Le Journal de Montreal

Pre­nons soin de nos anges gar­diens

- CLAUDE VILLE­NEUVE François Legault

Dans les heures pré­cé­dant l’at­taque, un calme étrange règne sur la ci­té.

Le si­lence n’est trou­blé que par les gro­gne­ments des ou­vriers qui fi­nissent de ré­pa­rer les rem­parts et par le bruit du mar­teau du for­ge­ron qui frappe le fer dans la hâte. On se presse à rem­plir les gre­niers, et les ma­trones font des­cendre les en­fants et les vieillards dans les cryptes et les cel­liers.

L’am­biance dans les hô­pi­taux du Qué­bec, ça res­semble à ça, pré­sen­te­ment. On les ima­gine dé­jà à feu et à sang. On n’en est pas en­core là, mais ça pour­rait ar­ri­ver.

UNE AR­MÉE

Au mo­ment d’écrire ces lignes, il n’y a en fait que 10 per­sonnes hos­pi­ta­li­sées à cause des com­pli­ca­tions de la CO­VID-19 sur notre ter­ri­toire. Au­tre­ment, il règne un calme re­la­tif, ne se­rait-ce qu’à cause des chi­rur­gies élec­tives que l’on re­porte et du ci­toyen qui col­la­bore en cher­chant sur­tout un autre en­droit que les hô­pi­taux pour se trou­ver. En res­tant chez lui, en fait.

C’est l’oeil du cy­clone. Néan­moins, une ar­mée se pré­pare. Par­tout au Qué­bec, s’af­fairent les femmes et les hommes qui font battre le coeur de notre sys­tème de san­té. In­fir­mières, mé­de­cins, tech­no­logues, pré­po­sées, per­son­nel d’en­tre­tien et même les cadres amé­nagent les lieux où se dé­rou­le­ra la ba­taille et stockent l’équi­pe­ment qu’il fau­dra pour ve­nir à bout de l’en­ne­mi, pen­dant que les tech­ni­ciens ef­fec­tuent les tests en la­bo­ra­toire.

Ils s’ac­tivent dans la dis­ci­pline, avec la sé­ré­ni­té et la dé­ter­mi­na­tion qui est celle des pro­fes­sion­nels, sans pour au­tant être à l’abri de l’an­xié­té du contexte am­biant. Sans pour au­tant ces­ser de s’en faire pour leurs en­fants qu’ils ont lais­sés au ser­vice de garde d’ur­gence ou pour leurs pa­rents en CHSLD. En sa­chant qu’ils cô­toie­ront le risque d’être conta­mi­nés plus que qui­conque

Ils ont choi­si cer­tains des mé­tiers les plus durs au monde en toute connais­sance de cause. Ils s’ap­prêtent main­te­nant à dé­ployer leur sa­voir-faire dans un contexte qu’ils ne pou­vaient même pas être proches d’an­ti­ci­per.

L’EF­FORT DE PLUS

De­puis le dé­but des me­sures d’ur­gence et d’iso­le­ment so­cial, ils sont nom­breux, tous ces Qué­bé­cois qui se dé­marquent, qui donnent l’ef­fort de plus et dont on n’en­tend pas par­ler.

Il se­ra tou­jours de bon ton de cri­ti­quer les fonc­tion­naires. Pour­tant, on ne se doute pas des ef­forts co­los­saux qui ont été dé­ployés de­puis la se­maine der­nière pour faire pas­ser nos ré­seaux en mode confi­ne­ment.

Dans les com­mis­sions sco­laires qui en étaient en­core à s’adap­ter à la loi 40 en de­ve­nant des centres de ser­vices, il a fal­lu fer­mer les écoles. On a dé­ployé 400 ser­vices de garde d’ur­gence en quelques jours, ce qui est quand même fou quand on y pense. Il a fal­lu re­mettre les causes dans les tri­bu­naux, or­ga­ni­ser le té­lé­tra­vail dans les mi­nis­tères, fer­mer les pla­teaux de sport dans les mu­ni­ci­pa­li­tés. Il y a des gens qui ont tra­vaillé dans les der­nières se­maines, vous n’avez même pas idée à quel point.

Il y a aus­si Fran­çois Le­gault, Da­nielle McCann et Ho­ra­cio Ar­ru­da, le trio de l’heure, qui brille et qui nous ras­sure chaque jour à 13 h. Le pu­blic qui ne manque au­cun de leurs points de presse ne réa­lise tou­te­fois pas com­bien il y a de gens qui tra­vaillent der­rière eux à col­li­ger les don­nées de conta­gion et à les pré­pa­rer pour qu’ils trans­mettent les bons mes­sages. Cer­tains là-de­dans n’ont pas vu leurs en­fants de­puis le dé­but de la crise et ne savent pas quand ils pour­ront faire du la­vage.

On ou­blie éga­le­ment ce qui consti­tue pré­sen­te­ment notre in­fan­te­rie dans cette guerre. Il s’agit des tra­vailleurs du com­merce au dé­tail. Dans les épi­ce­ries et les phar­ma­cies, ils ne four­nissent pas à rem­plir les ta­blettes de pa­pier de toi­lette et de boîtes de conserve et à dés­in­fec­ter les pa­niers et les caisses. Ils se font tous­ser au vi­sage par des clients pas tou­jours po­lis, dont cer­tains de­vraient plu­tôt être chez eux. S’il y a du monde qui risque lit­té­ra­le­ment sa vie au Qué­bec pré­sen­te­ment pour af­fron­ter cette crise, c’est eux.

Dans les se­maines et les mois à ve­nir, il n’y au­ra per­sonne de plus im­por­tant qu’eux au Qué­bec.

NOS ANGES GAR­DIENS

Pen­dant ce temps, les troupes d’élite du Qué­bec se pré­parent, der­rière les murs des ur­gences. Alors que les ser­vi­teurs pu­blics s’as­surent du bien-être de la po­pu­la­tion, que les gé­né­raux s’or­ga­nisent pour voir ve­nir, que l’ar­mée de pied est dé­jà au front, les femmes et les hommes de notre ré­seau de la San­té se pré­parent à af­fron­ter la plus grande in­va­sion de notre his­toire.

Fran­çois Le­gault l’a dit. Ce sont nos anges gar­diens. Dans les se­maines et les mois à ve­nir, il n’y au­ra per­sonne de plus im­por­tant qu’eux au Qué­bec.

Que leurs in­quié­tudes soient en­ten­dues. Que leurs ef­forts soient re­con­nus et cé­lé­brés. Que, tous en­semble, huit mil­lions et de­mi de Qué­bé­cois, nous di­sions à nos tra­vailleuses et tra­vailleurs de la San­té que nous les ai­mons, que nous avons confiance en eux et que nous se­rons là pour eux, pen­dant et après la guerre.

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