Le Journal de Montreal

Les sol­dats de la crise

- MA­RIO DU­MONT Health · Medicine · Europe

Les sol­dats d’hier ont pro­té­gé nos li­ber­tés. Les sol­dats du sec­teur de la san­té d’au­jourd’hui pro­té­ge­ront nos vies et celles de nos proches. Au len­de­main de l’an­nonce par le pre­mier mi­nistre de la conver­sion d’usines de pièces d’au­to en fa­bri­cants de ma­té­riel mé­di­cal, com­ment ne pas com­pa­rer la crise ac­tuelle à un temps de guerre ?

Ce qu’on s’ap­prête à de­man­der à notre per­son­nel de la san­té est énorme. Il faut ré­fé­rer à des mots qu’on n’en­tend plus pour en par­ler : l’al­truisme. Faire pas­ser les autres avant soi­même. C’est exac­te­ment ce qu’on va de­man­der au per­son­nel de faire.

Comme pour les sol­dats, on leur de­man­de­ra d’al­ler se pla­cer tous les jours en face de l’en­ne­mi que tous les autres fuient. Avec l’équi­pe­ment re­quis bien sûr, mais non sans un fac­teur de risque. Et là, je ne parle pas du stress de rap­por­ter le vi­rus à la mai­son qui ajoute à la pres­sion.

Mé­de­cins, in­fir­mières et autres tra­vailleurs de la san­té re­met­tront à la mode un autre mot ou­blié : le sens de la vo­ca­tion. L’idée que son tra­vail ne soit pas juste un bou­lot, une paye, une gang au bu­reau. L’idée que des hu­mains aient choi­si un tra­vail qui in­clut une mis­sion, un ser­vice aux autres. Et sur­tout l’idée que des femmes et des hommes soient en­clins à d’im­por­tants sa­cri­fices pour ac­com­plir leur de­voir au­près des autres.

NOS MÉ­DE­CINS

Un point sur les mé­de­cins. Des exa­gé­ra­tions dans les en­tentes de ré­mu­né­ra­tions, sur les­quelles je ne re­vien­drai pas, ont pro­vo­qué dans l’ac­tua­li­té une si­tua­tion dé­plo­rable. La qua­si-to­ta­li­té des fois où l’on a par­lé des mé­de­cins, il était ques­tion d’ar­gent. Pour la grande ma­jo­ri­té des mé­de­cins qui ont la vo­ca­tion de soi­gner, ces an­nées furent ac­ca­blantes et in­justes.

J’avais dé­jà men­tion­né que l’en­tente sur­ve­nue l’au­tomne der­nier de­vait nous per­mettre de tour­ner la page. La pré­sente crise de­vra le faire en ac­cé­lé­ré et nous re­don­ner la vé­ri­table image du doc­teur. Nous rap­pe­ler pour­quoi ces gens ont étu­dié au­tant. Nous rap­pe­ler leur com­pé­tence pour don­ner toutes les chances à la vie et leur force pour mar­cher sur ce fil de fer entre la vie et la mort.

LA BIEN­VEILLANCE

Les in­fir­mières sont l’ar­ché­type de la bien­veillance dans notre so­cié­té. Elles sont et se­ront en pre­mière ligne. Des vi­sages ras­su­rants pen­chés au-des­sus de pa­tients en désar­roi, des mains ha­biles pour po­ser les gestes qui font du bien, et des pattes qui se font al­ler vi­ve­ment dans ces cor­ri­dors de ner­vo­si­té.

On ima­gine fa­ci­le­ment le genre d’in­quié­tude qui ha­bite tout le per­son­nel de la san­té en re­gar­dant les nou­velles en pro­ve­nance d’Eu­rope. Du per­son­nel épui­sé et, in­ca­pable de sub­ve­nir

aux be­soins, for­cé de choi­sir à l’oeil qui pour­ra être soi­gné et qui doit être aban­don­né à son sort. Nous fai­sons tout pour évi­ter de vivre ce­la ici. Mais dif­fi­cile de ne pas y pen­ser…

À l’avance, nous ex­pri­mons notre res­pect et notre ad­mi­ra­tion à tout le per­son­nel de la san­té.

Cou­rage !

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Il y a une im­pres­sion­nante dé­mons­tra­tion de don de soi dans l’ef­fort de­man­dé pré­sen­te­ment au per­son­nel du sec­teur de la san­té.
Na­tha­lie Du­bé, in­fir­mière Il y a une im­pres­sion­nante dé­mons­tra­tion de don de soi dans l’ef­fort de­man­dé pré­sen­te­ment au per­son­nel du sec­teur de la san­té.
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