Pas trop de bal­lounes, M. Le­gault...

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - Jour­nal CLAUDE Le VILLE­NEUVE claude.ville­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Lun­di, les gros joueurs éco­no­miques de la CAQ pré­sen­taient aux mé­dias et à la clien­tèle d’af­faires la nou­velle mou­ture d’In­ves­tis­se­ment Qué­bec (IQ).

L’agence fe­ra fi­gure de monstre par­mi les créa­tures du gou­ver­ne­ment, en en­glou­tis­sant une par­tie im­por­tante du mi­nis­tère de l’Éco­no­mie, com­pre­nant ses bu­reaux ré­gio­naux, le Con­seil in­dus­triel de re­cherche du Qué­bec et Ex­port Qué­bec.

Elle gé­re­ra dé­sor­mais le ju­teux Fonds du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, dans une lo­gique d’of­frir un gui­chet unique aux en­tre­prises en re­cherche de fi­nan­ce­ment.

L’idée n’est pas sans rap­pe­ler celle de la Banque de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique du Qué­bec, ja­dis mise de l’avant par le gou­ver­ne­ment mi­no­ri­taire de Pau­line Ma­rois. La CAQ avait pri­vé le Par­ti Qué­bé­cois de l’es­poir de faire adop­ter son pro­jet de loi en an­non­çant qu’elle vo­te­rait contre.

Fran­çois Le­gault n’a tou­te­fois ja­mais fait mys­tère de sa vo­lon­té de re­bras­ser la struc­ture d’IQ, s’ap­puyant sur un na­tio­na­lisme éco­no­mique de bon aloi. En­core faut-il sa­voir ce qu’on veut en faire.

GROSSE SE­MAINE

La grosse se­maine que de­vait lan­cer la pré­sen­ta­tion du nou­vel In­ves­tis­se­ment Qué­bec a pris une autre tour­nure. Dans la même édi­tion où

couvre cette grosse an­nonce, on rap­porte éga­le­ment un in­ves­tis­se­ment de 30 M$ du gou­ver­ne­ment dans Flying Whales, un dou­teux pro­jet fran­çais de di­ri­geables à l’hé­lium des­ti­nés au trans­port dans le Grand Nord. Le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment avait pour­tant ju­gé que le concept, qui n’existe en­core que sur pa­pier, était mal adap­té au froid et au vent.

Fran­çois Le­gault s’est mon­tré aga­cé par les ques­tions po­sées par les mé­dias, in­vi­tant le Qué­bec à re­trou­ver le goût du risque. Pierre Fitz­gib­bon a, quant à lui, re­con­nu le ca­rac­tère hau­te­ment au­da­cieux de l’in­ves­tis­se­ment, en as­su­rant que le mil­liard de dol­lars qui s’ajou­tait aux fonds gé­rés par IQ n’irait pas seule­ment dans ce genre de pro­jets. Les op­po­si­tions ont, pour leur part, fait les gorges chaudes, qua­li­fiant le pro­jet Flying Whales de bal­loune.

Ef­fec­ti­ve­ment, il faut être gon­flé pour faire un tel in­ves­tis­se­ment. Il faut l’être éga­le­ment pour de­man­der carte blanche aux Qué­bé­cois pour né­go­cier une nou­velle aide fi­nan­cière avec Bom­bar­dier, dont le nau­frage ap­pré­hen­dé semble se confir­mer. M. Le­gault nous de­mande de le croire en di­sant qu’il fe­ra tout pour sau­ver les em­plois. M. Fitz­gib­bon pro­met de for­cer Bom­bar­dier à rendre des comptes... mais après qu’une en­tente soit sur­ve­nue entre elle et le gou­ver­ne­ment. Pas ques­tion non plus d’exi­ger des chan­ge­ments à la di­rec­tion.

