Le style « Le­gault 2002 »

Le Journal de Montreal - - OPINIONS - AN­TOINE ROBITAILLE Blo­gueur au Jour­nal an­[email protected]­be­cor­me­dia.com

Trou­ver des ter­rains pour construire des écoles est cer­tai­ne­ment un but louable.

Même les dé­pu­tés des op­po­si­tions qui pour­fendent le fa­meux amen­de­ment sur­prise du mi­nistre Jean-Fran­çois Ro­berge en conviennen­t.

Ce­lui-ci im­pose aux villes de cé­der gra­tui­te­ment des ter­rains aux nou­veaux « centres de ser­vices sco­laires » pour y construire des écoles. Un amen­de­ment de sept pages dé­po­sé en fin de bâillon, ven­dre­di.

VILLES PAS PRESSÉES

Dans plu­sieurs villes, il est « urgent » de construire de nou­velles écoles. On rogne de­puis trop long­temps sur les cours de ré­créa­tion, on ferme des bi­blio­thèques. En der­nier re­cours, on achète des « ins­tal­la­tions mo­du­laires tem­po­raires »… ma­nière lé­ni­fiante pour dire rou­lottes ou mai­sons mo­biles.

Les villes ont une res­pon­sa­bi­li­té dans ce re­tard. Elles ne se pressent sou­vent pas puisque construire des écoles lui rap­porte moins que des rues de mai­sons uni­fa­mi­liales ou, mieux, des tours en co­pro­prié­té.

Et quand elles fi­nissent par se dé­ci­der, elles offrent trop sou­vent des ter­rains sous des py­lônes, sur des terres conta­mi­nées, près des au­to­routes, etc., bref, « pas d’al­lure ». Le terme est ce­lui de l’an­cienne pré­si­dente de la « dé­funte » Com­mis­sion sco­laire de Mon­tréal,

Ca­the­rine Ha­rel-Bour­don, pour qua­li­fier ceux que lui avait pro­po­sés l’ad­mi­nis­tra­tion Co­derre, en oc­tobre 2017. « Je suis aba­sour­die par les pro­po­si­tions. Ça n’a pas de bon sens », pes­tait-elle.

Avec la loi 40, le rap­port de force des centres de ser­vices se­ra donc amé­lio­ré. Ce­la pour­rait conduire à une meilleure pla­ni­fi­ca­tion ur­baine où les villes ces­se­raient de re­gar­der de haut les au­to­ri­tés sco­laires lo­cales.

TRUMP

Ce n’est ce­pen­dant pas parce que le pou­voir a un but louable qu’il peut faire les choses n’im­porte comment.

D’ac­cord, il est ai­sé pour un « gé­rant d’es­trade » comme moi de le dire. Mais plu­sieurs fautes du gou­ver­ne­ment Le­gault sautent aux yeux dans cette af­faire.

D’abord, pour­quoi avoir es­ca­mo­té les dé­bats sur cette ques­tion ? Pour­quoi ne pas s’être ex­pli­qué sur la place pu­blique ? Pour­quoi ne pas avoir ten­té de convaincre les op­po­si­tions qui, pour le coup, au­raient été bien mal pla­cées de mettre « les en­fants au coeur des prio­ri­tés »… et non les villes ou les pro­mo­teurs ?

Pour­quoi dia­bo­li­ser les villes et ne pas pro­po­ser de les com­pen­ser d’une cer­taine ma­nière lors des né­go­cia­tions du pacte fis­cal ? Pour­quoi avoir at­ten­du après ?

Toute com­pa­rai­son avec l’ac­tuel pré­sident des États-Unis re­vêt un as­pect spé­cieux, bien sûr. Mais dans la ma­nière Le­gault-Ro­berge, il y a quelque chose qui rap­pelle l’art de né­go­cier à la Trump : on com­mence avec un coup de poing au vi­sage du « par­te­naire ». On dis­cute après.

Re­mar­quez, ça rap­pelle le Fran­çois Le­gault de 2002, soit bien avant le beau

Dans la ma­nière Le­gault-Ro­berge, il y a quelque chose qui rap­pelle l’art de né­go­cier à la Trump : on com­mence avec un coup de poing au vi­sage du « par­te­naire ». On dis­cute après.

dis­cours du 18 oc­tobre 2018 où il mit en avant la de­vise « proxi­mi­té, hu­ma­ni­té, ou­ver­ture ».

Le Le­gault 2002, ce sont les ba­tailles fron­tales avec les uni­ver­si­tés (pour im­po­ser les contrats de per­for­mances), puis avec les mé­de­cins spé­cia­listes (sur la ré­mu­né­ra­tion).

Ce Le­gault certes vo­lon­taire, mais mal­ha­bile, opère un re­tour avec la loi 40 : il a un but ab­so­lu­ment louable, mais en bull­do­zant, il risque in­uti­le­ment de ra­ter sa so­lu­tion et peut-être même d’ag­gra­ver le pro­blème.

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