Mort du plus cé­lèbre tueur à gages de Pa­blo Es­co­bar

Jhon « Po­peye » Ve­las­quez au­rait tué de sang-froid de 250 à 300 per­sonnes

Le Journal de Montreal - - MONDE -

BO­GO­TA | (AFP) « Po­peye », le tueur à gages le plus cé­lèbre du dé­funt tra­fi­quant de drogue co­lom­bien Pa­blo Es­co­bar, qui se tar­guait d’avoir as­sas­si­né des cen­taines de per­sonnes sur ordre du « pa­tron », est mort hier d’un can­cer de l’es­to­mac, ont an­non­cé les ser­vices pé­ni­ten­tiaires.

De son vrai nom Jhon Jai­ro Ve­las­quez, il est mort jeu­di à 57 ans, sous la sur­veillance d’agents pé­ni­ten­tiaires, à l’Ins­ti­tut na­tio­nal de can­cé­ro­lo­gie à Bo­go­ta. Il avait au­pa­ra­vant pas­sé 23 ans en pri­son après s’être li­vré à la jus­tice en 1992.

FAS­CI­NÉ PAR LE SANG

Tueur as­su­mé et af­fa­bu­la­teur, « Po­peye » se di­sait « fas­ci­né par l’odeur du sang ». Le cé­lèbre si­caire d’Es­co­bar s’était créé un per­son­nage, pu­bliant des livres, de­ve­nant you­tu­beur et ins­pi­rant Net­flix, après avoir se­mé la mort à l’époque la plus noire du nar­co­tra­fic en Co­lom­bie.

Sur Net­flix, son per­son­nage, créé à par­tir de son au­to­bio­gra­phie Survivre à Pa­blo

Es­co­bar, abat sans cil­ler, de deux coups de feu, un homme li­go­té au sol, puis monte à bord d’un avion char­gé de co­caïne.

Fic­tion et réa­li­té se mê­laient dans la vie de l’un des der­niers tueurs ayant sur­vé­cu au ba­ron de la co­caïne Pa­blo Es­co­bar, abat­tu par la po­lice en dé­cembre 1993 à Me­dellín.

Dans le mi­lieu, il se fait connaître comme « Po­peye », sur­nom hé­ri­té de son pas­sage à l’école de la Ma­rine et d’un men­ton pro­émi­nent qu’il fe­ra en­suite opé­rer. Et il est de­ve­nu une in­car­na­tion du mal, tuant de sang-froid et nar­rant les crimes com­mis sur ordre du « pa­tron ».

Lors d’un en­tre­tien avec l’AFP, en 2015, dans le ci­me­tière de Me­dellín où est en­ter­ré Es­co­bar, Jhon Ve­las­quez se tar­guait d’avoir as­sas­si­né « au moins 250 per­sonnes, peut-être 300 ».

RE­PEN­TI ?

Age­nouillé sur la tombe du « ca­po », un bou­quet de fleurs à la main, il s’était alors pré­sen­té comme un cri­mi­nel re­pen­ti, dé­cla­rant avoir aus­si com­man­di­té les as­sas­si­nats de plu­sieurs mil­liers de per­sonnes.

Mais des po­li­ciers qui l’ont pour­chas­sé, des proches d’Es­co­bar et de vic­times narrent une autre ver­sion de l’his­toire : celle d’une « gâ­chette » fan­fa­ron­nant pour ac­cé­der à la cé­lé­bri­té.

Il fai­sait « l’apo­lo­gie du crime et de la bar­ba­rie que nous vi­vons en­core dans nos rues », a dé­cla­ré Car­los Zu­lua­ga, fils d’un juge as­sas­si­né pour avoir or­don­né l’ar­res­ta­tion d’Es­co­bar.

Né de pa­rents com­mer­çants dans le vil­lage de Ya­ru­mal en 1962, « Po­peye » af­fir­mait avoir gran­di dans un « en­tou­rage violent »

et se di­sait « fas­ci­né par l’odeur du sang ».

Dans ses mé­moires, il ra­conte être pas­sé par les écoles de la Ma­rine et de la Po­lice, avant de de­ve­nir l’un des hommes de main d’Es­co­bar.

En 1992, âgé de 30 ans, il aban­donne « le pa­tron » pour se li­vrer à la jus­tice. Il pas­se­ra 23 ans en pri­son.

Il confes­sait avoir four­ni l’arme qui a tué en 1989 le can­di­dat li­bé­ral à la pré­si­dence de la Co­lom­bie, Luis Car­los Ga­lan, avoir abat­tu un pro­cu­reur et par­ti­ci­pé à l’en­lè­ve­ment du conser­va­teur An­drés Pas­tra­na, élu en­suite pré­sident (1998-2002).

« Po­peye » se mon­trait comme le chef des si­caires du ca­po co­lom­bien et a même sou­te­nu que Raul Cas­tro était le con­tact d’Es­co­bar à Cu­ba.

MEN­TEUR COMPULSIF

L’au­teure Ma­rit­za Wills, qui a re­la­té sa vie, a tou­te­fois dé­cla­ré au ma­ga­zine

So­ho que le men­songe était « la base de sa per­son­na­li­té » : « Une grande par­tie des ma­nus­crits qu’il m’en­voyait par des tiers ra­con­taient un jour une his­toire, puis une ver­sion com­plè­te­ment dif­fé­rente un autre jour ».

L’ex-vice-pré­sident et gé­né­ral à la re­traite, Os­car Na­ran­jo, qui a pour­chas­sé

les nar­cos du car­tel de Me­dellín, es­time aus­si que « Po­peye » était un af­fa­bu­la­teur.

Ses ré­cits sont ceux d’« une per­sonne qui veut se gran­dir [...] et jus­ti­fier son ac­ti­vi­té cri­mi­nelle ». « Je suis sûr que ce qu’il connaît est, pour une bonne part, de l’in­for­ma­tion de se­conde main [...] et qu’il n’a été le pro­ta­go­niste que dans quelques cas. »

UN « CHAUF­FEUR »

Le frère du ba­ron de la co­caïne, Ro­ber­to Es­co­bar, a même af­fir­mé à la presse que « Po­peye » n’était qu’« un chauf­feur, qui n’a ja­mais été le bras droit de Pa­blo ».

À sa sorte de pri­son, Jhon Ve­las­quez dé­cla­rait vou­loir me­ner une vie aus­tère, chan­ger ses « an­ti-va­leurs pour des va­leurs ». Mais sa va­ni­té et sa re­chute cri­mi­nelle l’ont em­por­té, avant le can­cer.

Fort de plus d’un mil­lion d’abon­nés sur YouTube, il mi­li­tait contre l’ac­cord de paix si­gné avec l’ex-gué­rilla des FARC en 2016 et les lea­ders de gauche, al­lant jus­qu’à les me­na­cer.

En 2017, il est re­pé­ré dans une fête don­née par un ma­fieux re­quis en ex­tra­di­tion par les États-Unis. L’an­née sui­vante, il était ar­rê­té pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs et ex­tor­sion. Il est mort hier, loin des feux de la cé­lé­bri­té...

PHO­TO AFP

Jhon Jai­ro Ve­las­quez, de­vant un tri­bu­nal co­lom­bien le 25 mai 2018. Le si­ca­rio de Pa­blo Es­co­bar avait été ar­rê­té à l’époque pour as­so­cia­tion de mal­fai­teurs et ex­tor­sion.

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