LES COU­DÉES FRANCHES

Pour im­plan­ter sa nou­velle vi­sion de l’in­ter­ven­tion éco­no­mique du gou­ver­ne­ment, Fran­çois Le­gault di­sait ou­ver­te­ment en cam­pagne qu’il s’en re­met­trait à Pierre Fitz­gib­bon. Le mi­nistre de l’Éco­no­mie est l’homme de confiance de Fran­çois Le­gault.

Pa­ra­doxa­le­ment, c’est un des rares membres du gou­ver­ne­ment de la CAQ qui a dû ré­pondre à des ques­tions sur son éthique per­son­nelle. Ce fut d’abord concer­nant la ges­tion de ses propres avoirs pla­cés en fi­du­cie. Ce fut en­suite sui­vant la no­mi­na­tion d’un de ses amis à la di­rec­tion d’IQ, contour­nant les re­com­man­da­tions des chas­seurs de têtes.

Pierre Fitz­gib­bon n’a pro­ba­ble­ment pas agi par mal­hon­nê­te­té. L’aga­ce­ment qu’il af­fiche lors­qu’il ré­pond aux ques­tions des jour­na­listes sur ces su­jets montre plu­tôt que l’en­tre­pre­neur ne s’ajuste pas na­tu­rel­le­ment aux contrainte­s de la po­li­tique. Il n’a pas be­soin d’un sa­laire de mi­nistre pour vivre.

Vu l’im­por­tance que Fran­çois Le­gault ac­corde à l’ac­tion éco­no­mique du gou­ver­ne­ment, tou­te­fois, ça peut po­ser pro­blème. Il ré­clame pour lui et son équipe les cou­dées franches pour rat­tra­per l’écart éco­no­mique qui sé­pare le Qué­bec de l’On­ta­rio et pour pro­té­ger nos sièges so­ciaux. C’est nor­mal que, consé­quem­ment, on doive se mon­trer plus vi­gi­lant.

Des ques­tions, il va y en avoir. Il y en a dé­jà, en fait.

RE­TOUR AU PÉQUISME

Il faut être gon­flé pour faire un tel in­ves­tis­se­ment

Dans ces dos­siers, Fran­çois Le­gault est au coeur de ce qui mo­tive son ac­tion po­li­tique. Il de­vrait tou­te­fois se rap­pe­ler l’époque de ses pre­miers pas, sous la di­rec­tion de son men­tor, Lu­cien Bou­chard, alors que son col­lègue Ber­nard Lan­dry dis­tri­buait très li­bé­ra­le­ment les sub­ven­tions.

Su­per SGF, Caisse de dé­pôt, So­cié­tés In­no­va­tech : le grand vi­zir dis­po­sait de tout un ar­se­nal pour an­non­cer de nou­velles créa­tions d’em­plois. Le Qué­bec ré­cu­pé­rait d’un ra­len­tis­se­ment éco­no­mique, il rat­tra­pait son re­tard en ma­tière d’em­ploi, la R&D flo­ris­sait, la bulle tech­no gros­sis­sait et NASDAQ s’ins­tal­lait à Mon­tréal.

Sauf que l’échec de la Gas­pé­sia et quelques autres in­ves­tis­se­ments mal avi­sés ont suf­fi pour dé­truire la cré­di­bi­li­té éco­no­mique nou­vel­le­ment ac­quise que les son­dages ac­cor­daient au Par­ti qué­bé­cois. À la pre­mière oc­ca­sion, les li­bé­raux de Jean Cha­rest ont trans­for­mé tous ces ou­tils, pas tou­jours pour le mieux.

Fran­çois Le­gault de­vrait donc évi­ter de souf­fler trop de bal­lounes comme Flying Whales. IQ forme dé­sor­mais une su­per­struc­ture plus au­to­nome et moins trans­pa­rente et est pla­cée sous la res­pon­sa­bi­li­té d’un mi­nistre qui aime faire les choses abrup­te­ment sans rendre de comptes. Ça in­dique pas mal d’où vien­dront les plus gros scan­dales qui ébran­le­ront ce gou­ver­ne­ment.

Pierre Fitz­gib­bon

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