Le bu­si­ness de l’édu­ca­tion

Le Journal de Montreal - - OPINIONS - JO­SÉE LE­GAULT Blo­gueuse au Jour­nal jo­see.le­gault @que­be­cor­me­dia.com @jo­see­le­gault

Rap­por­tée par L’aut’jour­nal et Le

De­voir, la nou­velle de l’exis­tence à Mont­réal d’un cam­pus ex­clu­si­ve­ment an­glo­phone pour étu­diants étran­gers ou­vert par le Cé­gep de la Gas­pé­sie et des Îles pro­voque des ré­ac­tions cour­rou­cées. Non sans rai­son, on ac­cuse les di­ri­geants du Cé­gep d’ac­cé­lé­rer la ré­an­gli­ci­sa­tion de Mont­réal.

Or, la nou­velle n’a mal­heu­reu­se­ment rien d’étonnant. L’« offre » de cours en an­glais pour at­ti­rer de nou­velles « clien­tèles » étran­gères prêtes à payer d’im­pres­sion­nants frais d’ins­crip­tion, que ce soit dans les uni­ver­si­tés, les cé­geps ou cer­taines écoles se­con­daires, est une ten­dance lourde.

Du cô­té des cé­geps en ré­gions, plu­sieurs sont aus­si pri­son­niers d’un sous-fi­nan­ce­ment pu­blic chro­nique et d’une baisse in­évi­table du nombre d’étu­diants « lo­caux ». D’où leur re­cherche ima­gi­na­tive de moyens leur per­met­tant de rem­plir leurs coffres dé­gar­nis.

En ou­vrant son cam­pus mont­réa­lais « in en­glish on­ly », c’est pré­ci­sé­ment ce qu’a fait le Cé­gep de la Gas­pé­sie — le­quel est re­con­nu par le mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion comme une ins­ti­tu­tion « bi­lingue ». À près de 15 000 $/an­née en frais d’ins­crip­tion par étu­diant étran­ger, dont la plu­part viennent de la Chine et de l’Inde, la pro­po­si­tion est payante.

FOR­MULE PAYANTE

À sa créa­tion en 2015, le cam­pus comp­tait 35 étu­diants. Au­jourd’hui, ils sont 2200. Pour le Cé­gep de la Gas­pé­sie, c’est 1 mil­lion de dol­lars en pro­fits par an­née. C’est la preuve par l’ab­surde du sous-fi­nan­ce­ment des cé­geps par nos gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs.

D’où la réaction ti­mide du mi­nistre ac­tuel de l’Édu­ca­tion, Jean-Fran­çois

Ro­berge. Hier, il s’est li­mi­té à cri­ti­quer le site web an­glais unilingue du cam­pus mont­réa­lais et à de­man­der l’ajout de quelques cours en fran­çais. Pas de quoi ré­vo­lu­tion­ner l’an­gli­ci­sa­tion crois­sante de l’édu­ca­tion au Qué­bec.

Der­rière cette his­toire se cache un autre phé­no­mène dé­cou­lant du manque avé­ré de res­sources : la « mar­chan­di­sa­tion » crois­sante de l’édu­ca­tion. Du­rant le Prin­temps érable de 2012, de nom­breux étu­diants la dé­non­çaient dé­jà, mais au lieu de les écou­ter, nos élites ont pré­fé­ré les ri­di­cu­li­ser.

MAR­CHAN­DISE

De moins en moins le « bien pu­blic » qu’elle de­vrait être, l’édu­ca­tion au Qué­bec se vend de plus en plus comme une « mar­chan­dise ». D’où la rhé­to­rique consé­quente des di­ri­geants d’éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment. À l’ins­tar de Sylvain Va­chon, un des di­rec­teurs du Cé­gep de la Gas­pé­sie, ils sont en quête de « nou­veaux mar­chés », de « nou­velles clien­tèles » et de « nou­veaux pro­fits » pour aug­men­ter leurs bud­gets de fonc­tion­ne­ment.

Y com­pris par le biais de PPP — les fa­meux par­te­na­riats pu­blic-pri­vé. Le cam­pus mont­réa­lais an­glo­phone du Cé­gep de la Gas­pé­sie est d’ailleurs en PPP avec le col­lège Ma­trix, une ins­ti­tu­tion pri­vée et une so­cié­té par ac­tions.

Et comme l’an­glais, pour at­ti­rer une par­tie des étu­diants étran­gers, fait beau­coup plus ke­ching-ke­ching que le fran­çais à leurs oreilles de fu­turs pro­fes­sion­nels mon­dia­li­sés, nul be­soin d’un MBA en ad­mi­nis­tra­tion des af­faires pour com­prendre où se trouve le vrai tré­sor.

L’ur­gence, on le sait pour­tant, est de fi­nan­cer adé­qua­te­ment notre sys­tème d’édu­ca­tion de langue fran­çaise. Si­non, sa mar­chan­di­sa­tion aux plus of­frants, in­cluant le fait de pré­fé­rer de plus en plus sou­vent l’an­glais au fran­çais pour at­ti­rer des étu­diants étran­gers nan­tis, ne fe­ra que s’ac­cen­tuer.

Der­rière cette his­toire se cache un autre phé­no­mène dé­cou­lant du manque avé­ré de res­sources : la « mar­chan­di­sa­tion » crois­sante de l’édu­ca­tion. Du­rant le Prin­temps érable de 2012, de nom­breux étu­diants la dé­non­çaient dé­jà, mais au lieu de les écou­ter, nos élites ont pré­fé­ré les ri­di­cu­li­ser.

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