­caux libres et risquent donc de di­mi­nuer l’ef­fi­ca­ci­té des trai­te­ments et ré­duire les chances de gué­ri­son, soit exac­te­ment le contraire de l’ef­fet re­cher­ché.

C’est exac­te­ment ce que rap­porte une étude réa­li­sée au­près de 11 134 femmes at­teintes d’un can­cer du sein et qui avaient été trai­tées par chi­mio­thé­ra­pie et sui­vies pen­dant une pé­riode de 6 ans (1).

Les cher­cheurs ont ob­ser­vé que les femmes qui avaient pris l’un ou l’autre des sup­plé­ments du­rant la chi­mio­thé­ra­pie (ca­ro­té­noïdes, co­en­zyme Q10, vi­ta­mines A, C et E no­tam­ment) avaient un risque 41 % plus éle­vé de ré­ci­dive de leur can­cer ain­si qu’un risque ac­cru (40 %) de dé­cès pen­dant le sui­vi. L’analyse in­di­vi­duelle des dif­fé­rents sup­plé­ments in­dique que ces ef­fets né­ga­tifs semblent par­ti­cu­liè­re­ment pro­non­cés pour la vi­ta­mine B12 (hausse de 83 % des risques de ré­ci­dive et de mor­ta­li­té), les omé­ga-3 (hausse de 67 %) et le fer (hausse de 79 %). Ces ré­sul­tats confirment donc que la prise de sup­plé­ments en même temps qu’une chi­mio­thé­ra­pie di­mi­nue l’ef­fi­ca­ci­té du trai­te­ment et les chances de gué­ri­son.

UNE MEILLEURE STRA­TÉ­GIE : L’EXER­CICE PHY­SIQUE

Pour amé­lio­rer les pro­ba­bi­li­tés de sur­vivre au can­cer, les or­ga­nismes de lutte au can­cer comme le World Can­cer Re­search Fund re­com­mandent d’évi­ter les sup­plé­ments et de plu­tôt mi­ser sur l’amé­lio­ra­tion du mode de vie, en par­ti­cu­lier une meilleure ali­men­ta­tion (moins de viande, plus de vé­gé­taux), le main­tien d’un poids cor­po­rel nor­mal et l’adop­tion d’un pro­gramme d’ac­ti­vi­té phy­sique ré­gu­lière.

L’im­pact de l’exer­cice est par­ti­cu­liè­re­ment im­por­tant, en par­ti­cu­lier en ce qui concerne les femmes tou­chées par un can­cer du sein : les femmes qui font un mi­ni­mum de 9 équi­va­lents mé­ta­bo­liques (MET) par se­maine, ce qui cor­res­pond à 2 heures et de­mie d’une ac­ti­vi­té phy­sique d’in­ten­si­té mo­dé­rée comme la marche ra­pide, ont une mor­ta­li­té glo­bale ré­duite de moi­tié com­pa­ra­ti­ve­ment à celles qui sont in­ac­tives. Et il n’est jamais trop tard pour com­men­cer à bou­ger : les sur­vi­vantes d’un can­cer du sein, qui étaient in­ac­tives avant d’être tou­chées par la ma­la­die, mais qui dé­cident d’in­clure l’ac­ti­vi­té phy­sique ré­gu­lière à leurs ha­bi­tudes, ont 45 % moins de risque de mou­rir pré­ma­tu­ré­ment que si elles étaient de­meu­rées in­ac­tives.

Pour toutes ces rai­sons, on consi­dère de plus en plus l’exer­cice phy­sique comme une fa­cette in­con­tour­nable du trai­te­ment du can­cer. Avec en prime une mul­ti­tude d’ef­fets po­si­tifs sur la forme phy­sique, la san­té car­dio­vas­cu­laire et même sur les fonc­tions cog­ni­tives.

(1) Am­bro­sone CB et coll. Die­ta­ry sup­ple­ment use du­ring che­mo­the­ra­py and sur­vi­val out­comes of pa­tients with breast can­cer en­rol­led in a co­ope­ra­tive group cli­ni­cal trial (SWOG S0221). J. Clin. On­col., pu­blié en ligne le 19 dé­cembre 2019.

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