Le Journal de Montreal

Non aux courses à la chef­fe­rie « vir­tuelles »

- AN­TOINE Blo­gueur au Jour­nal an­toine.ro­bi­taille @que­be­cor­me­dia.com Facebook · Quebec Liberal Party

Les len­de­mains de l’ac­tuelle pan­dé­mie m’in­quiètent par­fois au­tant que la pan­dé­mie el­le­même.

Bien sûr, la dis­tan­cia­tion so­ciale est ac­tuel­le­ment jus­ti­fiée. J’en res­pecte les pré­ceptes. Je suis un Ar­ru­diste (se­lon la doc­trine du Doc Ho­ra­cio Ar­ru­da) de stricte obé­dience. Je vous écris d’un lieu d’iso­le­ment qua­si to­tal.

Au fond, je crains qu’on prenne de mau­vaises ha­bi­tudes.

Qu’après la pan­dé­mie, « l’en­fer se­ra [en­core] les autres ». Adieu, poi­gnées de main, « becs » et autres cou­tumes tac­tiles. Du trau­ma­tisme du co­ro­na­vi­rus pour­rait bien dé­cou­ler une peur la­tente et per­ma­nente des contacts. Pis en­core, des ras­sem­ble­ments d’hu­mains.

Déjà que nous étions des so­cié­tés plu­tôt asep­ti­sées. Friandes de conte­nants je­tables, à uti­li­sa­tions uniques, par exemple.

Déjà que nos mé­dias dits so­ciaux nous ren­daient aso­ciaux. Que la fré­quen­ta­tion im­mo­dé­rée de nos mul­tiples bi­dules « in­ter­né­tiques » fai­sait écran à la vraie vie char­nelle tout en nous ren­dant an­xieux.

Quand Ma­gritte pei­gnit une pipe en écri­vant des­sous « Ce­ci n’est pas une pipe », son mes­sage était simple : l’image d’une chose n’est pas la chose. Or, les re­pré­sen­ta­tions de la so­cié­té, sur nos écrans, ne sont pas la so­cié­té.

Mais au sor­tir de la pan­dé­mie, où nous au­rons ma­cé­ré des mois dans un strict co­coo­ning, à « té­lé­tra­vailler », à in­ter­agir par écrans in­ter­po­sés, que se­rons-nous de­ve­nus ?

CONNE­RIES

RO­BI­TAILLE

J’étais sai­si par ces tour­ments, hier, lorsque je re­çus un com­mu­ni­qué de Dominique An­glade.

La can­di­date à la di­rec­tion du PLQ s’y ré­jouis­sait qu’en rai­son de la pan- dé­mie, son par­ti ait re­vu les mo­da­li­tés de la course à la chef­fe­rie. Les dé­bats et le con­grès se­ront « vir­tuels » !

Sans le nom­mer, elle ré­pon­dait à son ad­ver­saire, Alexandre Cus­son, qui ré­cla­mait hier ma­tin une sus­pen­sion de la cam­pagne et un re­port du vote.

Dans les cir­cons­tances, ce­la semble rai­son­nable. Quand tout ou presque est an­nu­lé ou re­por­té (peut-être même les Olym­piques), ça se com­prend.

Mais non ! L’équipe An­glade, dans son com­mu­ni­qué, in­siste, avec cette phrase hi­la­rante : « Le par­ti [sic] li­bé­ral a tou­jours su s’adap­ter à son époque de­puis notre [sic] fon­da­tion, il y a plus de 150 ans. Au­jourd’hui, en­core, avec une course, un scru­tin et un con­grès à la chef­fe­rie vir­tuels, nous dé­mon­trons notre ca­pa­ci­té d’adap­ta­tion et d’in­no­va­tion. » Adap­ta­tion et in­no­va­tion, que de conne­ries peut-on dé­bi­ter en votre nom !

Avant la pan­dé­mie déjà, les par­tis po­li­tiques avaient du mal à ras­sem­bler de vrais mi­li­tants. Le PLQ en par­ti­cu­lier pei­nait à re­de­ve­nir un réel lieu de dé­bats, me­nés par des êtres en chair et en os. Mme An­glade es­time que la pan­dé­mie est une oc­ca­sion de faire un pas de plus : la dé­ma­té­ria­li­sa­tion to­tale ; de­ve­nir une sorte de groupe Fa­ce­book !

Sous les mots à la mode, ici, se cache un cy­nisme pur, de la part de celle qui pos­sède une lon­gueur d’avance. Sous cou­vert d’« in­no­va­tion », sous pré­texte de pan­dé­mie, elle veut es­ca­mo­ter la vraie course et al­ler le plus ra­pi­de­ment au vote, à la date pré­vue, le 31 mai.

M. Cus­son a rai­son de se re­bif­fer et de plai­der pour une po­li­tique hu­maine, faite de vrais contacts hu­mains.

Mme An­glade es­time que la pan­dé­mie est une oc­ca­sion de faire un pas de plus : la dé­ma­té­ria­li­sa­tion to­tale ; de­ve­nir une sorte de groupe Fa­ce­book !

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