Notre ar­gent pour lut­ter contre la laï­ci­té

Le Journal de Montreal - - ACTUALITÉS - RÉ­MI NA­DEAU Chef du Bu­reau par­le­men­taire à Qué­bec

S’il fal­lait un ar­gu­ment sup­plé­men­taire pour sou­hai­ter la dis­pa­ri­tion des com­mis­sions sco­laires, il est tom­bé à point nom­mé pour le gou­ver­ne­ment Le­gault à l’aube du bâillon : la contro­ver­sée En­glish-Mon­tréal di­la­pide des fonds pu­blics pour lut­ter contre la loi sur la laï­ci­té, sou­hai­tée par une ma­jo­ri­té de Qué­bé­cois.

Le Jour­nal a ré­vé­lé que jus­qu’ici, la ba­taille ju­ri­dique contre la loi in­ter­di­sant le port des signes re­li­gieux pour les per­sonnes en si­tua­tion d’au­to­ri­té a coû­té 373 000 $.

On s’in­sur­geait avec rai­son que la com­mis­sion sco­laire sous tu­telle puisse pro­fi­ter de fonds pu­blics fé­dé­raux pour ten­ter de ren­ver­ser la loi qué­bé­coise.

Jus­tin Tru­deau ayant choi­si de s’en la­ver les mains, il a fal­lu une sor­tie mus­clée de Fran­çois Le­gault pour que la prin­ci­pale com­mis­sion sco­laire an­glo­phone re­nonce aux 125 000 $ d’un pro­gramme fé­dé­ral de sou­tien qu’elle au­rait pu tou­cher.

Le chef ca­quiste a sor­ti un ba­zoo­ka po­li­tique, ac­cu­sant le pre­mier mi­nistre du Ca­na­da « d’in­sul­ter les Qué­bé­cois » en re­fu­sant d’em­pê­cher l’uti­li­sa­tion d’ar­gent fé­dé­ral dans la ba­taille contre la loi sur la laï­ci­té. L’ex-roi du dé­gui­se­ment, que l’on sait at­ta­ché à la pro­tec­tion des mi­no­ri­tés, n’a pas bron­ché. L’épi­sode lais­se­ra des traces dans les re­la­tions Qué­bec-Ot­ta­wa.

COCU CONTENT

Par contre, pen­dant ce temps, ce n’est pas l’en­semble des contri­buables ca­na­diens, mais seule­ment les contri­buables qué­bé­cois qui paient la note de la ba­taille idéo­lo­gique contre l’in­ter­dic­tion des signes re­li­gieux. Plus cocu content que ça, tu meurs !

Et mal­gré ce qu’a dit Fran­çois Le­gault en s’in­di­gnant de ce cas « trou­blant » d’uti­li­sa­tion de fonds pu­blics d’En­glish-Mon­tréal, il n’y a rien à faire.

Se­lon un rap­port d’en­quête re­mis au mi­nistre de l’Édu­ca­tion, l’or­ga­nisme est « dys­fonc­tion­nel » et in­carne l’un « des pires cas de gou­ver­nance ».

Les li­miers ont si­gna­lé bien des dé­penses ir­ré­gu­lières, comme l’achat de di­zaines de bou­teilles d’al­cool pour des réunions et des frais exor­bi­tants pour des congrès

Mais lorsque le gou­ver­ne­ment a pla­cé la com­mis­sion sco­laire sous tu­telle, il a choi­si une tu­telle par­tielle, qui lui lais­sait donc le droit d’in­ten­ter des pour­suites judiciaire­s.

« On ne vou­drait sur­tout pas que, en [fai­sant] un geste pour as­su­rer la bonne gou­ver­nance, cer­tains puissent dire qu’on tente de mu­se­ler la com­mu­nau­té », avait ex­pli­qué en no­vembre der­nier le mi­nistre Jean-Fran­çois Ro­berge.

En­glish-Mon­tréal avait dé­jà à ce mo­ment en­clen­ché une re­quête contre la loi 21, et une autre contre le trans­fert for­cé de deux écoles.

L’ABER­RA­TION PER­DURE

Bien sûr, on vou­drait que ces fonds pu­blics soient in­ves­tis dans les ser­vices aux élèves, mais la tu­trice, Marlène Jen­nings, ne peut pas in­ter­ve­nir.

On ne peut qu’es­pé­rer qu’au sein de la com­mu­nau­té, des pa­rents s’élèvent pour ré­cla­mer une meilleure uti­li­sa­tion du bud­get. On peut al­lu­mer un lam­pion à la ba­si­lique.

Le bruit court qu’En­glish-Mon­tréal a pré­vu une ca­gnotte de 1,2 mil­lion $ pour sa ba­taille. Le porte-pa­role a re­fu­sé de confir­mer, plai­dant qu’il ne pou­vait ré­pondre en rai­son de la tem­pête. Il faut croire que les té­lé­phones et les or­di­na­teurs n’existent pas sur leur ter­ri­toire et qu’une « jour­née de neige », comme il le dit, jus­ti­fie l’ab­sence de trans­pa­rence.

Tout ça laisse un goût amer. La loi ne vise pas les an­glo­phones. Et ce n’est pas une loi lin­guis­tique. Mais les commissair­es ont pris une dé­ci­sion po­li­tique aux frais des Qué­bé­cois.

On peut re­pro­cher au gou­ver­ne­ment Le­gault d’avoir drô­le­ment pe­sé sur l’ac­cé­lé­ra­teur pour adop­ter la loi abo­lis­sant les com­mis­sions sco­laires dès la se­maine de ren­trée par­le­men­taire. Cette hâte dans le cadre de chan­ge­ments si im­por­tants pour­rait en­traî­ner des er­reurs, comme on l’a vu l’au­tomne der­nier en im­mi­gra­tion.

Mais on peut aus­si se ré­jouir, parce que ça achève…

Fran­çois Le­gault Pen­dant ce temps, ce n’est pas l’en­semble des contri­buables ca­na­diens, mais seule­ment les contri­buables qué­bé­cois qui paient la note de la ba­taille idéo­lo­gique contre l’in­ter­dic­tion des signes re­li­gieux.

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