Le Journal de Montreal

Ceux qui foncent vers le dan­ger

- RI­CHARD MAR­TI­NEAU

Nor­ma­le­ment, quand notre mai­son est en feu, on dé­vale l’es­ca­lier, on se rue vers la porte et on sort.

Eux montent les marches quatre à quatre et foncent vers les flammes.

Ils sont faits comme ça.

Ils ne tournent pas le dos au dan­ger, comme vous et moi.

Ils lui font face. Ils le narguent, le re­cherchent.

AVOIR LA VO­CA­TION

Avant-hier, j’ai in­ter­viewé le doc­teur Ré­jean Tho­mas pour Les

Francs-Ti­reurs (l’en­tre­vue se­ra dif­fu­sée ce mer­cre­di à 21 h à T-Q).

Il me ra­con­tait à quel point c’était drai­nant de com­battre le sida dans le gros de la crise, au

Com­ment ai­der nos cou­ra­geux sol­dats ? En res­pec­tant les consignes !

dé­but des an­nées 90, avec tous ces jeunes dans la ving­taine qui tom­baient comme des mouches au­tour de lui.

Pas une jour­née sans qu’il perde quatre ou cinq pa­tients.

« Tu n’as pas pen­sé à bais­ser les bras et à je­ter la ser­viette ? », lui ai-je de­man­dé.

— Non, ja­mais, au contraire, j’avais hâte d’al­ler à la cli­nique le ma­tin. »

C’est ce qu’on ap­pelle avoir la vo­ca­tion. Sen­tir qu’on est fait pour quelque chose, que le des­tin nous a mis sur Terre pour rem­plir telle ou telle fonc­tion.

Je sais, ça fait rin­gard, dé­pas­sé. Au­jourd’hui, on n’a pas « la vo­ca­tion ». On fait car­rière, on gra­vit les éche­lons.

Mais il y a en­core des in­di­vi­dus qui ne se de­mandent pas ce que leur pays peut faire pour eux, mais ce qu’ils peuvent faire pour leur pays.

Comme disent les An­glos : « When the going gets tough, the

tough get going. »

Quand ça de­vient dur d’avan­cer, les durs vont de l’avant.

DANS LES TRAN­CHÉES

À QUB ra­dio, j’ai in­ter­viewé la doc­teure Chan­tal Gui­mont, cette se­maine.

Elle me par­lait des cli­niques com­mu­nau­taires qui al­laient soi­gner les gens qui pré­sentent tous les symp­tômes du co­ro­na­vi­rus, mais qui n’ont pas en­core été diag­nos­ti­qués.

« Ces gens peuvent se cas­ser la jambe en tom­bant, avoir une gas­tro ou une ap­pen­di­cite, me di­sait-elle. Ils doivent être soi­gnés comme tout le monde.

— Les hommes et les femmes qui tra­vaillent dans ces cli­niques vont re­ce­voir ces pa­tients ? Même s’ils sont peut-être in­fec­tés ?

—Il­le­faut­bien!On­vase pro­té­ger… »

Et moi qui ne marche même plus dans la rue de peur de croi­ser quel­qu’un…

Un jour, lorsque cette crise se­ra fi­nie (car elle fi­ni­ra bien par fi­nir), on fe­ra un film sur cette guerre.

Au lieu de mon­trer un sol­dat cou­rir dans des tran­chées, un casque de mé­tal sur la tête, on mon­tre­ra une in­fir­mière cou­rir dans un cor­ri­dor d’hô­pi­tal, un masque sur le vi­sage.

ÉRI­GER DES DIGUES

Pen­dant ce temps-là, des ir­res­pon­sables (jeunes et vieux) re­fusent de chan­ger leur fa­çon de vivre…

Alors que tout ce qu’on leur de­mande est de res­ter chez eux, écra­sés sur leur sofa. Honte à eux.

Vous vous de­man­dez quoi faire pour ai­der nos sol­dats du sys­tème de san­té, ces femmes et ces hommes cou­ra­geux qui se battent au front pour notre sécurité ?

Quoi faire pour les re­mer­cier ? C’est simple : res­pec­tez les consignes. On ne vous en de­mande pas plus.

Éri­gez des digues pen­dant qu’ils pompent l’eau. Faites en sorte que le ni­veau ne monte pas à un rythme fou.

Parce que si nos sol­dats craquent, c’est la so­cié­té au grand com­plet qui va cra­quer.

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