Le Journal de Montreal

Une in­fir­mière se bat pour ra­voir son bam­bin

Les chi­canes de garde d’en­fants aug­men­te­ront

- JO­NA­THAN TREM­BLAY Le Jour­nal de Mon­tréal

Les me­sures sa­ni­taires peuvent créer des ten­sions fa­mi­liales en ce temps d’iso­le­ment, comme chez une pro­fes­sion­nelle de la san­té di­vor­cée dé­si­rant voir son en­fant.

Une in­fir­mière du Centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire Sainte-Jus­tine, à Mon­tréal, dont on tai­ra le nom, est hors d’elle de­puis que son ex-conjoint a re­fu­sé de lui ra­me­ner leur bam­bin de 18 mois, jeu­di. Ce­lui-ci est en garde par­ta­gée, et se­rait en­core al­lai­té.

« Il re­fuse sous pré­texte que je pour­rais lui trans­mettre le co­ro­na­vi­rus. Je ne suis même pas en qua­ran­taine ! C’est ri­di­cule », lance-t-elle dans un cri du coeur.

Jeu­di, Le Jour­nal rap­por­tait qu’un mé­de­cin ré­sident de l’éta­blis­se­ment avait été dé­cla­ré po­si­tif au vi­rus. La mère af­firme n’avoir eu au­cun contact consi­dé­rable avec lui. Or, son ex se ser­vi­rait dé­sor­mais de cet ar­gu­ment pour ne pas lui rendre l’en­fant, à moins qu’elle su­bisse un exa­men.

PAS DE SYMP­TÔMES

« On avait une en­tente à l’amiable. Je n’ai ja­mais pas­sé plus de deux jours sans voir mon gar­çon », souffle celle qui songe à al­ler de­vant le tri­bu­nal.

« On ne peut pas se faire dé­pis­ter si on n’a pas de symp­tômes », pré­cise-t-elle.

Le père du pe­tit lui re­pro­che­rait aus­si d’uti­li­ser le transport en com­mun.

« Comme si les gens qui prennent l’au­to­bus pour un ser­vice es­sen­tiel ne de­vraient pas voir leurs en­fants », dé­plore l’in­fir­mière.

L’avo­cate qui la re­pré­sente, Lei­la Ka­dri, tente de ré­gler ce conflit avant de de­voir al­ler à la cour d’ur­gence, lun­di.

« Il faut ai­der le plus pos­sible nos “anges gar­diens” du sys­tème de san­té, qui vivent une pres­sion énorme, af­firme l’avo­cate. Ce n’est pas le temps de leur ajou­ter une dé­tresse émo­tion­nelle. »

« On veut dé­sen­gor­ger les hô­pi­taux, mais il ne faut pas en­gor­ger les pa­lais de jus­tice, ajoute-t-elle. C’est in­con­ce­vable. »

HAUSSE À PRÉ­VOIR

Ce cas ne se­ra pas unique. D’autres de­vraient éclore pro­chai­ne­ment.

« C’est sûr qu’on va avoir un boom de chi­canes de fa­mille », es­time Me Syl­vie Schirm, ex­perte en droit fa­mi­lial.

« Les crises gé­nèrent des ten­sions et ac­cé­lèrent les conflits, ob­serve le psy­cho­logue Gilles Va­chon. Lors de la crise du ver­glas, on était té­moin des plus beaux élans de so­li­da­ri­té, comme des pires com­por­te­ments de so­cié­té. »

Même les gens ha­bi­tuel­le­ment rai­son­nables peuvent agir de ma­nière dé­rai­son­nable lors d’une pan­dé­mie, se­lon Me Schirm.

« Alors, ima­gi­nez les dé­rai­son­nables », conclut-elle.

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