Guy Nan­tel : un jo­ker en po­li­tique

Le Journal de Montreal - - JM VENDREDI - SO­PHIE DU­RO­CHER so­phie.du­ro­cher @que­be­cor­me­dia.com

On connaît les ho­mo­phobes, les gros­so­phobes, les xé­no­phobes. Mais connais­sez-vous les hu­mo­ro­phobes ? Ils consi­dèrent qu’hu­mo­riste n’est pas un mé­tier as­sez noble pour se pré­sen­ter en po­li­tique.

Quand Guy Nan­tel a an­non­cé hier qu’il se pré­sen­tait à la chef­fe­rie du PQ, cer­tains l’ont trai­té d’« Amu­seur pu­blic », de « Clown » ou y ont vu le signe que le « co­mi­co-po­pu­lisme » al­lait en­va­hir le Québec.

C’est bi­zarre, quand même. Les hu­mo­ristes sont par­tout, par­tout, par­tout. Mais il fau­drait qu’ils se tiennent loin de la po­li­tique. C’est une blague ?

JUSTE POUR RIRE

Au Québec, ce n’est pas la pre­mière fois qu’un ar­tiste se lance en po­li­tique : pen­sons au co­mé­dien Pierre Cur­zi (qui nous a bien fait rire dans la cé­lèbre scène de bran­lette du Dé­clin de De­nys Ar­cand) ou le co­mé­dien Ma­ka Kot­to (qui a joué dans la co­mé­die Comment faire l’amour avec un nègre sans se fa­ti­guer).

Yves Duteil a été maire pen­dant 25 ans de Pré­cy-sur-Marne, en France.

Si le gars qui gratte sa gui­tare en chan­tant « En écou­tant chan­ter les gens de ce pays » a pu se lan­cer au mu­ni­ci­pal, pour­quoi le gars qui fait de l’hu­mour po­li­tique, qui fait des vox pop po­li­tiques et qui a écrit un brillant essai po­li­tique (Je me

sou­viens… de rien) ne pour­rait pas se lan­cer… en po­li­tique ? Yves Duteil a dé­jà dit : « Quand vous êtes un ar­tiste connu et que vous ren­con­trez le pu­blic, le contact est bref et il est rare que vous vous sou­ve­niez des gens. En tant que maire, le contact avec les ha­bi­tants vous oblige à les re­gar­der, les écou­ter, les res­pec­ter. Avoir été maire a chan­gé ma vie. »

Et si la po­li­tique chan­geait la vie de Guy Nan­tel, ça ne se­rait pas drôle, ça ?

Clint East­wood a été maire de Car­mel en Ca­li­for­nie. Ar­nold Sch­war­ze­neg­ger, gou­ver­neur de la Ca­li­for­nie. Ro­nald Rea­gan, pré­sident des États-Unis.

Il ne fau­drait pas ou­blier qu’une des po­li­ti­ciennes les plus ado­rées de la gauche s’ap­pelle Alexan­dria Oca­sio-Cor­tez, et que lors­qu’elle s’est lan­cée en po­li­tique elle était… bar­maid. C’est au­jourd’hui la plus jeune can­di­date élue au Con­grès amé­ri­cain.

Si une fille qui sert des verres peut de­ve­nir re­pré­sen­tante de New York, pour­quoi un gars qui sert des blagues ne pour­rait pas de­ve­nir le pre­mier pré­sident de la Ré­pu­blique du Québec ?

PRÉ­SIDENT NAN­TEL ?

Hier, Guy Nan­tel a dé­cla­ré : « Ja­mais de l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, un peuple qui a été co­lo­ni­sé, un coup qu’il est de­ve­nu sou­ve­rain a en­suite sou­hai­té re­ve­nir avec son co­lo­ni­sa­teur. » Or, c’est exac­te­ment la pré­misse de la sé­rie de Ra­dio-Ca­na­da

La Mai­son Bleue, qui a pris l’af­fiche hier sur tou.tv.

Alors que le Québec est in­dé­pen­dant de­puis 1995, un son­dage in­dique qu’une ma­jo­ri­té de Qué­bé­cois sou­haitent re­ve­nir dans le gi­ron ca­na­dien.

Dans l’épi­sode 4, alors qu’on parle d’échan­ger des ter­ri­toires au nord du 53e pa­ral­lèle, le vice-pré­sident du Québec, un gros co­lon pas de classe, af­firme : « Nos élec­teurs savent pas c’est quoi un pa­ral­lèle. Ils pensent que c’est une fa­çon de se par­quer. »

Au dé­but, je trou­vais cette ré­plique mé­pri­sante pour les élec­teurs qué­bé­cois. Mais quand on y pense, c’est le genre de ré­ponse qu’on au­rait ob­te­nu dans un vox pop… de Guy Nan­tel.

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