Le Journal de Montreal

Les épi­ce­ries croulent sous les de­mandes de li­vrai­sons

Les res­tau­ra­teurs, eux, en ar­rachent pas mal Con­fi­nés à la mai­son, les clients passent main­te­nant leurs com­mandes en ligne ou au té­lé­phone

- MI­CHAËL NGUYEN MI­CHAËL NGUYEN ET STÉ­PHANE DES­JAR­DINS Le Jour­nal de Mon­tréal et col­la­bo­ra­tion spé­ciale – Avec la col­la­bo­ra­tion de Roxane Tru­del et Sté­phane Ala­rie

Si les ser­vices de li­vrai­son des épi­ce­ries montent en flèche, ça semble l’in­verse pour des res­tau­ra­teurs, qui su­bissent une chute im­por­tante d’ap­pels de clients qui veulent se faire li­vrer de la nour­ri­ture à do­mi­cile.

« Nor­ma­le­ment, on a en­vi­ron 400 li­vrai­sons par jour, et là, c’est des­cen­du à en­vi­ron 220. La clien­tèle a vrai­ment bais­sé », ex­plique Ri­chard Bas­si­la, co­pro­prié­taire du res­tau­rant New Sys­tem Bar-B-Q, dans Saint-Hen­ri, à Mon­tréal.

MOINS DE DÉ­PENSES

Avec le confi­ne­ment vo­lon­taire, cer­tains pour­raient croire que la de­mande de re­pas li­vrés à do­mi­cile connaît une hausse im­por­tante. Or, il n’en est rien, ex­plique M. Bas­si­la. Il es­time qu’avec toutes les pertes d’em­ploi et l’éco­no­mie in­cer­taine, beau­coup de gens pré­fèrent li­mi­ter leurs dé­penses.

« La se­maine der­nière, c’était la fo­lie dans les épi­ce­ries, les gens sto­ckaient de la nour­ri­ture, dit-il. Alors, pour­quoi dé­pen­ser au res­tau­rant quand ils peuvent cui­si­ner à la mai­son ? Je peux les com­prendre… »

Pour faire face à la crise de la CO­VID-19, M. Bas­si­la ex­plique avoir dû ré­duire les heures d’ou­ver­ture du res­tau­rant. Mais il n’a mis à pied au­cun de ses 22 li­vreurs, a-t-il as­su­ré.

« Il y a beau­coup de temps par­tiel, et j’es­saye d’équi­li­brer les ho­raires pour qu’ils gardent tous une job, dit-il. Mais l’acha­lan­dage a beau­coup bais­sé. Au moins, on reste ou­vert. »

Les épi­ce­ries sont sub­mer­gées par les com­mandes en ligne et té­lé­pho­niques et peinent à ré­pondre aux de­mandes de clients, qui res­pectent les consignes en res­tant à la mai­son.

Au Mar­ché Es­po­si­to de l’ar­ron­dis­se­ment SaintLaure­nt, à Mon­tréal, le té­lé­phone ne dé­rou­git pas de­puis le dé­but de la crise de la CO­VID-19, confirme le gé­rant John Es­po­si­to.

« On a trois fois plus de com­mandes, si bien qu’on doit en re­fu­ser ; on n’ar­rive pas à toutes les prendre », ex­plique-t-il.

Avant la crise, il avait une em­ployée pour ré­pondre à la de­mande. Elles sont main­te­nant deux. Et il ai­me­rait en em­bau­cher d’autres. Sauf que mal­gré les pertes d’em­plois par­tout au Qué­bec, il peine à trou­ver des em­ployés.

« Le monde a peur de la CO­VID-19, ils ne veulent pas for­cé­ment tra­vailler. Mais je peux les com­prendre, je ne les blâme pas. »

Pe­ter Mou­re­la­tos, de l’épi­ce­rie du même nom à Mon­tréal, ex­plique lui aus­si que le nombre de com­mandes par cour­riel ou té­lé­phone a ex­plo­sé en une se­maine.

