Pour­quoi Pa­ra­site et pas Les Bou­gon ?

Le Journal de Montreal - - JM JEUDI - GUY FOUR­NIER guy.four­nier @que­be­cor­me­dia.com

C’est im­pos­sible pour un Qué­bé­cois de voir Pa­ra­site sans pen­ser au film Vo­tez Bou­gon ou à la sé­rie Les Bou­gon, c’est aus­si ça la vie !

Pour­quoi le film sud-co­réen fait-il un pa­reil ta­bac à tra­vers le monde, alors que Vo­tez Bou­gon, sé­quelle de la sé­rie qui a do­mi­né les cotes d’écoute de Ra­dioCa­na­da, n’a eu, à ma connais­sance, au­cune cri­tique fa­vo­rable ?

Vo­tons Bou­gon a tout au plus ter­mi­né au 2e rang du box-of­fice qué­bé­cois de 2016 avec 270 390 en­trées. On est très loin des ré­sul­tats de Pa­ra­site : presque 200 mil­lions de dol­lars de re­cettes jus­qu’à ce jour, dont 72 mil­lions $ seule­ment en Co­rée du Sud.

Di­manche der­nier, le long mé­trage du réa­li­sa­teur Bong Joon-ho a fait une en­trée fra­cas­sante dans l’his­toire du ci­né­ma en de­ve­nant le pre­mier film en langue étran­gère à ga­gner l’Os­car du meilleur film, le tro­phée le plus convoi­té du ga­la an­nuel de Hol­ly­wood. Pa­ra­site a ga­gné trois autres tro­phées, dont ceux du meilleur réa­li­sa­teur et du meilleur scé­na­rio ori­gi­nal.

DES THÈMES SEM­BLABLES

Comme dans Les Bou­gon ,la so­li­da­ri­té fa­mi­liale est un des thèmes prin­ci­paux de Pa­ra­site.

Le film est aus­si un jeu de dupes entre une fa­mille pauvre et une fa­mille hon­teu­se­ment riche. Tou­jours comme dans la sé­rie de Fran­çois Avard, Pa­ra­site dé­crit un monde n’ayant d’autre idéal que la ri­chesse, un monde sans mo­rale où l’homme est un loup pour l’homme.

J’ai vu Pa­ra­site au mi­lieu de jan­vier, pous­sé à le faire par des amis en­thou­siastes que le film avait dé­con­te­nan­cés. Au­cun d’entre eux ne criait au chefd’oeuvre, mais tous don­naient l’im­pres­sion d’avoir vu une oeuvre qui les dé­pas­sait. Un film dont ils re­fu­saient de dis­cu­ter, moins parce qu’ils ne vou­laient pas être des di­vul­gâ­cheurs que parce qu’ils n’ar­ri­vaient pas à en cer­ner toutes les im­pli­ca­tions po­li­tiques et so­ciales.

Moi aus­si, je suis sor­ti du ci­né­ma très per­plexe. Tout au long de la re­pré­sen­ta­tion, j’avais été aga­cé par ce qui me sem­blait des in­vrai­sem­blances que le scé­na­riste ar­ri­vait à chaque fois à rat­tra­per. Comme s’il vou­lait se mo­quer du spec­ta­teur. C’est en ré­flé­chis­sant par la suite que j’ai com­pris que chaque fois que je pres­sen­tais ce qui al­lait suivre, le scé­na­riste dé­jouait mes at­tentes pour m’en­traî­ner ailleurs.

Le meilleur exemple de ce que j’es­saie d’ex­pli­quer est bien le re­tour in­opi­né, plus qu’at­ten­du, des riches pro­prié­taires de la mai­son que squattent les Ki-taek. L’ar­ri­vée des Park dé­clenche une sé­rie de si­tua­tions dan­tesques me­nant à un dé­noue­ment tra­gique, tout aus­si in­at­ten­du et ex­tra­va­gant que l’épi­logue lui-même.

UNE LE­ÇON

Il y a pour le ci­né­ma qué­bé­cois une grande le­çon à ti­rer des suc­cès de Pa­ra­site, un film pro­fon­dé­ment sin­gu­lier qui s’est im­po­sé avec une his­toire co­réenne et des ac­teurs in­con­nus à l’ex­té­rieur de leur pays. L’his­toire des Bou­gon était tout aus­si sin­gu­lière que celle de

Pa­ra­site. L’énorme dif­fé­rence entre les deux films se si­tue dans le scé­na­rio.

Le scé­na­rio de Vo­tons Bou­gon était in­si­gni­fiant et pré­vi­sible, alors que ce­lui de Pa­ra­site est com­plexe, four­mille de re­bon­dis­se­ments et est im­pos­sible à prendre au pre­mier de­gré. C’était loin d’être le cas de l’autre.

Des films qué­bé­cois pour­raient très bien connaître le suc­cès de

Pa­ra­site le jour où on met­tra en chan­tier des scé­na­rios ache­vés plu­tôt que des brouillons mal fi­ce­lés.

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