Ba­taille fé­roce pour le mar­ché fran­co­phone

Québecor s’op­pose à l’ac­qui­si­tion de V télé par Bell et de­mande rien de moins que le dé­man­tè­le­ment de BCE

Le Journal de Montreal - - ARGENT - PHILIPPE ORFALI

Vé­ri­table « pré­da­trice » en voie de re­créer un « mo­no­pole » sur le mar­ché té­lé­vi­suel ca­na­dien, Bell de­vrait se voir re­fu­ser l’ac­qui­si­tion de la chaîne gé­né­ra­liste V télé, a mar­te­lé hier après-mi­di le PDG de Québecor, Pierre Karl Pé­la­deau.

D’abord ré­vé­lé en juillet par Le Jour­nal, l’achat de V par Bell au coût de 20 mil­lions $ doit en­core être ap­prou­vé par le Conseil de la ra­dio­dif­fu­sion et des té­lé­com­mu­ni­ca­tions ca­na­diennes (CRTC).

Et le pré­sident et chef de la di­rec­tion de Québecor, Pierre Karl Pé­la­deau, s’op­pose ca­té­go­ri­que­ment à cette tran­sac­tion, al­lant même jus­qu’à ap­pe­ler le CRTC à « dé­man­te­ler » Bell.

IN­QUIÉ­TUDE POUR LES RE­VE­NUS

Le ma­gnat de la presse a dit par­ti­cu­liè­re­ment s’in­quié­ter de l’impact de la tran­sac­tion sur les re­ve­nus pu­bli­ci­taires des autres mé­dias qué­bé­cois.

En ache­tant la chaîne V, Bell ac­ca­pa­re­rait près de la moi­tié des re­ve­nus pu­bli­ci­taires dans le sec­teur de la té­lé­vi­sion. Québecor plaide que Bell dé­tien­drait un avan­tage im­mense pour ache­ter des films et des séries à l’in­ter­na­tio­nal, au dé­tri­ment des autres joueurs de l’in­dus­trie qué­bé­coise comme le Groupe TVA.

À titre com­pa­ra­tif, Bell a en­gran­gé des re­ve­nus de 2,1 mil­liards de dol­lars l’an der­nier, contre 1,2 mil­liard de dol­lars pour Ra­dio-Ca­na­da et 381 mil­lions de dol­lars pour TVA, a-t-il dit.

« Québecor est éga­le­ment pré­sente dans plu­sieurs sphères d’ac­ti­vi­tés, que ce soit les jour­naux, la té­lé­vi­sion et les té­lé­com­mu­ni­ca­tions, a re­con­nu M. Pé­la­deau. Son em­preinte est tou­te­fois uni­que­ment éten­due au mar­ché fran­co­phone. »

Québecor et Bell sont dé­jà en con­cur­rence sur plu­sieurs fronts, de la câ­blo­dis­tri­bu­tion à la té­lé­pho­nie cel­lu­laire,

« [L’ACHAT DE V] EST NÉ­CES­SAIRE POUR AMÉ­LIO­RER NOTRE COM­PÉ­TI­TI­VI­TÉ [...] FACE À TVA ET RA­DIO-CA­NA­DA. » – Ka­rine Moses, pré­si­dente de Bell et Bell Mé­dia au Qué­bec

« BELL, C’EST PLUS QU’UNE PIEUVRE MUL­TI TEN­TA­CU­LAIRE, C’EST UN DAN­GER PU­BLIC » – Pierre Karl Pé­la­deau, PDG de Québecor

en pas­sant par les chaînes spé­cia­li­sées. Mais l’achat de V par la so­cié­té to­ron­toise se­rait sa pre­mière in­cur­sion en té­lé­vi­sion gé­né­ra­liste de langue fran­çaise. Bell est dé­jà pro­prié­taire du ré­seau an­glo­phone CTV.

En fait, Bell pos­sède ac­tuel­le­ment pas moins de 30 sta­tions de té­lé­vi­sion à tra­vers le Ca­na­da, 109 sta­tions de ra­dio et plus de 200 sites web, en plus d’être pro­prié­taire de ser­vices de pro­duc­tions, de di­ver­tis­se­ments, de té­lé­com­mu­ni­ca­tions et d’équipes spor­tives.

DES PRO­MESSES, PEU D’EN­GA­GE­MENTS

En ma­ti­née, la pré­si­dente de Bell et Bell Mé­dia au Qué­bec, Ka­rine Moses, a dé­fen­du cette tran­sac­tion. Elle a fait va­loir que, même si Bell oc­cupe un rôle pré­do­mi­nant dans le pay­sage mé­dia­tique ca­na­dien, sa pré­sence au Qué­bec de­meure in­fé­rieure à celle de ses concur­rents, en té­lé­vi­sion du moins.

« Bell Mé­dia est la meilleure des­ti­na­tion pour les sta­tions V, car l’ajout de la té­lé­vi­sion tra­di­tion­nelle com­plète par­fai­te­ment nos ser­vices exis­tants », a fait va­loir Mme Moses. « Nous au­rons ac­cès aux larges au­di­toires qu’offre la té­lé­vi­sion tra­di­tion­nelle et Bell Mé­dia pour­ra sou­te­nir V fi­nan­ciè­re­ment, stra­té­gi­que­ment et sur le plan de l’exploitati­on. »

« L’en­vi­ron­ne­ment concur­ren­tiel a chan­gé. Et il faut nous rendre à l’évi­dence. Il se­ra de plus en plus dif­fi­cile, voire im­pos­sible, pour un groupe non in­té­gré comme le nôtre d’ex­ploi­ter une chaîne gé­né­ra­liste de fa­çon ren­table », a ren­ché­ri le pré­sident du Groupe V Mé­dia, Maxime Ré­millard.

Cons­cient du « contexte par­ti­cu­lier » de la vente de V au géant des té­lé­com­mu­ni­ca­tions Bell, le CRTC a pro­mis dès le dé­but des au­diences, hier, de por­ter une at­ten­tion par­ti­cu­lière aux im­pacts po­ten­tiels de cette tran­sac­tion sur le pay­sage té­lé­vi­suel de langue fran­çaise au pays.

PHO­TOS AGENCE QMI, MA­RIO BEAU­RE­GARD

Ka­rine Moses, pré­si­dente de Bell et Bell Mé­dia au Qué­bec, et le grand pa­tron de Québecor, Pierre Karl Pé­la­deau, se sont af­fron­tés, hier, lors d’au­diences du CRTC, à Mon­tréal.

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