CINQ FOIS PLUS

« Nor­ma­le­ment, on fait 20 li­vrai­sons quo­ti­diennes, là on est ren­du au-de­là de 100. Il y a presque trop de com­mandes », dit-il avec le sou­rire, tout en pré­pa­rant celles re­çues pen­dant qu’il s’en­tre­te­nait avec Le Jour­nal.

Pour ré­pondre à la de­mande, il a dû re­cru­ter des bras pour épau­ler son seul li­vreur. Ils sont main­te­nant trois, mais M. Mou­re­la­tos en­vi­sage d’en em­bau­cher deux autres.

Pour Franck Hé­not, pro­prié­taire de l’In­ter­mar­ché Boyer, sur le Pla­teau Mont-Royal, pas ques­tion de lais­ser tom­ber les clients mal­gré la hausse ver­ti­gi­neuse de la de­mande.

« Nous sommes de­ve­nus in­dis­pen­sables pour nombre de gens con­fi­nés à la mai­son », in­siste-t-il.

« Je livre gra­tui­te­ment, car mes prin­ci­paux clients par té­lé­phone sont des per­sonnes âgées, dit-il. Mes clients paient par carte de cré­dit au té­lé­phone ou avec le ter­mi­nal du li­vreur. Mes gé­rants font des se­maines de sept jours, mais ça ne pour­ra pas du­rer comme ça pen­dant des mois. »

SITES EN PANNE

« Nor­ma­le­ment, j’ai trois com­mandes par jour ; ce ma­tin, j’en ai eu 17, sou­ligne M. Hé­not. C’est cer­tain qu’avec l’ag­gra­va­tion de l’épi­dé­mie, les ventes n’ar­rêtent pas de mon­ter. On bat des re­cords. Et quand les sites web des grandes ban­nières plantent, nos com­mandes té­lé­pho­niques ex­plosent. »

La hausse de la de­mande a ef­fec­ti­ve­ment cau­sé des pro­blèmes tech­no­lo­giques et les sites des prin­ci­pales ban­nières ont flan­ché ces der­niers jours.

Plu­sieurs mar­chands confirment que le dé­lai de li­vrai­son s’est al­lon­gé et qu’il va­rie dé­sor­mais entre trois et cinq jours.

Cer­taines épi­ce­ries ne prennent d’ailleurs plus de com­mandes avant la se­maine pro­chaine.

 ?? PHO­TOS PIERRE-PAUL POU­LIN ET MI­CHAËL NGUYEN ?? « C’est cer­tain qu’avec l’ag­gra­va­tion de l’épi­dé­mie, les ventes n’ar­rêtent pas de mon­ter. On bat des re­cords », dit Franck Hé­not, pro­prié­taire de l’In­ter­mar­ché Boyer. À droite, John Es­po­si­to, du Mar­ché Es­po­si­to de l’ar­ron­dis­se­ment Saint-Laurent, dit avoir vu ses com­mandes par té­lé­phone tri­pler de­puis le dé­but de la crise de la CO­VID-19.
PHO­TOS PIERRE-PAUL POU­LIN ET MI­CHAËL NGUYEN « C’est cer­tain qu’avec l’ag­gra­va­tion de l’épi­dé­mie, les ventes n’ar­rêtent pas de mon­ter. On bat des re­cords », dit Franck Hé­not, pro­prié­taire de l’In­ter­mar­ché Boyer. À droite, John Es­po­si­to, du Mar­ché Es­po­si­to de l’ar­ron­dis­se­ment Saint-Laurent, dit avoir vu ses com­mandes par té­lé­phone tri­pler de­puis le dé­but de la crise de la CO­VID-19.
 ?? PHO­TO MI­CHAËL NGUYEN ?? Ri­chard Bas­si­la, du New Sys­tem BarB-Q, note une baisse en res­tau­ra­tion.
PHO­TO MI­CHAËL NGUYEN Ri­chard Bas­si­la, du New Sys­tem BarB-Q, note une baisse en res­tau­ra­tion.

Newspapers in French

Newspapers from Canada