Ré­forme élec­to­rale : le bras dans le tor­deur

C’est au­jourd’hui que se ter­minent les au­diences pu­bliques sur la ré­forme du mode de scru­tin.

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - JO­SEPH FACAL jo­[email protected]­be­cor­me­dia.com

La ré­forme pro­je­tée n’est pas qu’un chan­ge­ment des règles. C’est une ré­vo­lu­tion cultu­relle.

Jus­qu’ici, on a sur­tout en­ten­du des par­ti­sans du chan­ge­ment.

Ils pro­fitent de l’in­dif­fé­rence de l’im­mense ma­jo­ri­té de nos conci­toyens… qui de­vront vivre avec les consé­quences de la ré­forme si elle voit le jour.

Il est main­te­nant as­sez clair que le pro­jet pro­po­sé rend beau­coup plus pro­bables, peut-être même in­évi­tables, les gou­ver­ne­ments de coa­li­tion.

La CAQ, par exemple, de­vrait ob­te­nir au­tour de 44 % du vote pour ré­col­ter une ma­jo­ri­té de sièges, de l’aveu même de la mi­nistre So­nia LeBel (22 jan­vier).

AVER­TIS­SE­MENTS

Deux té­moins du plus haut in­té­rêt se­ront en­ten­dus au­jourd’hui : l’avo­cat et po­li­to­logue Ch­ris­tian Du­four et l’ex-haut fonc­tion­naire Louis Sor­ma­ny.

Du­four in­siste sur un point es­sen­tiel : les deux dé­faites ré­fé­ren­daires des sou­ve­rai­nistes ont af­fai­bli le pou­voir du Qué­bec au sein du Ca­na­da. L’évo­lu­tion dé­mo­gra­phique en cours ac­cen­tue cet af­fai­blis­se­ment.

Et on fra­gi­li­se­rait en­core plus le pou­voir exé­cu­tif de l’État qué­bé­cois avec des gou­ver­ne­ments de coa­li­tion ? C’est ce qu’on veut ? Vrai­ment ?

Les par­ti­sans du scru­tin pro­por­tion­nel, dit Du­four, font sem­blant de ne pas voir que le Qué­bec n’est pas un pays sou­ve­rain, comme cette Nou­velle-Zé­lande qu’ils évoquent conti­nuel­le­ment, mais une pro­vince en perte de vi­tesse dans un Ca­na­da qui la mar­gi­na­lise de plus en plus. Ce­la fait toute la dif­fé­rence. Sor­ma­ny, lui, rap­pelle no­tam­ment qu’un gou­ver­ne­ment de coa­li­tion, in­cluant QS ou le PLQ pour par­ler concrè­te­ment, n’au­rait sans doute pas pu adop­ter la loi sur la laï­ci­té. Et on pour­rait mul­ti­plier les exemples.

Il an­ti­cipe aus­si des contes­ta­tions ju­ri­diques et met en garde contre l’af­fai­blis­se­ment du pou­voir des ré­gions éloi­gnées à faible den­si­té de po­pu­la­tion.

Plu­sieurs par­ti­sans du scru­tin pro­por­tion­nel trouvent que le pro­jet pro­po­sé par le gou­ver­ne­ment ne va pas as­sez loin.

Du­four aver­tit qu’ils pour­raient fort bien se conten­ter de la mise en place du pro­jet ac­tuel. Puis, il leur se­ra fa­cile d’oeu­vrer de l’in­té­rieur à son ex­ten­sion pro­gres­sive.

Ce se­rait, c’est le cas de le dire, l’équi­valent d’un élar­gis­se­ment gra­duel de l’aide mé­di­cale à mou­rir pour le pou­voir po­li­tique du Qué­bec fran­çais.

Qué­bec so­li­daire se frotte les mains. Le PLQ, lui, garde un pro­fil bas, car il dis­pose de l’arme su­prême en ma­tière élec­to­rale : l’im­mi­gra­tion.

La CAQ et le PQ, eux, réa­lisent la gaffe mo­nu­men­tale com­mise en s’em­bar­quant dans cette fu­neste ga­lère, mais n’osent pas l’ad­mettre et frei­ner.

RAI­SON

Avant qu’il ne soit trop tard, il faut voir que la ré­forme pro­je­tée n’est pas qu’un chan­ge­ment des règles. C’est une ré­vo­lu­tion cultu­relle.

Pour ma part, der­rière cette pro­messe d’un sys­tème plus « dé­mo­cra­tique » et aux ver­tus ma­giques, je vois da­van­tage d’in­sta­bi­li­té, des trac­ta­tions opaques entre les états-ma­jors des par­tis, et un pou­voir ac­cru pour les mi­no­ri­tés de blo­cage.

Notre sys­tème n’est pas par­fait, mais au­cun ne l’est. Le nôtre est un com­pro­mis entre la re­pré­sen­ta­ti­vi­té et l’ef­fi­ca­ci­té, et il nous a glo­ba­le­ment bien ser­vis.

Les ma­riages de rai­son peuvent aus­si être des ma­riages heu­reux.

So­nia LeBel

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