Mais où est Jus­tin ?

Le Journal de Montreal - - LA UNE - RI­CHARD MAR­TI­NEAU

Oh qu’il parle bien, notre pre­mier mi­nistre fé­dé­ral !

Les droits des femmes, bla­bla­bla. L’en­vi­ron­ne­ment, bla­bla­bla. Les Pre­mières Na­tions, bla­bla­bla.

À l’aise, en contrôle, avec juste ce qu’il faut d’émo­tion.

LES TEMPES GRISES

Et que dire de son nou­veau dé­gui­se­ment – cette bar­bi­chette poivre et sel qu’il a trou­vée dans le fond de sa malle, entre un tur­ban sikh, une tu­nique de fa­kir et une paire de ba­bouches ?

Ça lui sied à mer­veille, ajou­tant à sa per­son­na­li­té un je-ne-sais-quoi de sa­gesse et de ma­tu­ri­té…

Par­ti, le pe­tit gars au nom­bril hu­mide, place au chef d’État ex­pé­ri­men­té !

Qui sait ? Dans six mois, on le ver­ra peut-être avec une pipe, ré­flé­chis­sant à voix haute sur l’état du monde de­vant un foyer, un at­las ou­vert sur un gué­ri­don…

Bref, quand vient le temps de par­ler, notre Jus­tin na­tio­nal n’a pas son pa­reil.

Mais quand vient le temps d’agir, par contre, comme c’est le cas pré­sen­te­ment avec le blo­cus des voies fer­rées, notre PM est aus­si à l’aise qu’un pois­son sur une planche à re­pas­ser.

Mais où est Jus­tin ?

Il est par­ti prendre son Bo­vril, voyons !

UNE SI­TUA­TION EX­PLO­SIVE

Je sais ce que vous al­lez me dire…

« L’af­faire est pour­tant simple : un ci­toyen déso­béit à la loi ? En­voie la po­lice l’ar­rê­ter, mer­ci, bon­soir. »

En théo­rie, ef­fec­ti­ve­ment, l’af­faire est simple.

Mais en pra­tique, ce ne l’est pas. Car les ci­toyens qui bloquent ac­tuel­le­ment des voies fer­rées et prennent le pays par les bi­joux de fa­mille sont des membres des Pre­mières Na­tions.

Et en cette ère de rec­ti­tude po­li­tique exa­cer­bée, où l’on grimpe dans les ri­deaux dès qu’un Blanc ose – ô scan­dale ! – faire des su­shis dans sa cui­sine, on ne ba­dine pas avec les Pre­mières Na­tions.

Pas un ga­la, un spec­tacle ou un évé­ne­ment qui com­mence sans qu’un an­non­ceur nous rap­pelle, sur un ton grave et dra­ma­tique, que

« la per­for­mance que vous al­lez voir ce soir se dé­roule en ter­ri­toire au­toch­tone non cé­dé »…

Alors, ima­gi­nez ce qui ar­ri­ve­rait si la po­lice char­geait dans le tas et ar­rê­tait les fau­tifs !

Les images fe­raient le tour du monde en trois se­condes et de­mie.

« Re­gar­dez comment on traite les membres des Pre­mières Na­tions au pays de Jus­tin Tru­deau ! L’ONU de­vrait s’en mê­ler ! »

L’image de notre pre­mier mi­nistre vo­le­rait en éclats.

Et il tient à son image, Jus­tin. Après tout, c’est tout ce qu’il a…

MARC GAR­NEAU IS IN THE HOUSE !

Donc, il tente de ga­gner du temps.

D’au­tant plus qu’il est en Afrique, en train de faire ce qu’il aime le plus au monde : par­ler.

La gran­deur de l’Afrique, bla­bla­bla.

La culpa­bi­li­té de l’Oc­ci­dent, bla­bla­bla.

L’im­por­tance de faire en­trer le Ca­na­da au Conseil de sé­cu­ri­té, bla­bla­bla.

Et puis, pour­quoi ra­pa­trier le PM quand Marc Gar­neau est si bien en selle, à Ot­ta­wa ?

Il fal­lait voir le mi­nistre du Trans­port pel­le­ter ce pro­blème dans la cour du Qué­bec.

Al­lez les ar­rê­ter, ces Amé­rin­diens, ce n’est pas notre pro­blème !

Ah non ? Le dos­sier des Pre­mières Na­tions ne re­lève pas du fé­dé­ral ?

Ben cou­donc.

Je suis peut-être alar­miste, mais je trouve (ex­cu­sez l’ap­pro­pria­tion cultu­relle) que toute cette his­toire com­mence drô­le­ment à sen­tir la la­sagne…

Le dos­sier des Pre­mières Na­tions ne re­lève pas du fé­dé­ral ? Ben cou­donc.

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