Le Journal de Montreal

Ban­nir l’ar­gent comp­tant va faire mal aux plus dé­mu­nis

Une bonne par­tie d’entre eux n’ont pas de compte dans une ins­ti­tu­tion fi­nan­cière

- JEAN-MI­CHEL GENOIS GAGNON Le Jour­nal,

Ban­nir l’ar­gent comp­tant des com­merces af­fec­te­ra par­ti­cu­liè­re­ment les aî­nés, les per­sonnes à faible re­ve­nu et les gens éprou­vant déjà des dif­fi­cul­tés fi­nan­cières, tranche Op­tion consom­ma­teurs.

« Il y a des per­sonnes qui n’ont pas de compte ban­caire. Il y a aus­si des gens, en rai­son d’un mau­vais dossier de cré­dit, qui n’ont pas ac­cès à des ins­tru­ments de paie­ment ou qui ont déjà un ni­veau d’en­det­te­ment très éle­vé », pré­vient l’avo­cat de l’or­ga­ni­sa­tion, Alexandre Plourde.

Ce der­nier est in­quiet de voir que cer­tains com­mer­çants au Qué­bec re­fusent main­te­nant les billets verts.

« Ce­la crée un en­jeu d’ex­clu­sion », dit-il, pré­ci­sant que cette pra­tique n’est tou­te­fois pas illé­gale.

La So­cié­té des al­cools du Qué­bec, la So­cié­té qué­bé­coise du can­na­bis, les Rô­tis­se­ries St-Hu­bert ain­si que les chaînes Ca­nac et Pa­trick Mo­rin, pour ne nom­mer qu’eux, ont pris la dé­ci­sion de ne plus ac­cep­ter d’ar­gent comp­tant.

Chez Me­tro Beau­lieu, sur l’ave­nue du Mont-Royal, à Mon­tréal, la di­rec­tion a aus­si in­vi­té ses clients à payer par carte. Des af­fiches étaient ins­tal­lées mer­cre­di aux caisses men­tion­nant que l’en­tre­prise ac­cepte uni­que­ment ce moyen de paie­ment.

Joint par un em­ployé a as­su­ré que le su­per­mar­ché ne re­fu­se­ra pas l’ar­gent d’un client s’il n’y a pas d’autres so­lu­tions. Me­tro a te­nu à pré­ci­ser qu’il ne s’agis­sait pas de la po­li­tique de l’en­tre­prise de ne plus prendre d’ar­gent comp­tant.

« DIF­FI­CUL­TÉS IN­JUS­TI­FIÉES »

Mer­cre­di, le pre­mier mi­nistre Fran­çois Le­gault a in­vi­té les consom­ma­teurs à ne plus payer avec de l’ar­gent comp­tant. Une sor­tie qui a fait ré­agir la Banque du Ca­na­da, qui a re­com­man­dé aux dé­taillants de conti­nuer d’ac­cep­ter les billets verts.

« Re­fu­ser d’ac­cep­ter des paie­ments en es­pèces peut créer des dif­fi­cul­tés in­jus­ti­fiées aux per­sonnes qui dé­pendent de l’ar­gent comp­tant pour faire leurs achats. »

Pour Op­tion consom­ma­teurs, il est im­por­tant de suivre les di­rec­tives des ex­perts de la san­té. L’or­ga­ni­sa­tion est d’avis que les dé­taillants pour­raient tou­te­fois trou­ver des so­lu­tions pour as­su­rer un ser­vice, comme avoir une caisse dé­diée à l’ar­gent comp­tant.

Du cô­té du Conseil ca­na­dien du com­merce de dé­tail Qué­bec, on as­sure que Me­tro, So­beys et Lo­blaw n’ont pas l’in­ten­tion d’im­po­ser ex­clu­si­ve­ment l’uti­li­sa­tion des cartes.

Se­lon la di­rec­tion de l’en­tre­prise Comp­tant.com, il est éga­le­ment im­por­tant de conti­nuer d’ac­cep­ter l’ar­gent dans les com­merces.

« Ce n’est pas toutes les per­sonnes qui ont ac­cès à un compte ban­caire. Ce­ci va rendre en­core plus dif­fi­cile la vie des gens plus dé­mu­nis. Lors­qu’ils viennent chez nous, ils ont sou­vent be­soin d’ar­gent sur le mo­ment », note le fon­da­teur de la chaîne, Ro­bert Tes­sier.

Ce der­nier es­père gar­der ses 39 points de vente ou­verts au Qué­bec.

« Cer­taines per­sonnes vont avoir be­soin d’ar­gent. Des gens vont de­voir at­tendre 28 jours avant d’ob­te­nir une aide de l’as­su­rance-em­ploi », conclut-il.

 ?? PHO­TOS BEN PE­LOSSE ET COURTOISIE ?? Un su­per­mar­ché Me­tro du Pla­teau-Mont-Royal a dé­ci­dé, mer­cre­di, d’ins­tau­rer une po­li­tique de paie­ment uni­que­ment par carte. La di­rec­tion de Me­tro a tou­te­fois pré­ci­sé qu’il ne s’agit ab­so­lu­ment pas de la po­li­tique de l’en­tre­prise.
PHO­TOS BEN PE­LOSSE ET COURTOISIE Un su­per­mar­ché Me­tro du Pla­teau-Mont-Royal a dé­ci­dé, mer­cre­di, d’ins­tau­rer une po­li­tique de paie­ment uni­que­ment par carte. La di­rec­tion de Me­tro a tou­te­fois pré­ci­sé qu’il ne s’agit ab­so­lu­ment pas de la po­li­tique de l’en­tre­prise.

Newspapers in French

Newspapers from Canada