LE PLAN DU QUÉ­BEC A ÉCHOUÉ EN ON­TA­RIO

Le mode de ré­mu­né­ra­tion des mé­de­cins on­ta­riens n’a pas don­né les ré­sul­tats vou­lus

Le Journal de Montreal - - LA UNE - PA­TRICK BEL­LE­ROSE

QUÉ­BEC | Le nou­veau mode de ré­mu­né­ra­tion des mé­de­cins de fa­mille que pro­pose le gou­ver­ne­ment Le­gault n’a pas per­mis d’amé­lio­rer l’ac­cès pour les pa­tients les soirs et week-ends en On­ta­rio, en plus de coû­ter plus cher aux contri­buables.

Dans ce sys­tème ap­pe­lé « par ca­pi­ta­tion », un groupe de mé­de­cins est ré­mu­né­ré en fonc­tion du nombre de pa­tients ins­crits, au­quel il as­sure la pres­ta­tion d’un éven­tail de ser­vices pré­dé­ter­mi­nés. Ce mo­dèle per­met aux mé­de­cins de dé­lé­guer plus de soins à d’autres pro­fes­sion­nels, comme les su­per­in­fir­mières. D’autres gestes mé­di­caux peuvent éga­le­ment être fac­tu­rés à l’acte.

Le gou­ver­ne­ment Le­gault est pré­sen­te­ment en né­go­cia­tion avec les om­ni­pra­ti­ciens du Qué­bec pour in­tro­duire « une plus grande pro­por­tion de ca­pi­ta­tion » dans leur mode de paie­ment.

Dans sa pla­te­forme élec­to­rale, la CAQ sou­li­gnait d’ailleurs que 50 % des mé­de­cins de fa­mille en On­ta­rio uti­li­saient une ré­mu­né­ra­tion mixte qui in­clut de la ca­pi­ta­tion.

Pour le pre­mier mi­nistre, cette ré­forme per­met­tra aux Qué­bé­cois d’avoir plus fa­ci­le­ment ac­cès à des soins de san­té de pre­mière ligne les soirs et les wee­kends. « Il faut être ca­pable de dire aux mé­de­cins : à par­tir de main­te­nant, vous pre­nez en charge un cer­tain nombre de pa­tients et “prendre en charge”, c’est sept jours sur sept, avec des col­lègues et des in­fir­mières », a ex­pli­qué Fran­çois Le­gault hier.

RAP­PORT TRÈS CRI­TIQUE

Pour­tant, le vé­ri­fi­ca­teur gé­né­ral de l’On­ta­rio s’est mon­tré très cri­tique de ce mo­dèle, dans un rap­port pa­ru en 2016. « Bon nombre de mé­de­cins de fa­mille ayant op­té pour le mo­dèle de paie­ment par ca­pi­ta­tion ne tra­vaillent pas le nombre d’heures re­quises le soir et les fins de se­maine, et le Mi­nis­tère ne prend au­cune me­sure dans ces cas », re­le­vait le chien de garde de l’État ontarien.

En ef­fet, même s’ils étaient te­nus d’of­frir des ser­vices après 17 h la se­maine et toute la jour­née les sa­me­dis et les di­manches, 60 % des or­ga­nismes de san­té fa­mi­liale et 36 % des groupes de san­té fa­mi­liale ne res­pec­taient pas ces exi­gences, pour­suit le VG par­mi ses nom­breuses cri­tiques.

ÉVI­TER LES ER­REURS

Au ca­bi­net de la mi­nistre de la San­té, on ré­pond vou­loir créer un « mo­dèle qué­bé­cois ef­fi­cace ». « Pour y ar­ri­ver, nous nous ins­pi­rons de ce qui s’est fait dans les pro­vinces qui ont adop­té la ca­pi­ta­tion, tout en évi­tant les dif­fi­cul­tés qu’elles ont connues », écrit l’at­ta­ché de presse de Da­nielle McCann.

Pour le pro­fes­seur de la School of Nur­sing à l’Uni­ver­si­té de Vic­to­ria Da­mien Con­tan­drio­pou­los, les dif­fi­cul­tés de l’On­ta­rio s’ex­pliquent sur­tout par les choix faits par le gou­ver­ne­ment pour in­ci­ter les mé­de­cins à adop­ter son mo­dèle.

Tou­te­fois, M. Con­tan­drio­pou­los af­firme que la ca­pi­ta­tion est « le moins pire des sys­tèmes pour payer les mé­de­cins en pre­mière ligne ». « Quand on re­garde l’On­ta­rio par rap­port au Qué­bec, ils sont sur une autre pla­nète en termes d’ac­ces­si­bi­li­té aux soins de pre­mière ligne », sou­ligne-t-il.

Fran­çois Le­gault, pho­to­gra­phié hier à l’As­sem­blée na­tio­nale, sou­haite aug­men­ter la prise en charge des Qué­bé­cois par les mé­de­cins de fa­mille. En­vi­ron 20 % d’entre eux tra­vaille­raient moins de 150 jours par an­née et sui­ve­raient moins de 500 pa­tients.

PHO­TO SI­MON CLARK

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