Ai­der son frère à se sor­tir du pé­trin

Na­dya Mi­chel a dé­ve­lop­pé une ex­per­tise unique pour pré­ve­nir les in­toxi­ca­tions au mo­noxyde de car­bone

Le Journal de Montreal - - ARGENT - SYL­VIE LEMIEUX Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

En 2010, Na­dya Mi­chel a mis son pro­jet de re­tour aux études de cô­té pour fon­der Ges­tion Mo­nox, qui se spé­cia­lise dans la pré­ven­tion des in­toxi­ca­tions au mo­noxyde de car­bone sur les sites d’ex­ca­va­tion à l’ex­plo­sif. Elle n’y connais­sait pas grand-chose, à l’époque, mais elle se de­vait d’agir. Sa mo­ti­va­tion pro­fonde ? Ai­der son frère à « se sor­tir du pé­trin ».

« Comme co­pro­prié­taire d’une en­tre­prise de dy­na­mi­tage, il avait un gros pro­blème sur les bras, soit les in­fil­tra­tions de mo­noxyde de car­bone liées aux tra­vaux de dy­na­mi­tage, ex­plique-t-elle. Les chan­tiers étaient sou­vent stop­pés à cause des risques que ce­la re­pré­sen­tait, mais il n’exis­tait pas vrai­ment de pro­cé­dures pour les pré­ve­nir. »

Lorsque son frère lui a ra­con­té ses dif­fi­cul­tés, « quelque chose a vi­bré en moi », ra­conte Na­dya, qui dé­si­rait jus­te­ment se lan­cer à son compte sans trop sa­voir dans quel do­maine se lan­cer.

Elle ve­nait de quit­ter l’en­tre­prise de cons­truc­tion qu’elle avait co­fon­dée avec son ex-conjoint et pro­je­tait d’étu­dier en ges­tion en at­ten­dant de trou­ver la bonne idée. Elle n’est fi­na­le­ment ja­mais re­tour­née sur les bancs d’école…

UNE AU­TO­DI­DACTE

Elle a in­cor­po­ré son en­tre­prise dès le len­de­main de la conver­sa­tion avec son frère.

« Je n’avais au­cune idée dans quoi je m’em­bar­quais. J’ai éplu­ché toute la littératur­e sur le su­jet, lu de nom­breux rap­ports d’ex­perts, pour fi­na­le­ment mon­ter une pro­cé­dure d’in­ter­ven­tion et ap­por­ter une so­lu­tion à ce pro­blème qui re­pré­sente un dan­ger pour la po­pu­la­tion. »

Lors de tra­vaux de dy­na­mi­tage, du mo­noxyde de car­bone est pro­duit. Si ce gaz in­odore ne se dis­sipe pas à l’air libre, il peut se dé­pla­cer dans le sol vers des bâ­ti­ments, des puits d’ac­cès pour ser­vices pu­blics ou d’autres en­droits res­treints et mal ven­ti­lés. Il peut s’in­fil­trer sur un large pé­ri­mètre, et ce, pen­dant plu­sieurs jours au risque d’in­toxi­quer les per­sonnes qui vivent ou tra­vaillent près du chan­tier.

Na­dya Mi­chel s’est donc mise à al­ler d’un chan­tier à l’autre par­tout en province pour ai­der les en­tre­prises de dy­na­mi­tage à mettre en place les me­sures pré­ven­tives.

« Je par­cou­rais 50 000 km par an­née.

J’ai dor­mi sou­vent dans ma voi­ture », ra­conte-t-elle.

Les dé­buts ont été dif­fi­ciles. Il lui a fal­lu bri­ser plu­sieurs bar­rières avant de faire sa place dans un mi­lieu somme toute her­mé­tique. « Les gens di­saient que je n’avais rien à leur ap­prendre. En plus, j’étais une femme et, pire, la soeur de l’autre… »

TOU­CHER LE FOND

Après trois ans, elle s’est de­man­dé si ça va­lait la peine de conti­nuer. Son prin­ci­pal client ve­nait de la lâ­cher. De plus, plu­sieurs en­tre­prises de dy­na­mi­tage dé­cla­raient faillite, les chan­tiers se fai­sant plus rares qu’au­jourd’hui.

« J’ai tou­ché le fond… J’ai ac­cep­té un em­ploi au Cost­co pour prendre une pause des af­faires. Et j’ai fait ap­pel à une coach pour m’ai­der à y voir plus clair. Ç’a été un tour­nant. J’ai consi­dé­ré les choses sous un autre angle. Il exis­tait bien une norme pour en­ca­drer les tra­vaux d’ex­ca­va­tion par sau­tage, j’avais d’ailleurs contri­bué à sa créa­tion, mais per­sonne ne s’en oc­cu­pait vrai­ment. La seule qui pou­vait y voir, c’était moi. »

Sa clien­tèle s’est di­ver­si­fiée. De grandes en­tre­prises de cons­truc­tion comme Po­mer­leau, des firmes d’in­gé­nie­rie ont co­gné à sa porte, in­té­res­sées par son ex­per­tise. Des mu­ni­ci­pa­li­tés, des ser­vices des in­cen­dies de par­tout au Qué­bec font aus­si ap­pel à elle pour im­plan­ter ou amé­lio­rer leurs pro­cé­dures. Et elle donne des confé­rences un peu par­tout.

Na­dya Mi­chel est plus que fière du che­min par­cou­ru en 10 ans. « Je me sens de plus en plus à l’aise dans ce mi­lieu. Il y a un as­pect tech­nique à mon tra­vail qui me plaît beau­coup. Mais plus que tout, on contri­bue à sau­ver des vies. Et on aide des en­tre­pre­neurs à bien gé­rer leurs risques et pré­ve­nir d’éven­tuelles pour­suites. »

PHO­TO BEN PELOSSE

Na­dya Mi­chel a fon­dé Ges­tion Mo­nox, qui compte deux em­ployés en plus de faire af­faire avec une di­zaine de tech­ni­ciens en haute sai­son.

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