La dan­ge­reuse do­mi­na­tion de Bell

Le Journal de Montreal - - LA UNE - MICHEL GI­RARD

BCE est la plus grande en­tre­prise de com­mu­ni­ca­tions du Ca­na­da, avec 22 mil­lions d’abon­nés.

« Notre en­ver­gure, qui s’ex­plique par notre im­por­tante clien­tèle, la por­tée de nos ré­seaux sur fil et sans fil de même que notre ca­pa­ci­té à vendre en nous ap­puyant sur dif­fé­rents ca­naux de dis­tri­bu­tion consti­tuent un avan­tage concur­ren­tiel clé », af­firme la com­pa­gnie.

Voi­là pour­quoi, comme le dit son slo­gan, « La vie est Bell » chez BCE !

Et elle le se­ra da­van­tage si le CRTC et le Bu­reau de la con­cur­rence Ca­na­da donnent à BCE l’aval pour mettre le grap­pin sur Groupe V Mé­dia, qui com­prend le ré­seau de télé gé­né­ra­liste V et les ac­tifs nu­mé­riques, dont le ser­vice de vi­déo sur de­mande sou­te­nu par la pu­bli­ci­té, Noo­vo.ca.

Un tel feu vert per­met­trait ain­si à BCE d’aug­men­ter consi­dé­ra­ble­ment sa pré­sence dans le mar­ché fran­co­phone du Qué­bec, d’au­tant que sa fi­liale Bell Mé­dia offre main­te­nant 6000 heures de conte­nu fran­co­phone ex­clu­sif sur Crave, y com­pris les ver­sions fran­çaises de la pro­gram­ma­tion de Show­time et de HBO. À ce­la s’ajoutent les chaînes fran­co­phones VRAK, Z, Ca­nal Vie, Ca­nal D, RDS et Su­per Écran.

Évi­dem­ment, la forte aug­men­ta­tion de la pré­sence de Bell Mé­dia dans le mar­ché fran­co­phone qué­bé­cois est crainte comme la peste par Québecor en rai­son de « l’avan­tage concur­ren­tiel clé » que dé­tient BCE avec sa « ca­pa­ci­té à vendre » de la pu­bli­ci­té en s’ap­puyant sur ses mul­tiples ca­naux de dis­tri­bu­tion.

NE JOUONS PAS À L’AU­TRUCHE

Ad­ve­nant le feu vert du CRTC et du Bu­reau de la con­cur­rence, BCE dis­pose d’énormes moyens fi­nan­ciers pour re­lan­cer la télé gé­né­ra­liste V et en faire un sé­rieux concur­rent de TVA et de Ra­dio-Ca­na­da, tant au ni­veau des émis­sions de va­rié­tés, des séries de fic­tion et même de l’in­for­ma­tion.

Ain­si par l’en­tre­mise de V, la fi­liale

Bell Mé­dia de BCE vien­dra pui­ser al­lè­gre­ment dans l’aide fi­nan­cière ré­ser­vée aux pro­duc­tions fran­co­phones, tout en ac­ca­pa­rant une part im­por­tante de la tarte pu­bli­ci­taire consa­crée à la dif­fu­sion d’émis­sions en fran­çais.

On s’en­tend que la force de vente pu­bli­ci­taire de BCE a les « moyens » non seule­ment de cou­per les prix, mais de né­go­cier en outre des « deals » fort avan­ta­geux pour les an­non­ceurs.

Consé­quences de cette force de frappe pu­bli­ci­taire de BCE ? Nos grands dif­fu­seurs fran­co­phones TVA et Ra­dio-Ca­na­da, et même Télé-Qué­bec, risquent de voir leurs re­ve­nus pu­bli­ci­taires chu­ter pas­sa­ble­ment au pro­fit de Bell Mé­dia.

C’est ce qui les at­tend si Groupe V de­vient pro­prié­té de Bell Mé­dia.

LES CHIFFRES PARLENT

Québecor a beau oc­cu­per une place en­viable au Qué­bec dans le sec­teur fran­co­phone des com­mu­ni­ca­tions, il fait fi­gure de pe­tit joueur à l’échelle ca­na­dienne.

Pour vous mon­trer à quel point BCE est gi­gan­tesque, sa­chez que sa ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière (va­leur to­tale de ses ac­tions) s’élève pré­sen­te­ment à 58,2 mil­liards de dol­lars. C’est 6,9 fois la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière de Québecor, la­quelle ap­proche les 8,5 mil­liards de dol­lars.

Le vo­lume d’af­faires ? BCE : 23,5 mil­liards $ en 2018. C’était 5,6 fois plus gros que ce­lui de Québecor avec ses 4,2 mil­liards $ de re­ve­nus.

Et con­cer­nant plus spé­ci­fi­que­ment les fi­liales mé­dia­tiques, le vo­lume d’af­faires de Bell Mé­dia at­tei­gnait les 3,2 mil­liards $, soit 4,4 fois ce­lui des mé­dias de Québecor (729 mil­lions $).

Conclu­sion : l’ac­qui­si­tion de V par BCE me­nace fi­nan­ciè­re­ment non seule­ment Québecor, mais éga­le­ment Ra­dio-Ca­na­da et Télé-Qué­bec.

PHO­TO D’AR­CHIVES, DO­MI­NIQUE SCALI

Le siège so­cial de Bell Ca­na­da, dans l’ar­ron­dis­se­ment Ver­dun, à Mon­tréal. La ma­jo­ri­té des di­ri­geants de Bell sont lo­ca­li­sés à To­ron­to

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.