Le Journal de Montreal

Ils mé­ritent notre res­pect

- DE­NISE BOM­BAR­DIER Health

Au coeur de la tra­gé­die dans la­quelle nous vi­vons, on les dé­couvre à leur corps dé­fen­dant. Car les soi­gnants qui se penchent sur les pa­tients at­teints du co­ro­na­vi­rus et qui ac­ceptent d’in­for­mer les ci­toyens ne cherchent pas la no­to­rié­té mé­dia­tique et n’at­tendent guère de re­con­nais­sance po­pu­laire.

Les mé­de­cins, in­fir­mières, tech­ni­ciens et autres pro­fes­sion­nels, aux­quels il faut ajou­ter les aides-soi­gnants et les pré­po­sés aux ser­vices hos­pi­ta­liers, sont tous des per­sonnes qui com­mandent notre res­pect.

Leurs mé­tiers les mettent en contact avec ce que nous fuyons tous, à sa­voir ce vi­rus por­teur de mort. Ils ac­ceptent de prendre les risques in­hé­rents à leur tra­vail. Les mé­de­cins spé­cia­listes, comme les in­fir­mières et in­fir­miers qui les as­sistent, pos­sèdent des qua­li­tés par­ti­cu­lières. Ce sont des gens qui connaissen­t les dan­gers mieux que n’im­porte qui, mais ils re­fusent de se sous­traire à leur de­voir. Ils sont ca­pables de se dis­tan­cer de leur propre an­xié­té, car ce­la fait par­tie in­té­grante de leur pra­tique mé­di­cale.

AL­TRUISME

Ils font preuve d’une forte com­po­sante d’al­truisme. Ils confronten­t le dan­ger et l’échec pos­sible, conscients des li­mites de leurs in­ter­ven­tions. Com­ment sont-ils consti­tués pour do­mi­ner leur propre peur, compte te­nu de la conta­gion qui les guette ?

S’ils par­viennent à gué­rir les pa­tients, on peut ima­gi­ner la sa­tis­fac­tion et pro­ba­ble­ment la joie qu’ils vont res­sen­tir. Mais quand ils échouent, ils ne peuvent que s’ar­mer de la vo­lon­té qui les ha­bite pour re­trou­ver en eux-mêmes une éner­gie et pro­ba­ble­ment une rage pour faire triom­pher la vie. C’est la rai­son pour la­quelle ils sont sou­vent humbles, pa­tients et doués d’une dé­ter­mi­na­tion d’acier.

Ils opèrent dans un monde où le nom­bri­lisme, le nar­cis­sisme et l’ab­sence ap­pa­rente de doute sont mon­naie cou­rante. Ils ap­par­tiennent tous à une ar­mée de scien­ti­fiques dont les membres ne sortent de l’ombre qu’en cas de crise sa­ni­taire, comme celle que tra­verse la pla­nète en­tière.

ES­POIR ET GUÉ­RI­SON

Même ceux qui s’ac­tivent pour exé­cu­ter des tâches plus mo­destes comme le net­toyage des lieux de confi­ne­ment mé­ritent une re­con­nais­sance pu­blique. Ils pour­raient tra­vailler ailleurs, mais ils trouvent plus va­lo­ri­sant d’exé­cu­ter ces tâches ma­nuelles, mais ô com­bien es­sen­tielles, dans un mi­lieu hos­pi­ta­lier plu­tôt que dans un bu­reau, par exemple. Cette gra­ti­fi­ca­tion per­son­nelle, ce­pen­dant, n’ex­plique pas à elle seule leur dé­ci­sion de tra­vailler mal­gré le risque de conta­gion pour eux et leurs proches. Ce sont sou­vent des per­sonnes com­pa­tis­santes, bien­veillantes, qui aiment ce monde de l’hô­pi­tal vi­brant d’hu­ma­ni­té, d’in­quié­tudes, mais aus­si d’es­poir et de gué­ri­son.

Les hé­ros de l’ombre ren­tre­ront dans l’ano­ny­mat une fois que la CO­VID-19 se­ra har­na­chée et vain­cue. Les mé­de­cins et autres scien­ti­fiques qui consacrent leur vie à la dé­tec­tion de vi­rus et autres bac­té­ries conti­nue­ront leurs re­cherches sans re­gret­ter les hom­mages pu­blics que la so­cié­té leur rend dans les cir­cons­tances.

Il y a tou­jours deux faces à une réa­li­té. Cette pan­dé­mie ne re­met­tra pas les pen­dules à l’heure, mais per­met­tra de re­voir notre hié­rar­chie des va­leurs. La so­li­da­ri­té pren­dra peut-être le pas sur l’in­di­vi­dua­lisme, la gra­ti­tude re­vien­dra à la mode, le res­pect pour ceux qui se dé­vouent pour les autres s’am­pli­fie­ra et nous ces­se­rons de te­nir tout pour ac­quis.

Les soi­gnants com­mandent notre res­pect.

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