Le juste par­tage d’un hé­ri­tage est-il une uto­pie ?

Le Journal de Montreal - - JM SAMEDI - LOUISE DESCHÂTELE­TS louise.des­cha­te­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Je suis le plus jeune d’une fra­trie de quatre. Quatre hu­mains aus­si différents que peuvent l’être de par­faits étran­gers. Nos pa­rents nous ont pour­tant éle­vés de la même ma­nière, mais le ré­sul­tat fi­nal manque d’uni­for­mi­té. Vous al­lez me dire que ça ar­rive dans les meilleures fa­milles, mais j’au­rais pré­fé­ré que ce soit épar­gné à la mienne puisque ça nous au­rait sim­pli­fié la vie.

Sans être riches, nos pa­rents avaient bien pla­ni­fié leur re­traite, et ils y sont ar­ri­vés avec un pe­tit pé­cule sus­cep­tible de leur per­mettre de vieillir sans pro­blèmes. Mal­heu­reu­se­ment, notre père est dé­cé­dé il y a trois ans, deux ans seule­ment après avoir pris sa re­traite. Ma mère se re­trou­vant seule dans sa grande mai­son, elle a de­man­dé à ma soeur la plus vieille, cé­li­ba­taire de­puis tou­jours, de ve­nir vivre avec elle, moyen­nant un peu d’aide pour faire ses courses ain­si que dans l’en­tre­tien de la mai­son et du jar­din.

Dé­jà là, mon frère et mon autre soeur ont com­men­cé à ruer dans les bran­cards de­vant le fait que ma mère lui of­frait un toit sans de­man­der de loyer en re­tour. Je l’ai su quand, un jour, ma mère m’a de­man­dé si ça me fai­sait quelque chose à moi. Et de­vant mes ques­tions, elle m’avoua qu’ils avaient fait des pres­sions sur elle pour qu’elle comp­ta­bi­lise le tout afin que son tes­tament re­flète ce « don par avance ». Ça m’a scié. Je lui ai conseillé de n’en rien faire, et sur­tout, de re­fu­ser de par­ler avec eux de son tes­tament pour ne pas avoir à don­ner d’ex­pli­ca­tions qui crée­raient des conflits.

Je sais que ma mère sou­hai­te­rait la paix dans la fa­mille, mais de­puis que ma soeur vit chez elle, on sent tou­jours une pe­tite ten­sion en pré­sence des deux autres, même si au­cun des deux ne lè­ve­rait le pe­tit doigt pour elle. Comme ils m’ont tou­jours con­si­dé­ré, en tant que gai, un peu comme un ex­tra­ter­restre, pen­sez­vous que pro­po­ser à ma mère de leur di­vi­ser ma part à moi se­rait une bonne idée ?

Ano­nyme

En fai­sant ce­la, vous vien­driez confir­mer que votre mère a er­ré en in­vi­tant sa fille à vivre gra­tui­te­ment chez elle, alors que ce n’est pas le cas. C’est un choix qu’elle a fait contre ce qu’on ap­pelle un rem­bour­se­ment en ser­vices. Si ça ne leur plaît pas, tant pis pour eux. Votre mère sou­haite un par­tage égal à son décès et sa dé­ci­sion lui ap­par­tient. Conti­nuez à la sou­te­nir mo­ra­le­ment et veillez à évi­ter que les autres ne conta­minent trop l’at­mo­sphère.

Le vrai ca­deau que nous fait la vie

Le Ré­gi­nald de ce ma­tin qui re­mer­ciait la vie de lui avoir per­mis de vivre jus­qu’à 80 ans et qui ex­pri­mait son en­vie de pro­fi­ter du reste du che­min qui lui se­ra prê­té, tout au­tant que votre ré­ponse dans la­quelle vous in­sis­tez sur l’im­por­tance de sa­voir ap­pré­cier notre vie, parce que jus­te­ment elle nous est prê­tée, me donnent en­vie de pour­suivre.

Même si c’est vrai que la vie est un ca­deau, vous ad­met­trez que d’un hu­main à l’autre, les boîtes ne se res­semblent pas. Il y a des ca­deaux pas mal plus beaux que d’autres. Et y’a pas grand monde par­mi ceux qui ont hé­ri­té d’un beau ca­deau qui se­rait prêt à l’échan­ger pour un moins beau.

Quand quel­qu’un vient me dire : « Chus as­sez pas chan­ceux, moi ! Mon au­to est bri­sée, mon toas­ter ne fonc­tionne plus et mon fri­go m’a lâ­ché », je lui ré­ponds tou­jours : « Oui, mais toi, t’as une au­to, un fri­go et un toas­ter, con­trai­re­ment à d’autres qui doivent s’en pas­ser ! »

Gi­nette Com­ment ne pas se conten­ter de mé­di­ter vos très justes pro­pos sur ce su­jet ? Mer­ci Gi­nette.

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