Le Journal de Montreal

Trans­fert « in­hu­main » d’une aî­née vers un CHSLD dé­non­cé

Co­ro­na­vi­rus ou non, la dame de 94 ans se­ra pri­vée de contacts avec sa fa­mille

- AN­NA­BELLE BLAIS swing Montreal

Une fa­mille dé­nonce le trans­fert de leur mère vers un CHSLD où elle se­ra cou­pée de contacts même vir­tuels avec ses proches, une si­tua­tion ju­gée « in­hu­maine » par le Conseil pour la pro­tec­tion des ma­lades.

« Ce n’est pas hu­main ! Des dé­mé­na­ge­ments à ré­pé­ti­tion, ce n’est pas fa­cile pour une per­sonne âgée, mais en plus, elle n’au­ra plus de contact avec nous ! Je ne com­prends pas ! » dé­plore Mi­chel Con­tant, le fils de Ma­rie-Thé­rèse Saint-Onge.

Dé­but fé­vrier, les en­fants de la dame de 94 ans ont été aver­tis que leur mère de­vait être trans­fé­rée en CHSLD, où elle re­ce­vrait da­van­tage de soins.

Mme Saint-Onge ha­bite la ré­si­dence pour per­sonnes en perte d’au­to­no­mie Ciel Bleu, si­tuée dans l’ar­ron­dis­se­ment Pointe-aux-Trembles, à Mon­tréal, de­puis qu’elle a fait deux AVC qui l’ont lais­sée avec des pertes cog­ni­tives, il y a un an.

De­puis no­vembre, elle s’ali­mente moins et ou­blie de se dé­pla­cer avec sa mar­chette, se­lon ses en­fants. Or, la fa­mille a ap­pris il y a quelques jours, en pleine crise du co­ro­na­vi­rus, que leur mère al­lait être trans­fé­rée au­jourd’hui.

« En plus, ils l’en­voient en tran­sit où elle de­vra par­ta­ger sa chambre, car les centres qu’on a de­man­dés n’ont pas de place ! » dé­plore sa fille Fran­cine Con­tant, qui a été in­fir­mière en CHSLD pen­dant 31 ans et qui ne croit pas que la si­tua­tion était ur­gente à ce point.

SANS TÉ­LÉ­PHONE NI IN­TER­NET

Et pour évi­ter la pro­pa­ga­tion du vi­rus, au­cun membre de la fa­mille ne pour­ra ac­com­pa­gner la dame déjà an­xieuse.

Pire en­core, elle se­ra vir­tuel­le­ment iso­lée de ses quatre en­fants puis­qu’au­cun four­nis­seur ne pour­ra se pré­sen­ter sur les lieux pour ins­tal­ler les ser­vices d’in­ter­net ou de té­lé­pho­nie, d’après M. Con­tant.

« Pen­dant com­bien de temps ma mère n’au­ra au­cun contact avec sa fa­mille ? » s’in­quiète quant à elle Mme Con­tant.

Paul Bru­net, pré­sident du Conseil pour la pro­tec­tion des ma­lades, juge cette si­tua­tion « in­hu­maine et in­ac­cep­table ».

« Les hé­ber­ge­ments de tran­si­tion, on dé­nonce ça de­puis des an­nées, on du monde d’un bord à l’autre. En temps nor­mal, ce n’est pas ac­cep­table, alors dans un contexte de crise, en­core moins », s’in­surge-t-il.

« COMME EN TEMPS NOR­MAL »

Le porte-pa­role du CIUSSS de l'Estde-l'Île-de-Mon­tréal Ch­ris­tian Mer­cia­ri ex­plique que les places qui se li­bèrent dans les CHSLD sont com­blées « mal­gré la si­tua­tion ac­tuelle ».

« Les soins conti­nuent d'être don­nés à nos usa­gers comme en temps nor­mal », note-t-il sans com­men­ter ce cas pré­cis.

Pour­tant, l’at­ta­chée de presse de la mi­nistre des Aî­nés Mar­gue­rite Blais, Mar­jau­rie Cô­té-Boi­leau, as­sure que « les trans­ferts de per­sonnes entre CHSLD étaient sus­pen­dus, dans la me­sure du pos­sible ».

« Cli­ni­que­ment, il a été ju­gé que le trans­fert du pa­tient de­vait se faire dès que pos­sible. Il s’agit d’un cas par­ti­cu­lier », pré­cise-t-elle au su­jet de Mme Saint-Onge.

« Cas par­ti­cu­lier » ou « ser­vice de soin comme en temps nor­mal » ? Pour la fa­mille, le ré­sul­tat est le même, ils se­ront dé­sor­mais cou­pés de tout contact avec leur mère.

 ?? PHO­TOS BEN PE­LOSSE ET COURTOISIE ?? Ma­rie-Thé­rèse Saint-Onge, 94 ans, ici pho­to­gra­phiée avec son pe­tit-fils Sé­bas­tien Trem­blay, fait beau­coup d’an­xié­té au moindre chan­ge­ment. Son fils Mi­chel Con­tant (en mor­taise) s’in­quiète de ne pou­voir l’ac­com­pa­gner ne se­rait-ce que vir­tuel­le­ment.
PHO­TOS BEN PE­LOSSE ET COURTOISIE Ma­rie-Thé­rèse Saint-Onge, 94 ans, ici pho­to­gra­phiée avec son pe­tit-fils Sé­bas­tien Trem­blay, fait beau­coup d’an­xié­té au moindre chan­ge­ment. Son fils Mi­chel Con­tant (en mor­taise) s’in­quiète de ne pou­voir l’ac­com­pa­gner ne se­rait-ce que vir­tuel­le­ment.

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