Le Journal de Montreal

Pas fa­cile de se faire dé­pis­ter

- JO­SÉE LE­GAULT World Health Organization · Montreal · François Legault

La ba­taille contre le co­ro­na­vi­rus va être dure et longue, pré­vient le pre­mier mi­nistre Fran­çois Le­gault. Pour bien la me­ner, les au­to­ri­tés mar­tèlent deux mes­sages dé­ter­mi­nants. 1) Il faut apla­tir la courbe des conta­mi­na­tions à la COVID-19. 2) Les ci­toyens doivent aus­si y contri­buer en sui­vant les consignes de la san­té pu­blique. Très vrai.

Pour apla­tir la courbe, mul­ti­plier les tests de dé­pis­tage est tout aus­si vi­tal. La com­mande de l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS) est cris­tal­line : « tes­ter, tes­ter, tes­ter ! » Plus vite on mul­ti­plie les tests, plus vite on trouve des per­sonnes in­fec­tées, plus vite elles peuvent s’iso­ler, plus vite on les em­pêche de conta­mi­ner leurs proches et la com­mu­nau­té.

Or, il y a en­core du sable dans l’en­gre­nage. Par­ti­cu­liè­re­ment à Mon­tréal. Ob­te­nir un ren­dez-vous de dé­pis­tage par le 1 877 644-4545 – le­quel sert de pre­mier filtre au 811, le se­cond filtre – reste un dé­fi de taille. Ce n’est pas une porte d’en­trée, mais une course à obs­tacles. C’est la mai­son qui rend fou d’As­té­rix.

RE­PÉ­RER ET ISO­LER

M. Le­gault an­nonce qu’il hausse la ca­pa­ci­té à 5000 tests par jour, mais en­core faut-il pou­voir ob­te­nir un ren­dez-vous. Autre pro­blème : on filtre les de­mandes sur la base de cri­tères très spé­ci­fiques. Il est pour­tant éta­bli que des per­sonnes asymp­to­ma­tiques peuvent avoir contrac­té la COVID-19 et la pro­pa­ger sans le sa­voir. D’où l’im­por­tance de « tes­ter, tes­ter, tes­ter ».

Ayant eu cer­tains symp­tômes et proche ai­dante d’une per­sonne vul­né­rable, comme tant d’autres, j’ai été à même de le cons­ta­ter : ce sys­tème, c’est la ri­gi­di­té bu­reau­cra­tique dans toute sa splen­deur. Voi­ci d’ailleurs quelques ex­traits de mon échange d’hier avec un des gen­tils pré­po­sés de Ser­vice Qué­bec, dé­pê­chés au

1 877 644-4545 en ren­fort du 811.

Moi : « Bon­jour, j’ai­me­rais ob­te­nir un ren­dez-vous de dé­pis­tage svp. »

Pré­po­sé : « Est-ce que vous avez des symp­tômes ? » (S’en suit ma des­crip­tion.)

Pré­po­sé : « Je vais vous faire sau­ver du temps. Parce que moi, je ne suis pas in­fir­mier, je suis seu­le­ment un fonc­tion­naire qui tra­vaille sur la ligne co­ro­na­vi­rus. On trie les gens […]. Dans votre cas, c’est l’in­fir­mière qui va dé­ci­der si on vous donne un ren­dez-vous pour être tes­tée dans la cli­nique du COVID. Pour ça, il faut rac­cro­cher et faire le 811 mé­ca­ni­que­ment. Ça va être dur, pis faut le re­faire à ré­pé­ti­tion jus­qu’à tant que vous ayez la ligne. »

Moi : « Mais le 811 ne fonc­tionne pas. »

Pré­po­sé : « Ça fait long­temps que c’est comme ça, mais c’est la seule fa­çon de re­joindre une in­fir­mière. […] Faut conti­nuer de re­faire [le 811]. »

Puis, c’est le mi­racle. Une heure après, je tombe en­fin en at­tente au 811. Trois heures plus tard, une gen­tille in­fir­mière me ré­pond. Elle doit suivre son pro­to­cole et me po­ser des ques­tions pré­éta­blies. Mal­gré ce que je lui donne comme dé­tails et ma si­tua­tion de proche ai­dante, elle me re­fuse un ren­dez-vous de dé­pis­tage.

Mon cas ne coche pas toutes les cases du ques­tion­naire. Pour apla­tir la courbe du vi­rus, il faut pour­tant élar­gir le dé­pis­tage et non pas le res­treindre sur des cri­tères sus­cep­tibles d’être déjà dé­pas­sés.

Fran­çois Le­gault an­nonce qu’il hausse la ca­pa­ci­té à 5000 tests de dé­pis­tage par jour, mais en­core faut-il ob­te­nir un ren­dez-vous.

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